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L'ÉPÉE DE MONTE CRISTO (Mask of the avenger). Phil Karlson. 1951

Au milieu du 19ème siècle, dans une principauté italienne (imaginaire) en guerre contre l'Autriche, le très populaire gouverneur LaRocca (Anthony Quinn) se rend au palais pour répondre à une convocation du souverain, le comte Dimorna. Ce dernier veut dénoncer les agissements de son gouverneur. En effet, un courrier intercepté prouve sa trahison. Il a promis aux Autrichiens de faciliter l'invasion du pays de Casamare contre une forte récompense qui l'attend en Suisse (Et oui, déjà...). Se sentant démasqué, LaRocca abat le comte, maquille le crime en suicide et rend publique la soi-disant trahison du souverain provoquant l'indignation de la population. Ainsi, lorsque Renato Dimorna (John Derek), le fils du souverain et capitaine dans l'armée qui tente de freiner l'avancée des troupes autrichiennes rentre en ville, il est pris à parti par la population et manque même d'être lynché. Blessé, il est recueilli au château dont LaRocca a pris possession. Abattu moralement, blessé et soumis, Il semble tout d'abord accepter la prise du pouvoir par le gouverneur ce qui provoque l'indignation de la noble famille de Maria, sa fiancée, qui ne croit pas du tout à la culpabilité du comte. LaRocca, qui se méfie de cette famille influente qui peut contrarier ses projets, envoie la troupe pour les faire arrêter mais cette même nuit, une main mystérieuse s'empare de l'épée du comte de Monte Cristo qui avait jadis été déposée dans une niche aménagée dans le socle de sa statue... 



Dans ce film de Phil karlson, il manque pour le moins quelques ingrédients indispensables pour en faire plus qu'un sympathique petit divertissement. Tout d'abord esthétiquement, le film est assez vilain. Il a été tourné dans un très beau Technicolor mais on a très peu de scènes d'extérieur et la plupart sont nocturnes. D'autre part, presque tous les décors sont médiocres, les intérieurs mais aussi et surtout les grands décors extérieurs : les murailles d'au moins 3 m de haut, les châteaux (on en voit bruler un, enfin on voit surtout bruler sa maquette), la place centrale de la ville, etc...sont d'une grande laideur et la photographie ne parvient pas à masquer bien au contraire le coté carton patte de la plupart de ces décors. 

Ensuite, l'animation de cette histoire en dehors des performances des acteurs principaux. Et bien hélas le producteur avait du embaucher les 30 premiers quidams qui s'étaient présentés et avait du renvoyer tous les autres, alors évidemment il était difficile de rendre spectaculaire l'attaque d'un château ou une émeute ( Non monsieur, une révolution ! ) avec aussi peu de figurants et d'acteurs secondaires. Bref, le manque de moyens est vraiment criant et Karlson ne parvient pas à masquer ni même à minimiser ce handicap initial et à sauver les meubles visuellement. 

Enfin, pour en finir avec les principaux griefs, l'interprétation des principaux comédiens est elle aussi assez terne. A ce titre, John Derek est égal à lui-même. C'était surement la demi-star la moins excitante a qui on ait offert les premiers rôles dans des films d'aventure. Il en aura tourné pas mal, 7 ou 8, des films d'ailleurs acceptables, finissant comme beaucoup d'autres sa carrière en Italie mais sans presque jamais se départir de son indolence naturelle, promenant sa belle gueule inerte et son regard de maquereau plus mort que vif films après films. Après çà, toujours aussi maquereau, il a exploité le charme de ses femmes successives leur offrant des rôles plus sublimes les uns que les autres. Pour ceux qui ne les connaitraient pas, je recommande plus particulièrement les 3 films avec la belle Derek. Bon, faut quand même pas se ruiner avec çà mais si vous en trouvez un à 1 euro sur une brocante, faut vous ruer dessus. Comme comédien, à quelques exceptions près, je ne l'ai jamais senti s'intéresser vraiment à ce qui se passe sauf dans "les ruelles du malheur" dans lequel il est assez bon, voir dans "Les fous du roi" et dans un autre film de Phil Karlson "L'inexorable enquête". Pour résumer, le plus excitant chez Derek, c'était ses femmes ! 

