THE LADY GAMBLES. Michael Gordon. 1949

lady_gambles

Sorti en Belgique sous le titre "Une femme joue son bonheur"

Avec Barbara Stanwyck (Joan Boothe), Robert Preston (David Boothe), Stephen McNally (Corrigan), Edith Barrett (Ruth) et dans des petits rôles Leif Erickson et Tony Curtis.

Une nuit à Chicago. Assis par terre au fond d'une ruelle, des joueurs lancent les dés. Les billets  sortent des poches…Un couple complice semble diriger les jeux. Tout à coup, alors que la femme s'apprête à les lancer, un homme inconnu ramasse les dés et montrent aux autres parieurs qu'ils sont truqués. L'homme  parvient à fuir mais la femme est violemment tabassé et est conduite à l'hôpital dans un état comateux. Le médecin de garde ne semble pas prendre la gravité de son cas très au sérieux alors un homme se présentant comme son mari s'insurge et exige que l'on s'occupe de sa femme.  Le médecin cynique sort alors la fiche de police de la jeune femme et lui révèle les multiples délits dans lesquelles elle a été impliqué, sous entendant ainsi que si elle ne s'en sortait pas, ce ne serait pas une grande perte pour la société.  Le mari qui n'a pas vu sa femme depuis un an commence alors à raconter comment elle en est arrivé là…

Deux ans plus tôt, ils étaient partis pour des vacances studieuse à Las Vegas. Le mari journaliste devant écrire un article sur le barrage Hoover, sa femme avait décidé de faire de son coté un reportage photographique sur le monde du jeu et ses dangers. Très rapidement repérée par un surveillant et conduite chez Corrigan,le directeur de l'établissement, son appareil photo est confisqué mais, séduit par la jeune femme, Corrigan met à sa disposition pour quelques jours des piles de jeton afin de lui permettre de connaitre de l'intérieur le monde qu'elle prétendait vouloir décrire. Très vite, Joan à l'insu de son mari se met à parier avec son propre argent et  commence véritablement à se "prendre au jeu"…

LADY-GAMBLES 

Un film sérieux et honnête sur la description d'une déchéance en raison d'une addiction, ici le jeu, mais gâché par les explications psychologiques vaseuses situant l'origine du mal et les tendances autodestructrices de Joan dans un traumatisme familial jamais dominé et sans cesse réalimenté par une soeur "maléfique". Ce personnage est -il faut le dire- assez ridicule et totalement inutile. On le doit à un de ces scénaristes qui lisait Freud de la main gauche tout en consultant "le manuel du parfait bricoleur" de la main droite….et c'est bien dommage car la grande Barbara y était comme d'habitude absolument remarquable et donnait 100 % de ses moyens dans ce rôle par ailleurs très bien écrit en dehors du regrettable personnage décrit plus haut. Malheureusement elle n'est pas vraiment suivi par le mari interprété mollement par Robert Preston. En revanche, le personnage du douteux propriétaire de casino, impliqué dans différentes affaires louches est très intéressant. Ses motivations sont très ambiguë  mais je n'en dit pas plus…

Malgré ses quelques défauts, l'étude de cette déchéance est très bien racontée car Joan, malgré l'emprise qu'à le jeu sur elle, est montrée comme une femme intelligente capable d'analyser son mal et les raisons apparentes de son attirance irrépressible. Les dialogues sont d'ailleurs assez brillants et multiplient les métaphores convaincantes sur l'addiction.  D'autre part, elle décrit avec justesse les émotions ressenties par le joueur,  ce mélange de griseries, d'excitation ou même de fortes pertes incitent à poursuivre pour espérer s'en sortir et se refaire. Ainsi même le désespoir crée en quelque sorte une dépendance. Au plus bas de cette déchéance, quelques scènes seront absolument saisissantes rapprochant l'addiction de Joan de l'alcoolisme. 

La mise en scène de Gordon est parfois assez habile. Au début du récit, on passe assez brutalement d'une séquence d'ouverture très violente qui se déroule dans une impasse sordide de Chicago…aux néons attirants et faussement rassurants de las Vegas. On mesure alors la déchéance de cette femme en découvrant son métier d'origine car peu auparavant le médecin dans son énumération des différents délits commis par Joan, commence une phrase et s'interrompt mais on comprend que Joan a été arrêté pour racolage et  qu'elle s'est livrée à la prostitution pour trouver l'argent pour jouer. 

Ce film a mi chemin entre le drame et le film noir est à voir malgré un défaut majeur qui gâche un film par ailleurs plutôt réussi et qui aurait presque pu être un équivalent du "POISON" de Billy Wilder.

 

Vu en VOST (sous-titré par un ami)