FLESH AND FURY. Joseph Pevney. 1952

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Avec Tony Curtis (Paul Callan), Jan Sterling ( Sonya Bartow), Mona Freeman (Ann Hollis) et Wallace Ford (pop Richardson) 

 

Paul Callan, un jeune boxeur sourd et muet rencontre à l'issu d'un combat de seconde zone Pop Richardson un entraineur expérimenté qui estime que s'il s'en donne les moyens, il pourrait réussir une grande carrière. Dans un premier temps il refuse toutefois de prendre sa carrière en main car un de ses anciens protégés qu'il avait mené jusqu'au titre de champion du monde, a succombé sur le ring. Paul, timide et complexé vient de rencontrer une jeune femme extrêmement belle qu'il séduit. Ayant entendu Pop lui trouver du talent, elle souhaite très vite prendre en main la carrière du jeune homme et convainc Pop de devenir son entraineur. Paul gagne bientôt combat sur combat...  

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Ce n'est pas vraiment un film noir mais un film de boxe extrêmement original et un drame dont certains aspects appartiennent totalement en revanche au Film Noir, notamment son héroïne principale incarnée formidablement par une Jan Sterling que je n'ai jamais vu ainsi,  j'y reviendrais plus tard. Mais une fois n'est pas coutume, je commence par le metteur en scène.  

C'est aussi de très loin la mise en scène la plus brillante que j'ai vu de Pevney jusque là. Dans tous les autres films que j'ai vu on serait bien en peine d'identifier un style, de voir l'apport du metteur en scène dans le traitement des scénarios qu'on lui soumettait. En même temps, même s'il manquait de personnalité, il faisait preuve d'un grand savoir faire...assez anonyme et soudain, miracle ! La première fois qu'on repère un point de vue original, on est surpris...mais le pire c'est que çà se répète tout le long du film. 

3 hypothèses : Soit il a pris à coeur cette histoire attachante et singulière...et il s'est décarcassé plus que d'habitude. Soit il était en fin de contrat et à voulu en mettre plein les mirettes aux cadres du studio. Soit il avait un "nègre", un autre metteur en scène séquestré dans sa caravane et qui lui concoctait ses plans de travail. Mystère...Toujours est-il que le festival Pevney commence dès les premières séquences.  

Mise dans tous ses états par le combat acharné et séduite par la jeunesse et la beauté du jeune boxeur, Sonya (Jan Sterling) est amené par son petit ami du moment dans le vestiaire de Paul (Tony Curtis). Elle ignore encore, et nous aussi, la surdité du jeune homme. Paul de dos est interpellé par l'amant moqueur qui l'appelle et se met à rire. Voyant que Paul ne répond pas, Sonya se met également à rire ne comprenant pas le silence du jeune homme...et alors au milieu de la scène, on a tout à coup le point de vue du jeune boxeur. Brutalement c'est le silence total. Gros plan sur le visage plein de tristesse de Paul. On comprend qu'il tente de lire sur les lèvres de ses deux visiteurs. Le son revient, l'homme articule les mêmes mots que précédemment et que Paul a donc compris "Dummy ! It's a dummy !!" . En gros, c'est un sourdingue ! 

Il y a des scènes beaucoup plus spectaculaires et qui montreraient beaucoup mieux l'apport de Pevney sur ce film mais çà m'obligerait à trop en dire mais évidement le traitement du son sur ce film était capital et fort bien exploité par Pevney et son équipe (ou par le pauvre type enfermé dans le placard).

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2ème point original. Le point de vue sur le handicap. La surdité de Paul est en effet montrée comme un avantage sur le ring. L'excellent Wallace Ford, qui interprète le rôle du vieil entraineur du boxeur, l'expliquera durant un combat difficile. Sa surdité, selon lui, l'isole de l'environnement du combat, des vociférations de la foule et lui permet par conséquent de mieux se concentrer. Le handicap dans la vie privée devient un avantage sur le ring. Paul est en revanche montré comme un jeune homme timide et naïf facilement manipulé par une femme extrêmement séduisante qu'il est manifestement stupéfait d'avoir réussi à séduire...mais cette femme est surtout celle qui aurait pu servir de moulage si un tordu avait voulu reproduire le modèle parfait de la garce. Jan Sterling est stupéfiante dans ce rôle. Sa sensualité et sa vulgarité, sa méchanceté qu'elle parvient à dissimuler à Paul mais que l'on perçoit nous spectateurs sont hors du commun et pour autant l'interprétation qu'elle donne de cette garce modèle n'est pas sans nuances. Mais l'appât du gain est pour elle primordial. Elle ne pense qu'a exploiter le talent de boxeur de Paul...qui en prendra conscience bien tard.  

D'autre part un certain nombre de scènes montrant la sensualité de Sonya sont assez audacieuses. Il faut la voir et surtout l'entendre hurler pendant les combats de boxe...et ses cris sont très évocateurs...(ou alors faut me traiter d'obsédé). Plus tard, alors que l'on croit qu'ils sont amants depuis longtemps, elle fera à Paul une promesse de récompense exceptionnelle on ne peut plus explicite.  

Mais cette situation est bousculée quand à la moitié du film, Ann, une jeune journaliste incarnée par Mona Freeman, travaillant pour un journal pour malentendant bouleversera à tous points de vue la vie du jeune homme...A partir de là, les évènements s'accélèrent nettement et renforcent encore l'intérêt du film, même si par contre il pert un peu en crédibilité. Cependant cette partie contient quelques idées fortes très bien exploitées par la mise en scène de Pevney. Non seulement l'ascension de paul sera intéressantes à suivre (les scènes de combat sont d'ailleurs assez crédibles) mais les évolutions de sa vie privé seront inattendus et bouleverseront sa vie à plusieurs reprises avec un dernier retournement de situation juste avant un épilogue plus convenu.

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Un mot enfin sur Tony Curtis. Le choix d'un très jeune et très beau gosse comme lui était une bonne idée pour incarner ce handicapé. Il joue ici surtout sur un registre, celui de la timidité, de la gaucherie mais les scènes de combat sans être exceptionnelles restent crédibles et en rien (presque ) ridicules comme c'est parfois le cas y compris dans de bons films sur le milieu de la boxe. 

C'est le film de boxe le plus original que j'ai vu. Le handicap, en l'occurrence la surdité montré comme un "pouvoir" qui avantage...et à contrario l'audition qui est montré comme pouvant être un enfer (volontairement énigmatique) 

 

Vu en VOST. Passé à la TV chez nous.