NEW-YORK CONFIDENTIAL. Russell Rouse. 1955

 

Avec Broderick Crawford (Charlie Lupo), Richard Conte (Nick Magellan), Anne Bancroft (Kathy Lupo), Marilyn Maxwell (Iris), J. Carrol Naish (Ben), Mike Mazurki (Arnie Wendler), Steven Gerray (Morris franklin)

 

Un petit chef de la mafia New-Yorkaise ayant décidé d'une exécution sans l'assentiment de la "famille", il s'attire l'hostilité de charlie Lupo, le parrain de la ville et cela d'autant plus que des passants innocents ont été atteints provoquant l'hostilité de la presse et faisant ainsi remarquer inutilement voir dangereusement les activités de la mafia. Par conséquent, Lupo décide de l'éliminer et fait pour cela appel à Nick Magellan, un tueur professionnel venu de Chicago. Malgré des manières qui déplaisent aux membres de la bande, il réussi sans peine à exécuter le contrat et est par conséquent engagé par le parrain pour devenir son garde du corps et le tueur de l'organisation. On suivra ensuite son ascension au sein du syndicat du crime…

 

Le film nous montre assez sérieusement le fonctionnement de la mafia et nous fait comprendre le peu d'importance des êtres humains dans une structure uniquement obsédée par ses profits et sa préservation. On verra cette froideur implacable d'une organisation très structurée avec ses règles strictes, un fonctionnement qui ne laisse rien au hasard et une structure au sein de laquelle personne n'est intouchable. L'organisation a en effet primauté sur tous ces êtres humains mais -humains tout de même- on verra aussi la réalité de ces êtres complexes comportant même contre toute attente une part de faiblesse et de sensibilité avec pour conséquence des éclats de lyrisme dans leurs comportements privés.  

Cela dit la noirceur sera tout de même presque totale car au dessus ou au delà de l'organisation, il y a  la nature humaine et ce qu'il en est montrée…ou plutôt ce qu'elle est devenue dans un monde corrompu ou la réussite économique est survalorisée. La lutte pour la survie des uns, l'apprêté aux gains des autres donnent au fond sa légitimité aux organisations criminelles, puisque, comme le dira Nick Magellan à Kathy, en tant que fils de gangster, son destin était tout tracé mais en plus de ce déterminisme social qui fait que dès le départ les dés étaient pipés, dans un monde ou "tous les être humains et notamment les puissants sont corrompus ou corruptibles" il n'y a aucun scrupule a vouloir tirer partie de cette situation. Et d'ailleurs, au final, dans ce monde non sans valeurs, mais aux valeurs dévoyées, tout le monde trahira tout le monde. 

Le film ne s'en tient pas à cet arrière fond social et moral qui est l'aspect le plus passionnant du film.  Il montre aussi, sans que cela soit toutefois très passionnant et ce n'était tout de même pas nouveau, cette "bureaucratie" du crime avec ses ramifications dans tout le pays. Certains commentateurs du film voudraient en faire un chainon manquant - et quasiment inconnu- entre les films de gangsters "classiques" et "Le parrain" au même titre que certains films de Fuller et de Lang. Or, c'est tout de même beaucoup d'honneur pour un film qui a tous les stades, scénario, mise en scène et interprétation, comportent bien trop d'imperfections.  

Le film en effet ne s'en tient pas au film de gangsters mais mêlera de manière permanente vie privée et vie professionnelle. C'est assez habituel mais ici durant au moins une bonne moitié du film c'est presque l'aspect vie privé qui occupe la plus grand place si bien que l'on a parfois plus l'impression d'être dans Peyton Place que dans un film Noir. 

Je vois d'abord un problème de construction et même de montage. Cette alternance permanente entre les scènes familiales et sentimentales donc les scènes privées et celles qui appartiennent au polar semblent bien souvent sans liens entre elles… et surtout pas du tout composées dans un registre cohérent. En effet, les scènes montrant l'organisation criminelle "bureaucratique" et les scènes d'action, plus largement tout ce qui appartient au polar est filmé dans un style sérieux, presque documentaire…voir de manière terne alors que dans les scènes privées les sentiments s'expriment la plupart du temps de manière exacerbée. En caricaturant à peine on s'ennuie parfois presque comme dans un téléfilm tourné par un tâcheron en fin de carrière…et soudain on a l'impression que Samuel Fuller a repris la main sur le film. Fuller…ou plutôt Minnelli car dans les fameuses scènes familiales ou intimes, on a aussi parfois droit à une partition bien lourde écrite par un compositeur qui devait admirer Rachmaninov…et même parfois à une voix off tout aussi grandiloquente.  

D'autre part, dans les 2 cas, scènes de polar et scènes privées, le point commun est leur coté répétitif et le manque d'invention dans les dialogues est flagrant. 

Pour les scènes privées, on aura les scènes entre le papa truand et sa fille, répétitives et bourrées de lieu commun…ainsi que leurs paraphrases lorsque l'un et l'autre évoqueront l'absent avec un autre proche. Je résume à ma manière : "J'aime mon papa mais c'est un truand qui ruine mes relations avec mes amis de la haute". C'est en quelque sorte une variante des relations existant entre Ann Blyth et Joan Crawford dans Mildred Pierce. 

Encore moins bon, on aura les scènes entre Lupo et maman, presque toujours les mêmes : "Mon fils, tu m'avais pourtant promis que tu allais devenir honnête". 

Celles entre Magellan et Iris, la petite amie de Lupo qui assez classiquement fait du rentre dedans au jeune et séduisant nouveau favori du "patron". 

Et enfin celles entre Magellan et kathy, la fille de Lupo, de loin les plus intéressantes…mais je n'en dirais rien…sinon qu'elles offrent aux 2 interprètes un de leurs meilleurs rôles. 

Quant aux scènes qui appartiennent au polar, elles sont aussi très inégales. Les scènes de "bureau" sont assez molles même si comme à son habitude Broderick Crawford se démène tout ce qu'il peut. Il aboie d'ailleurs encore un peu plus que d'habitude et est je trouve à la limite de sa caricature. Il n'est guère suivi par les autres malfrats en col blanc et en premier lieu par son second joué par J. Carrol Naish qui a l'air de se reposer. Les hommes de main dirigés par un habitué, Mike Mazurki, ne sont pas mal mais...pas plus. Mazurki avait la gueule de l'emploi mais n'était pas le plus doué des porte-flingues du polar américain.

Les scènes d'action laissent aussi un sentiment mitigé car elles sont à la fois très violentes mais souvent maladroites en raison de facilitées scénaristiques, de choix d'angles peu judicieux qui les rendent peu dynamiques et même qui montrent tous les "trucs" de mise en scène derriere les scènes de bagarre.     

Puisque le DVD vient de sortir, j'ai pu lire des premières critiques élogieuses du film faisant de celui ci le premier film véritablement convaincant sur la pieuvre…Bon, moi je n'ai vu qu'un bon petit calmars et c'est déjà pas mal.

 

DVD zone 2 chez Sidonis dans sa nouvelle et tout de même prometteuse collection Film Noir.