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LE SECRET DES INCAS (Secret of the incas). Jerry Hopper. 1954

Harry Steele (Charlton Heston), un aventurier américain vivotant à Cuzco, l'ancienne capitale des incas, en faisant visiter la ville à des touristes, rêve en réalité de retrouver un fabuleux trésor disparu depuis des siècles, le soleil d'or incrusté de pierres précieuses qui est réputé avoir été dissimulé dans la tombe du dernier roi Inca sur le site de machu Picchu. A Cuzco, Il fait la connaissance d'Elena, une réfugiée roumaine cherchant à sortir du pays. Elle fait appel à Steele espérant que ce dernier lui vienne en aide mais lorsqu'il découvre qu'Elena est sans ressources il l'abandonne avant de finalement profiter de l'avion privé qui doit la faire sortir du pays. Ils atterrissent à proximité du site et parvenus sur place, alors que Steele pensait avoir toute liberté et le temps de retrouver la tombe, il s'aperçoit qu'une mission archéologique est déjà sur les lieux. D'autre part, Ed Morgan (Thomas Mitchell) un autre aventurier que Steele pensait avoir semer est également sur la piste du trésor, tout comme les indiens pour qui le disque solaire serait le symbole du renouveau du peuple inca et qui ne sont absolument pas disposés à le laisser échapper…

Un film assez célèbre en partie pour des raisons extérieures au film lui-même. Tout d'abord en raison du personnage interprété par Charlton Heston qui est réputé avoir servi de modèle à celui d'Indiana Jones. L'allure de steele, son chapeau de feutre, son blouson, le fouet qu'arbore le personnage rappelleront effectivement celui crée par Spieiberg, son scénariste et sa costumière ou les trois à la fois. C'est d'autre part, un des héros de film d'aventure les moins sympathiques qui soit. Le guide touristique est un type revanchard. C'est un ancien pilote de guerre qui posséda plus tard une petite compagnie aérienne avant de se reconvertir, bien malgré lui, comme guide touristique. Il arrondi accessoirement ses fins de mois difficiles en usant de ses charmes pour séduire quelques vieilles dames de passage au Pérou. Oui, si on lit un peu entre les lignes, il est bel et bien un brin gigolo…C'est un type qui ne semble penser qu'à l'argent. Sera t-il sauvé in-extremis ? Un indice, il ne finit pas en Suisse.

Autre objet de culte, la présence au générique de l'insupportable chanteuse péruvienne Yma Sumac dont ce fut l'un des rares films avec "Les amours d'Omar Khayyam" de William Dieterle. Elle interprète ici une prêtresse inca. Pour paraphraser Gainsbourg, je dirais "çà, pour être un cas, c'est un cas". Titicaca, ce n'est pas forcement la meilleure chanson de son auteur mais c'est toujours mieux que n'importe quelle chanson de la Castafiore des Andes. Pourtant elle fait encore aujourd'hui l'objet d'un culte en raison de son registre vocal très étendu, 4 octaves et demi ou 5 octaves selon les sources ! Certes, c'est impressionnant mais la chanson, ce n'est pas les jeux olympiques, on peut faire beaucoup avec peu de moyens physiques et je me fous des performances des cordes vocales de la diva des hauts plateaux andins. Moi même je chante comme une casserole et je n'ai qu'une guitare à 4 cordes (j'en ai 2 à remplacer + les 2 de mon gosier. En tout, çà fait donc 4 ) et on peut toujours faire mieux mais la seule réflexion que çà m'inspire c'est que si on a le droit de chanter des conneries (hein Céline) il faudrait avoir la décence de simplement les murmurer. Bref, dans le film d'Hopper, perchée sur un rocher au sommet du site du Machu Picchu, elle vocalise à n'en plus finir à 4 ou 5 reprises sous les regards ébahis des autochtones, faisant fuir les oiseaux, provoquant le suicide de quelques lamas neurasthéniques préférant se jeter dans le vide plutôt que d'entendre çà et réussissant même -parait-il- à fendre des pierres plusieurs fois millénaires (Attention y'a un piège, plusieurs fois millénaires c'est en Egypte). Bilan (rien que chez les humains, pour les plaintes, s'adresser à la spa) : 7 tympans explosés et 23 pertes auditives plus ou moins dramatiques. D'autre part, visuellement aussi c'était impressionnant. La prêtresse du Kitsch avait bon gout. Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi Charlton Heston s'obstine à rechercher un trésor Inca qu'Yma Sumac portait tout simplement sur elle.

Plus intéressante est la présence au générique d'acteurs au métier solide. Si Robert Young en archéologue intègre et par ailleurs rival amoureux de Charlton Heston, fournit le minimum, Thomas Mitchell, en vieux baroudeur rapace, à la fois complice ( en réalité ils se ressemble ) et rival du "héros", est lui beaucoup plus convaincant. L'opposition entre le jeune et puissant Charlton Heston et son ennemi, qui pourrait tout aussi bien être son modèle ou l'image de sa propre vieillesse, campé par le tenace, malin et sournois T. Mitchell est d'ailleurs l'un des aspects les plus intéressants du film. Cette opposition nous offre même sans doute les meilleures scènes du film dans sa dernière partie, avec celles, empreinte de magie, précédant la découverte du trésor. 
L'innocente et naïve jeune femme roumaine dont se sert Harry Steele est jouée par l'une des moins connues des petites françaises qui tentèrent leur chance à Hollywood, Nicole Maurey. Elle joua au moins dans 2 autres films visibles, "Violence au Kansas", un western de Melvin Frank et dans "La maison des 7 faucons" de Richard Thorpe. Dans le film d'Hopper, elle est absolument charmante mais n'a pas pour autant un rôle très actif dans l'intrigue principale. Enfin, on reconnait aussi Michael Pate, un des seconds rôles caméléons du cinéma américain de l'époque dans celui de Pachacutec, le chef des Quechuas et par ailleurs frère de la bruyante prêtresse. En revanche la plupart des autres indiens sont authentiques. Certaines séquences comportant une importante figuration (500 indiens parait-il ?) tourné sur le site lui-même spectaculaire du Machu Picchu ne sont d'ailleurs pas mal fichus. L'impact de ces séquences est tout de même amoindri par le fait que tout le monde aujourd'hui a déjà vu des images du site mais il n'en reste pas moins que celui ci est plutôt bien mis en valeur par Jerry Hopper dont c'est un des films visibles.