A propos de femmes, une seule qui a un rôle un peu consistant dans le film de Karlson, c'est l'obscure et rousse Jody Lawrance, la fiancée de J. Derek, qui met bien plus de vie dans son interprétation. Elle féraille d'ailleurs de manière convaincante dans une scène d'escrime plutôt bien réglée par le metteur en scène. Cependant, on la voit assez peu et plus largement on ne la verra pas beaucoup par la suite. je ne lui connais que 2 autres rôles importants, dans le médiocre "10 de la légion" dans lequel elle joue une algérienne (si ma mémoire est bonne) et dans le tout aussi mauvais "Les flèches de feu" de Lew Landers, un western ou plutôt un film "historique" très fauché dans lequel elle joue Pocahontas.
Anthony Quinn est lui égal à lui-même. Il est, tout au moins dans ce type de rôles, toujours dans le même registre. Son jeu est très physique. On aime ou on aime pas, mais on le remarque. Enfin, dans les rôles secondaires, on reconnait Eugene Iglesias qui était surtout un acteur de complément dans des westerns dans lesquels il interprétait souvent des rôles d'indiens avec une certaine crédibilité.

Le scénario est lui cousu de fils blancs. La référence à Monte Cristo est très secondaire, totalement gratuite et n'a strictement rien à voir avec l'oeuvre de Victor Hugo mais comme on peut le constater je ne suis pas le plus indiqué pour en juger. Cependant, je ne me souviens pas que l'auteur avait fait du comte le libérateur d'un coin de l'Italie pas plus dans "Les misérables" que dans "Michel Strogoff". Je suis en fait à peu près sûr qu'il s'agit d'une pure invention de scénariste ou de distributeur destinée à appâter le chaland français avec un nom ronflant. Quoiqu'il en soit, au tout début du film, on apprend par le gouverneur LaRocca que la cité avait obtenu son indépendance grâce aux combats menés jadis par le comte de Monte Cristo. Au pied de sa statue figure une inscription qui indique "...Je laisse mon épée au peuple de Casamare. Si elle doit servir à nouveau, que la cause soit juste" et de fait le héros masqué, qui passera pour être le fantôme de Monte Cristo, s'aura s'inspirer de la bravoure du comte mais il doit bien évidemment bien plus à Zorro qu'à Monte Cristo. Cela dit comme renard italien, on pourra préférer -c'est mon cas- "Le cavalier au masque" de Bruce Humberstone avec Tony Curtis. 

On a tout de même droit -c'est le moins que l'on puisse attendre- à quelques péripéties sympathiques : Quelques chevauchées et quelques combats, des duels à l'épée à 1 contre 10 et un beau duel final...à 3. Quelques accrobaties : L'escalade des murailles du château. Un brin de mystère et des passages secrets. Par contre, je n'ai pas vu beaucoup de personnalité s'exprimer dans ce petit film d'aventure qui fut l'un des rares films "historiques" tourné par Karlson avec les invisibles "Maudits du château-fort", tourné comme "l'épée de Monte Cristo" en 1951 et "The Brigand" tourné l'année suivante. D'après la toute petite réputation des 2 autres films, le genre ne semble pas l'avoir autant inspiré que le polar ou à un degré moindre que le western mais il faudrait pourvoir visionner ses deux autres incursions dans le genre pour confirmer cette impression. Tout juste peut-on noter dans "Mask of the avengers" quelques petites touches sarcastiques dans les dialogues entre le gouverneur LaRocca et son aide de camp. Indirectement, la naïveté et l'immaturité politique du peuple sont aussi raillés par le scénariste et le dialoguiste qui insistent sur la grande popularité du gouverneur, pourtant un apprenti tyran redoutable mais dont le bagout impressionne et dont les discours démagogiques rassurent, séduisent et endorment une population que les "bons" auront d'ailleurs un mal de chien a convaincre de leur sincérité...Heureusement, that was before ! Tout ceci a bien changé (Non, je n'ai pas fini la bouteille)