THE CAPTIVE CITY. Robert Wise. 1952

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Avec John Forsythe (Jim Austin), Joan Camden (Marge Austin), Victor Sutherland (Murray Sirak), Ray Teal (Commissaire Gillette) 

Un couple qui se prétend poursuivit par des tueurs se présente dans le commissariat d'une petite ville américaine et réclame la protection de la police ainsi qu'une escorte pour les accompagner à Washington. Ils doivent en effet témoigner devant une commission enquêtant sur le racket et la corruption mais craignent de ne jamais atteindre la capitale. Personne n'étant disponible dans l'immédiat, le journaliste commence à enregistrer son témoignage sur magnétophone. Alors débute le long flashback qui occupera la presque totalité du film.  

Austin se présente comme le rédacteur en chef du quotidien local de Kennington, une petite ville du centre des États Unis. En apparence, c'est une ville sans histoires dont Austin et ses journalistes écrivent la chronique quotidienne. Mais un jour un détective privé contacte Austin. Il cherche un appui car il se sent menacé et se prétend harcelé par la police locale. D'abord sceptique, Austin commence par s'intéresser aux histoires du vieil homme au fur et à mesure de ses révélations. Le vieux détective prétend que de nombreux notables de la ville, notamment des commerçants, mènent en secret une activité parallèle de bookmakers. Mais si Jusque là, les paris clandestins, supervisés par Murray Sirak, un homme d'affaire important, restaient une économie parallèle localisé, les sommes très importantes brassées par les jeux avaient attiré des malfrats qui avaient repris en main les paris. La mafia était en train de prendre possession de la ville sans que la police ni les autorités municipales ne fassent rien pour entraver son emprise. 

Un soir, le vieux détective appelle Austin. Il craint pour sa vie et réclame son aide immédiate. Austin refuse de se déplacer mais plus tard, pris de remords, il se rend vers le bar ou l'homme avait trouvé refuge et découvre qu'il vient d'être écrasé par une voiture dans une ruelle toute proche. La police semble vouloir rapidement conclure à un accident mais Austin n'en croit rien et poursuit son enquête malgré les pressions qui commence à s'exercer sur lui. Il découvre bientôt qu'un gangster de Floride vient de s'installer avec ses hommes dans l'arrière boutique d'un commerçant local...

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Le journaliste a qui est arrivée cette histoire, Alvin Josephy, Jr. était co-scénariste du film mais le résultat final est une version dramatisée assez éloigné de la vérité. Cependant le film, s'il contient des péripéties propres à tenir le public en haleine -2 meurtres, un passage a tabac, poursuites, filatures, etc... se veut relativement dédramatisé dans ce qu'il montre de la corruption et la tension, on pourra le regretter, est assez peu soutenue. Car ce n'est pas un film qui voulait dénoncer l'emprise mafieuse, la grande délinquance. On verra en effet très peu les quelques vrais gangsters venus de Floride. Le film voulait surtout montrer ou commence la petite délinquance, les petites compromissions, ou conduit l' appât du gain de quelques pères tranquilles ordinaires qui gangrènent la vie de la cité dans l'indifférence générale. 

Jim Austin est montré comme un type parfaitement intégré et respecté mais peu à peu, tous ceux avec qui il semblait avoir de bonnes relations se détournent de lui, y compris son associé et ami proche qui ne cesse d'émettre des réserves sur les méthodes employées par Austin pour dénoncer la corruption. Au fur et à mesure qu'il poursuit son enquête, les pressions exercées seront de plus en plus fortes. D'abord des tentatives de corruption, puis il y aura les menaces, et quelques personnes y laisseront la vie.

Même la police fait pression sur lui. Le commissaire finira même par lâcher qu'à son arrivée dans la ville, il avait tenu à rencontrer la municipalité et les notables locaux pour leur demander -connaissant la pratique importante des paris clandestins dans la ville- quelle type de répression ils voulaient....et on lui avait demandé d'être dur ...mais pas trop. C'est pourquoi la police laisse les bookmakers prospérer. 

Même une assemblée des pasteurs de la ville refuse de relayer le discours d'Austin lui répondant qu'il n'était pas possible pour un membre de l'église de se mettre à dos une parti aussi importante de la population. 

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C'est toute cette corruption ordinaire que voulait dénoncer ce film. C'est d'ailleurs ce message qui sera repris à la toute fin du film. Il se termine en effet par l'intervention du sénateur du Tennessee Estes Kefauver, qui dirigeait alors une commission d'enquête sur le crime organisé aux USA. Il lance un appel aux citoyens américains leur demandant de dénoncer toutes les formes de corruption, y compris les plus modestes. Le discours

se termine en gros par ces mots "L'élimination du crime ne se pose pas à l'échelle nationale. C'est avant tout un problème local. Il faut écraser le mal à sa source, dans votre ville et le crime organisé mourra".  

C'est le même genre de discours que tenait le journaliste interrogé au début de "THE PHOENIX CITY STORY" de Don Siegel. Ces deux films ont une évidente parenté mais le film de Siegel, qui est supérieur selon moi, était très dramatisé alors que celui de Wise est beaucoup plus modeste et presque documentaire. 

Un aspect cependant l'éloigne du semi-documentaire, c'est la mise en scène magistrale de Robert Wise. C'est du grand art. Il y a parfois plus d'idées dans une séquence de Wise que dans tout un film d'un metteur en scène moins doué. 

Un seul exemple. Un homme est écrasé par une voiture. La caméra s'approche de son visage. De sa bouche grande ouverte, filmée en très gros plan, part un cri...Fondu enchainé sur le cornet d'une trompette de laquelle part un son puissant. C'est l'un des musiciens de l'orchestre qui joue pour les convives d'Austin qui a refusé de se déplacer pour aider le détective qui craignait pour sa vie...

 

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Vu en VOST. Film passé à la TV chez nous.