NOCTURNE. Edwin L. Marin. 1946 

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Production : RKO (Jack Gross) 

Avec George Raft, Lynn Bari, Virginia Huston et Joseph Pevney

 

Los Angeles, la nuit. Une maison éclairée. La caméra pénètre à l'intérieur. Un homme joue du piano, s'arrête parfois pour marquer les notes sur une partition. Il parle à une femme assise dans l'ombre. Il est en train de rompre et un brin cynique lui parle des nombreuses femmes qui ont marquées sa vie et dont les portraits sont alignés sur un mur de la pièce. Un coup de feu éclate et l'homme s'écroule sur le piano...

La police arrive. L'homme ayant été retrouvé avec le pistolet entre les mains et toutes les constatations semblant indiquer une mort par suicide, très rapidement la police stoppe son enquête. Seul un inspecteur obstiné décide de poursuivre ses investigations mais ses méthodes parfois violentes poussent ses chefs à le suspendre de ses fonctions. Il poursuit tout de même l'enquête commencée dans les bars et cabarets de la ville. Il commence par chercher à identifier les 9 femmes dont les portraits ornaient le salon de la victime. Il semble d'ailleurs qu'un dixième portrait ai été ôté du mur. L'une d'elle doit avoir tué le compositeur ...

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La principale singularité de ce film est que parmi les classiques du film policier, c'est sans doute le plus drôle que j'ai vu. On a pas mal de formes différentes d'humour. De l'humour noir. De l'ironie. Des répliques tantôt cinglantes, tantôt pince sans rire. Un personnage semblant sortir d'une comédie anglaise. C'est la mère de George Raft, avec laquelle il vit. Elle lui donne des conseils sur l'enquête qu'il mène. Rejoue la scène de crime avec une vieille voisine toujours pour aider son fiston, etc...Un majordome et surtout une bonne qui travaillaient pour la victime sont totalement improbables. Même une scène de tabassage se termine par un gag qui ne peut que provoquer l'hilarité...suivi rapidement par un autre encore plus drôle et conséquence directe du premier.

Je précise que d'ordinaire, je n'aime pas trop le mélange des genres sauf si c'est fait avec génie, comme chez Hitchcock par exemple mais habituellement l'humour qui survient alors que l'on ne l'attend pas ne me plait qu'à moitié, même parfois chez Ford ou chez Huston par exemple et pourtant ici, dans ce petit film, çà fonctionne formidablement. J'ai ri franchement, et pas esquissé un sourire, une dizaine ou une quinzaine de fois dans ce polar. Dans combien de films du genre, cela vous est-il arrivé ?  

La performance est d'autant plus remarquable est que çà ne nuit nullement à l'intérêt de l'enquête policière. On est quand même dans une atmosphère assez glauque et la violence brutale survient parfois mais Marin a eu l'habilité de faire intervenir l'humour en toute fin de scène. C'est souvent la dernière réplique ou la dernière situation qui est hilarante, pour le reste on est en plein polar. L'intrigue est assez maitrisé pour retenir l'intérêt mais c'est surtout le mélange de sérieux et d'humour qui, je trouve, à peu ou pas d'équivalent dans le genre. A voir donc, et sans réserves...sauf que bien sûr on peut préférer les films univoques.  

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Vu en VOST. A ma connaissance , pas de DVD mais le film a été diffusé à la TV chez nous.  

Edwin Marin n'a vraiment pas eu de bol. D'une part, il a cassé sa pipe à 51 ans alors qu'il était en train de commettre une série de westerns certes pas transcendants mais qui ont du lui assurer une certaine notoriété. Il a dirigé John Wayne, ainsi que quelques films noirs plutôt réussis. Est ce que çà lui vaut l'honneur de figurer, ne serait ce qu'à une place modeste dans les ouvrages de référence de nos historiens du cinéma préféré ? Ben non. Tavernier et Coursodon l'ignore. Même chose chez Lourcelles et Boussinot. Quant à Tulard, sans surprise,s'il parle de NOCTURNE, c'est juste pour reprendre une connerie lu dans l'encyclopédie du film noir de Silver. Le résumé que ce dernier fait du film est assez croquignolet. C'est à se demander s'il l'a vu mais ce n'est pas une exception. Quant à l'interprétation qu'il en fait alors là c'est encore pire. Après l'avoir beaucoup consulté, le seul intérêt que je trouve encore à cet ouvrage, c'est qu'il y parle de films pratiquement évoqués nul part ailleurs...Sinon pour la fiabilité des sources et la validité des jugements, mieux vaut, par exemple, se fier à Simsolo ou à Guerif .