PASSAGE WEST. LA CARAVANE DES ÉVADÉS. Lewis R. Foster. 1951 

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Avec : John Payne (Pete Black), Dennis O'Keefe ( Le pasteur Jacob Karns), Arleen Whelan (Rose Billings), Frank Faylen et Mary Anderson. 

6 évadés du pénitencier de Salt Lake s'imposent dans une caravane de pèlerins en route pour la Californie. Épuisés, Ils surgissent au cours de la cérémonie d'enterrement d'un enfant, en hâtent la fin, s'emparent des armes du convoi et ordonnent le départ immédiat de la caravane car au loin on peut entendre les chiens de leurs poursuivants. 

La suite d'épreuves qu'ils traverseront dans la chaleur étouffante du désert : une tempête de sable, un violent orage qui provoquera une inondation, entrainant par la même des pertes humaines, dont celle d'un autre enfant, finiront par rapprocher les hommes...

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Au départ de l'action, tout oppose les 2 groupes. 

D'un coté, on a les pèlerins emmenés par le pasteur Karns. C'est un homme en apparence très soumis et résigné, très critiqué pour cette raison par la fougueuse Rose Billings, la fille d'un vieux pasteur qui devait préalablement mener la caravane mais qui est décédé peu avant le départ. On apprend aussi à connaitre par petites touches d'autres personnages très attachants. Pour les principaux, on a :

Un couple âgé qui possède les 2 seules vaches du convoi...Une jeune femme en apparence légère au passé de danseuse qui voyage dans le même charriot que Rose Billings. Cette dernière par contre en apparence très bigote ou plutôt qui en tient  le discours et veut s'en donner l'air, dégage en réalité une évidente sensualité. 

Et de l'autre, on a les 6 évadés dirigés par un John Payne remarquable, dur avec les pèlerins mais aussi avec ses hommes. La brutalité de la plupart des forçats n'est pas feinte et Black, leur chef, est le plus dur de tous.

Voilà pour la situation de départ...Reste les péripéties brièvement évoqués ci-dessus et surtout le chemin parcouru entre les êtres humains. Une histoire avec d'un coté des bigots et de l'autre des malfrats, çà peut mettre les foies et faire fuir le westernien mais ici c'est fait avec infiniment de finesse et de sensibilité. Le parcours entre le prêcheur (Karns) et le violent (Black) se terminera d'ailleurs d'une manière totalement inattendu et même chez les pèlerins, il y aura aussi du chemin de fait entre la fille en apparence facile (la danseuse) et la fille du vieux pasteur. 

D'autre part, les doutes et les interrogations surgiront des 2 cotés. Les pèlerins se demanderont le bien fondé de leur quête devant les difficultés traversées et la précarité d'une existence fragile les amèneront à se demander s'ils sont bien sous le regard de dieu. 

Les interrogations chez les forçats, on en aura un aperçu dans le regard intrigué de Black sur le forçat noir qui commencera un soir à chanter avec les pèlerins au cours d'un office. Mais c'est la mort d'un enfant surtout qui finira par rapprocher tout le monde...et l'attirance irrémédiable de 2 des protagonistes cristalisera le conflit avant d'en sceller la fin. 

Avant cela, la précarité de leurs situations donnera des scènes très fortes quand la perte d'une vache perdue au milieu d'une violente tempête de sable entrainera la mort d'un enfant. Cette mort aura des suites qui parsèment habilement le récit et relancent l'émotion et les interrogations. Quand le besoin se fera sentir d'abandonner une partie du chargement du convoi, le berceau inutile sera  jeté au sol. Plus tard, il ressurgira. C'est une petite fille qui l'avait ramassé et y mettra une poupée. Plus tard encore, la mère inconsolable balancera doucement le berceau en chantant. Pour autant, les regards portés sur cette femme et la façon de filmer de Foster ne nous donne pas à penser qu'elle a perdu la tête...Elle en a juste besoin...

Cette série de scènes liés à l'enfant, ainsi que celles entre la "mauvaise fille" et "la bourgeoise" qui feront penser aux relations de Claire Trevor et de la femme de l'officier dans Stagecoach, ne sont pas indignes de Ford.  

J'ai vu tous les films d'aventure et tous les westerns de Foster et celui ci est sans aucun doute mon préféré. On y perçoit une attention aux détails, une sensibilité qu'on aura du mal à retrouver ailleurs dans son travail. Non seulement le sujet qu'il a tourné ici est le plus fort de tous les films que j'ai vu de lui mais sa mise en scène est elle aussi assez remarquable, tout comme sa direction d'acteurs.  

J'ajoute qu'on peut y voir aussi une bagarre d'anthologie filmée de manière extraordinaire par Foster et pourtant ce genre de scène, ne constitue pas ordinairement mon dessert. Autre bonus non négligeable, la présence de la belle rousse Arleen Whelan qui fait penser à Arlene Dahl ou à Rhonda Fleming qu'on verra si souvent dans les films de Foster . Sans être désobligeant pour les 2 autres que j'aime plutôt, on a tout de même perdu au change en voyant si peu la première nommée qui était selon moi bien meilleure actrice.

Vu en VOST

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