ONE-WAY STREET. L'IMPASSE MAUDITE. Hugo Fregonese. 1950 

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Production : Leonard Goldstein pour Universal

Scénario : Lawrence Kimble

Phot. : Maury Gertsman

Musique : Frank Skinner 

Avec James Mason (Doc. Frank Matson), Marta Toren (Laura), Dan Duryea (Wheeler), William Conrad (Ollie), Basil Ruysdael (Le père Moreno) et dans des petits rôles : Jack Elam, Rodolfo Acosta, Rock Hudson et James Best.

 

Une nuit à Los Angeles, les sirènes de la police hurlent. Des hommes jouent tranquillement aux cartes. Ils viennent de commettre un casse et passe le temps avant de se partager le butin. L'un des hommes, Ollie ayant pris une balle dans le bras, Wheeler, le chef de la bande, envoie Laura, sa petite amie, chercher Frank Matson un médecin travaillant pour la pègre, qui se reposait dans une chambre voisine. Il soigne l'homme et fait prendre un cachet à Wheeler qui se plaignait d'un mal de tête. Peu après, il s'empare du butin et s'apprête à partir avec la petite amie de Wheeler à son bras. La bande s'interpose mais Matson leur fait croire qu'en fait de médicament il a fait prendre un poison mortel à Wheeler et qu'il lui communiquera l'antidote une heure plus tard au téléphone.  

Les deux amants prennent la fuite en voiture mais Arnie (Jack Elam), un autre membre du gang, dissimulé à l'arrière du véhicule tente de les doubler à son tour. Matson est contraint de le tuer. Arrivés à la frontière Mexicaine, ils prennent un avion de tourisme qui doit les emmener à Mexico mais l'avion connait une avarie qui l'oblige à se poser en pleine campagne. Un prêtre les mène jusqu'au village le plus proche. Matson ne pense d'abord qu'à fuir au plus vite cet endroit isolé et misérable voulant profiter de l'argent volé contrairement à Laura qui souhaite rester auprès de cette communauté ou elle espère retrouver une certaine quiétude et oublier le passé. Matson au dernier moment renonce à laisser Laura et commence a rendre des services comme médecin. Mais leurs anciens complices les recherchent....

 

Un premier problème vient peut-être du casting. Dan Duryea, William Conrad, Jack Elam et même Marta Toren sont à leurs places mais peut-être que Mason ne convenait pas tout à fait pour un tel rôle. Je dis çà alors que je suis un grand admirateur de cet acteur. Pour montrer une réhabilitation, il faut déjà au préalable avoir fait sentir une certaine déchéance, or pour montrer la déchéance de Mason, il aura fallu le modifier génétiquement tant cet homme véhiculer de dignité. Il y est certes parvenu, et comment ! chez Cukor mais sa soûlographie était alors celle d'une High Society, étrangère au Film Noir, en tout cas étrangère au film de Fregonese. 

Il aurait fallu un acteur de Film Noir, crédible en médecin, mais qui sentirait tout de même un peu le caniveau. Suffisamment sensible toutefois pour faire sentir cette métamorphose opéré au contact de cette communauté de  gens simples auprès desquels il réapprend à vivre en exerçant à nouveau dignement son métier. A l'arrivée du couple au village, Mason est simplement désabusé et n'a aucunement l'intention de s'intéresser à la population et à ses problèmes. Par la suite, c'est par son activité de médecin que passera cette fois la réhabilitation, pas par la femme, en tout cas pas principalement par la femme.  

J'en vois un qui aurait été capable de montrer toutes les nuances d'un tel rôle, c'est Widmark. Vraisemblable en médecin. Suffisamment crédible en Tough guy (au début et à la fin du film) et qui aurait pu mettre un peu plus de sensibilité au centre du film, notamment au moment de la crise du couple qui manque de se séparer. Il aurait fallu sans doute un type un peu plus instable et vacillant. Encore une fois, la dignité et la distinction qui sont l'ordinaire de Mason sont ici un (léger) handicap qui ôte au film un peu de sa vibration.  

Ceci dit le principal responsable des (relatives) faiblesses du film, c'est Fregonese, le scénariste, le producteur ou les trois à la fois.  

