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CONQUEST OF COCHISE. William Castle. 1953
sorti en Belgique sous le titre " La conquête de Cochise" (non ? Si, je jure sur la tête de maman que c'est vrai )

Avec John Hodiak (Cochise), Robert Stack (Le major Tom Burke), Joy Page (Consuelo de Cordova)

Sur le papier, les prémices d'un très bon western, du potentiel donc…mais hélas il est presque totalement gâché par les développements d'un scénario indigent, par des interprètes incompétents et une mise en scène minimaliste. La complexité de la situation politique dans les nouveaux territoires conquis par les USA à l'issus de la guerre contre le Mexique et ses conséquences auraient pu être potentiellement passionnants à suivre et étaient bien présent en germes dans le scénario au travers de personnages qui auraient pu incarner l'instabilité et l'insécurité qui régnaient dans ces territoires au milieu du 19ème siècle. A propos de la situation politique, çà commençait plutôt bien, Castle montre que le désordre et la division régnait dans tous les camps au moment de l'achat Gadsden et des négociations qui ont précédé. On assiste d'ailleurs à une réunion diplomatique entre représentants américains et mexicains et on voit les prémices sérieuses de ce que ce changement de souveraineté pouvait entrainer. L'incertitude généralisée. 

Chez les indiens, la division est grande entre les apaches avec à leur tête Cochise -lui-même contesté à l'intérieur de sa tribu- qui veulent faire la paix alors que pour les Comanches de Red Knife il est impensable d'arrêter la lutte. Pour certains mexicains, la perte de ces territoires est très mal vécu et entraine leur exil, alors que d'autres acceptent la prise de pouvoir des américains. Chez les colons aussi la division règne et au milieu de ce désordre, c'est Robert Stack et son détachement de l'armée US qui tentera de calmer tout le monde. Mais c'est compliqué quand autant d'intérêts divergent, quand les alliances de circonstance et les tentatives de manipulation pourront envenimer les conflits…Tout ceci encore une fois pouvait être potentiellement très intéressant mais il aurait fallu :

- Un metteur en scène. Or assez curieusement, on n'a même pas droit à ces quelques bizarreries à la Castle qui font souvent le charme et l'intérêt parfois tout relatif de ses films. Ici, je n'en ai compté aucune à part peut-être si on veut être indulgent, le sadisme de certaines des scènes finales. On doit se satisfaire de 2 attaques indiennes, une au tout début puis une autre bien plus tard, l'attaque d'une hacienda. Elles ne sont pas trop mal filmés même si par moment la mise en scène est d'une grande naïveté. Castle et ses scénaristes nous font aussi le coup de la fraternisation forcée entre ennemis qui donne d'ailleurs de bons résultats. Le séjour de l'aristocrate Mexicaine incarnée par l'obscure Joy Page (que je n'ai vu il me semble nul par ailleurs) dans le camp de Cochise nous donne quelques scènes pleines de bonnes intentions. Ils sont plein de bons sentiments ces discours sur la tolérance nécessaire à l'égard des coutumes de l'autre mais on a du mal à ne pas sourire aux dialogues que cela entraine. 

Il manquait aussi :
- Des interprètes compétents. Je ne suis déjà pas fan de Robert Stack ni de John Hodiak mais je crois qu'ils battent des records de médiocrité dans ce film. John Hodiak est nul en Cochise. çà doit être le poids des responsabilités qui lui donne cet air accablé. C'est vrai que diriger une tribu d'apaches, c'est pas de tout repos. Hodiak fait paraitre Chandler génial en comparaison, c'est dire. Plus largement, dans Conquest of Cochise, tous les indiens sont nuls. Les interprètes mais aussi les dialogues qu'on leur donne à défendre. On parlemente beaucoup chez eux mais c'est aussi inutile que les discours de l'ONU, à la fin, ceux qui veulent faire la guerre la font qu'en même. Les autres comédiens ne sont pas mieux, à commencer par Robert Stack qui a juste un peu d'allure mais qui trimbale sa fadeur habituelle (à quelques exceptions près, chez Sirk par exemple). Il a tout de même une ou deux bonnes scènes un peu amusantes. En marge d'une réunion diplomatique, il roule des pelles à une donzelle dans les couloirs alors qu'on l'attend pour une réunion diplomatique et il y a également un peu d'humour dans les dialogues de la première rencontre avec sa possible petite amie mexicaine.

Dernière remarque au sujet du Technicolor. La qualité exceptionnelle de la copie que je connais fait d'autant plus ressortir des couleurs qui sont parmi les plus criardes que j'ai jamais vu. çà ne pose pas trop de problèmes dans les scènes d'extérieur, mais dans les scènes urbaines, on a l'impression que le costumier a eu pour consigne de trouver les vêtements les plus colorés et le manque de travail sur l'image qui est d'une extraordinaire platitude fait parfois ressortir tristement le coté carton patte des décors de ville. Le film a été sous titré par la même amatrice que le précédant, Anne ma chère Anne...