THE GANGSTER. UN GANGSTER PAS COMME LES AUTRES. Gordon Wiles. 1947

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Production : King Brothers (pour Monogram)
Scénario : Daniel Fuchs (Mais selon certaines sources le véritable auteur du scénario serait Dalton Trumbo)

Avec : Barry Sullivan, Belita, Akim Tamiroff, Henry Morgan, John Ireland....et dans des petits rôles, Charles McGraw, Leif Erickson, Elisha Cook jr et Shelley Winters

Shubunka (Barry Sullivan), un racketteur, qui tient de longue date son quartier, voit sa place menacée par les ambitions d'un rival venant d'un quartier de New-York voisin. Depuis trop longtemps, il délaisse ses affaires, trop préoccupé et littéralement obsédé par sa maitresse (Belita), une (trop belle) chanteuse de cabaret qui rêve de nouveaux horizons et envisage de tenter sa chance comme actrice. Son associé tente de le prévenir qu'on tente de le supplanter mais Shubunka traite cette menace par le mépris répugnant manifestement à user à nouveau de violence. Sentant enfin la menace se préciser, Il tente tout de même de rassembler les hommes qui lui furent fidèles mais tous le laisse tomber et même son principal associé,par peur,cède au gang de son rival, la liste vitale pour lui, des contacts, appuis et relais dont il disposait dans d'autres villes du pays. Shubunka tente malgré tout de récupérer son territoire...

Encore une fois, un film qui, sur une trame qui peut sembler classique a pour principal mérite, sa grande originalité. Shubunka est un racketteur au bout du rouleau, dégoutté de lui-même, qui ne veut plus avoir recours à la violence. On comprend d'emblée, grâce au dialogue qu'il entretient avec sa maitresse que ses aspirations étaient tout autre. Ce type n'est pas à sa place mais dès l'enfance il était entré dans un gang, avait lentement gravi les échelons qui mènent à un petit pouvoir minuscule et il ne compte pas abandonner ce petit empire sans lutter. 

Mais encore une fois, ce n'est pas la chute annoncée qui est intéressante dans un tel film.

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Les personnages :
J'ai rarement vu un "héros" de polar dans un tel état de faiblesse devant une femme qui n'est pourtant pas une "mauvaise" femme, la femme fatale de tant de Film noir. Ce type rêve d'amour fou ! comme d'ailleurs les 2 ou 3 personnages masculins principaux sauf que le décalage est grand du rêve à la réalité. 

Un autre de ces amoureux est un improbable barman qui se fait passer pour un séducteur mais qui en réalité écrit des lettre enflammées à de vieilles filles plus ou moins paumées ...mais ses motivations sont en réalité d'une grande médiocrité.

Un autre de ces amoureux singulier, le propriétaire du bar (joué par Akim Tamiroff) , principal associé de Barry Sullivan, parle de manière ému de sa femme ...Tout en ne quittant pas des yeux sa clientèle, semblant faire ses comptes tout en parlant amoureusement.

Autre personnage marquant, celui de la très jeune fille, caissière du bar, qui en a déjà trop vu de ces bas-fonds et est déjà écoeurée par la vie. Elle se vengera cruellement.

Et ce ne sont pas les personnages les plus glauques...John Ireland n'est pas mal servi non plus.

Tous les dialogues sont brillants mais par moment, j'ai pensé que le metteur en scène éprouvait un certain mépris pour ses personnages mais au final, je crois qu'il y a les deux, mépris et tout de même de l'affection. 

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Les acteurs/trices :

Barry Sullivan est excellent. Il démarre comme Mitchum (ou comme Gregory Peck le tueur fatigué de "Le cible humaine"), passe par la vitalité de Kirk Douglas et termine comme John Garfield. (Ce passage est volontairement un peu énigmatique dans le but de ne pas en dire trop)

Belita est sublime. Je l'ai vu dans 4 ou 5 autres films dont un autre film avec Barry Sullivan. C'est dans celui là que je la préfère.

La mise en scène est parfois brillante, notamment le final qui est assez exceptionnel. Le dernier 1/4 d'heure est digne d'une anthologie du film noir.


Encore une fois, dans un des rares bouquins qui parlent de ce film, celui d'Alain Silver (qui est en train de devenir ma cible favorite), le résumé du film qui tient sur 18 lignes, comporte 3 grosses conneries. Quant au jugement sur le film, il est lui aussi très discutable. Il trouve que ce Gangster n'a pas grand chose de commun avec les autres films du genre qui raconte l'ascension et la chute d'un gangster...Jusque là, on est d'accord mais loin de trouver çà intéressant, il le déplore. Selon lui, Le film refuse les conventions du genre. Il parle de film affecté et prétentieux, d'outrances et de maniérismes dans le scénario. Il aurait préféré une composition plus subtile et moins flamboyante. Un montage plus simple et moins ostentatoire. Il trouve l'interprétation trop théâtrale et les personnages semblant sortir d'un poème pour "Happy few"...Mais c'est super tout çà mon gars !!!
Silver, c'est le genre de gars qui sortant d'une projection de "Port of Shadows", heu ! pardon du "Quai des brumes" déclarerait "Pas mal mais qu'est ce que c'est que ces dialogues alambiqués. J'ai jamais entendu aucun maquereau de Pigalle parler comme Pierre Brasseur ! Il est naze ce Prévert, il n'a jamais mis les pieds dans le caniveau"

Maintenant, tout jugement est subjectif mais ou il ne voit qu'excès, je parlerais moi d'originalité et de personnalité et je prends le pari que tous les fans de Fuller ou d'Ulmer se lèveraient de leurs fauteuils pendant la projection de ce film.

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Vu en VOST. Diffusion TV chez nous mais assez ancienne je pense. DVD zone 1 en VO.