Avec entre les mains ce scénario insolite pour un Film Noir ou durant 45 min au coeur du film il fallait faire vivre ce couple au sein d'une petite communauté paysanne qui vit, qui travaille, qui meurt, ils ont du avoir peur de faire fuir les spectateurs. La campagne, la poussière, le soleil. Un salopard qui devient le bienfaiteur de cul-terreux porteurs de sombreros, ce n'est pas vraiment l'ordinaire du genre...Alors ils comblent un peu le récit de 2 façons : 

-Par des évènements sans intérêt mais qui passent le temps. On a droit aux bandits mexicains. Puis à la "cavalerie". Un gros général à cigare. Une Fiesta...Pour résumer : du folklore et du couleur locale.  

et surtout : 

-Par le style...En l'occurrence par l'humour que met Fregonese dans son récit. Je prends le risque d'en rendre responsable le metteur en scène en constatant que c'est une des caractéristiques de quelques autres films de lui que j'ai vu. L'humour est également très présent, et dans le même esprit, dans SADDLE TRAMP par exemple. Je suppose qu'on est pas obligé de voir cette aspect là du film. On peut, je crois, le prendre très "à coeur", très 1er degré, et pourquoi pas...Cependant, les éléments ricanants du récit ne manquent pas : 

Quand le doc. se décide à porter le vêtement local, Fregonese en joue et insiste pour montrer l'incongruité de Mason avec un sombrero sur le crâne. D'ailleurs on ne le voit ainsi qu'une fois. Plus tard, quand le couple manque de se séparer une conversation de Mason avec un enfant mexicain est sarcastiquement misogyne. 

On a ensuite ce personnage de guérisseuse, aux allures de sorcière, qui s'oppose à la médecine moderne de Matson. Quand pour la première fois, le médecin est appelé au chevet d'un enfant malade, c'est encore le "mauvais homme" qui se déplace. Il y va à reculons et l'enfant meurt. La guérisseuse vitupère "Ben, je vous l'avais bien dit". Très vite, c'est un autre paysan qui réclame ses soins. Un cheval est malade. Une piqure plus tard et le cheval aussitôt galope comme à Vincennes. Il est comme çà James, il préfère les canassons aux enfants ! 

On retrouvera à plusieurs reprises la guérisseuse et il y a encore une dernière allusion à son influence sur la population au moment ou le couple quitte le village. Le docteur demande à celle qui les a hébergé ce qu'ils lui doivent. "De l'aspirine". "Pardon ?" . Alors la femme ouvre une sacoche en peau qu'elle porte autour du cou, montre les diverses amulettes qu'elle contient et demande en rigolant "Mais j'aimerais bien qu'en même que vous me donniez quelques cachets d'aspirine !" 

En conclusion, je trouve que ces péripéties nuisent un peu à l'unité d'ensemble et que l'atmosphère plutôt douce et délicate -que l'on doit aussi à Fregonese- est parfois un peu rompue par ces éléments parasites. Cette construction insolite qui nous fait passer de l'enfer urbain à une longue période paradisiaque pour un retour en enfer qui conclut le film était intéressante et même potentiellement passionnante à condition de conserver au récit une constante gravité. Or, les ruptures de ton évoquées plus haut m'ont un peu troublé.  

Celà dit...et malgré les apparences, c'est un film a voir. Si je suis un peu sévère c'est que regrettablement on a failli, seulement failli, avoir un chef d'oeuvre.  

Une dernière remarque à propos de l'interprétation : 

Celle de Basil Ruysdael en père Moreno est remarquable. Il tient dans cette histoire un rôle important. Un prêtre dans une histoire de rédemption, çà peut faire peur et ben pas du tout. Pas de prêchi-prêcha mais de l'intelligence, de la compréhension et de l'humour. Encore une fois, on a la aussi douceur et délicatesse qui sont un peu la marque de fabrique de Fregonese dans ses meilleurs jours. Par contre, c'était encore l'époque ou Jack Elam voyait pas la fin du film...Là, il se fait zigouiller à la fin du 1er quart d'heure. Poor Jack !

 

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