Naked-Prey-Poster

LA PROIE NUE (The naked prey). Cornel Wilde. 1966 

A la fin du 19ème siècle, un groupe d'européens chassent l'éléphant dans la savane africaine. Lorsqu'ils croisent une tribu indigène qui réclame des présents symboliques comme droit de passage pour les autoriser à poursuivre leur route, le commanditaire de l'expédition refuse catégoriquement, traitant par le mépris le chef de la tribu et provoquant ainsi leur indignation. Les indigènes massacrent les uns après les autres les membres de l'expédition. Un seul européen est laissé en vie, le guide du groupe. Il est dépouillé de ses vêtements et on lui laisse quelques minutes d'avance avant le départ des premiers guerriers. Une chasse à l'homme qui durera des jours commence alors...

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Si on en a pris plein les mirettes avec les derniers films du genre "Survival", il faut mieux sans doute passer son chemin mais si vos références cinématographiques sont plutôt "La chasse du comte Zaroff" ou " La course au soleil", cet ovni cinématographique de Cornel Wilde, encore plus dépouillé que les 2 films précédents, ne devrait pas vous troubler, bien au contraire. Les choix faits par les initiateurs du projet sont en effet assez radicaux pour un film américain de cette époque. On n'y entend pas de musique occidentale. Le film est uniquement rythmé par des percussions africaines du début à la fin. Il est pratiquement dépourvu de dialogues sauf quelques échanges entre les colons au tout début et quelques dialogues entre les membres de la tribu. A une exception près cependant, dans la seule scène de répit dans cette lutte impitoyable qui verra deux adversaires improbables se rencontrer fortuitement, un peu d'humanité apparaitra. Mis à par cette respiration très provisoire, le reste est une lutte impitoyable dans laquelle cependant le sang ne coule pas à flot, même s'il est assez violent, la plupart des mises à mort du film se déroulent hors champ.

Les seules scènes vraiment violentes et sanglantes sont évacuées dans le premier quart d'heure. Ces scènes montrant la cruauté des primitifs sont évacuées très vite. Pour ceux qui seraient passionnés par les curiosités culinaires, c'est le moment ou il faudra prendre des notes : Le sabayon de séminariste sur son coulis de Jésuite, le guide touristique à l'étouffé et l'émincé de chasseur de fauve sauce ravigote, etc…c'est seulement au début. Mais il faut dire que l'on est déjà presque dans du gore à la Cannibal Hollocost ou pas loin. Après çà, je pense que je ne trahis par un secret défense en révélant que Cornel Wilde se retrouve seul survivant parmi les européens et la chasse à l'homme commence.

 


La portée symbolique enfonce des portes ouvertes. Le chasseur devenu gibier. L'instinct de survie de l'occidental, du citadin, qui se révèle au cours des épreuves. Etc…Mais cette lutte pour la survie, on en est le partenaire tant le processus d'identification est opérant dans cette lutte primale qui devient de plus en plus féroce à mesure que l'homme s'avère plus résistant qu'escompté. Il s'aguerrie au combat, retrouve des réflexes ancestraux qui le ramène à l'état de vulnérabilité des premiers hommes et réveille en lui dans ces épreuves des capacités insoupçonnées. On suivra cependant son épuisement progressif, on entendra sa respiration haletante, suivant au plus près les émotions, les peurs de cette homme dans un film qui offre par la même une expérience unique, tout au moins qui offrait à cette époque là (1966) une expérience cinématographique unique.

La lutte sera montrée dans tous ces aspects. La lutte des hommes entre eux, de l'homme contre l'animal et celles des animaux entre eux mais elle se déroule dans une nature sublimée par la caméra de Wilde. Ces paysages superbes de la savane africaine sont intégrés de manière dynamique à la course poursuite et aux différents combats. En effet, le terrain dépouillé, accidenté, aride, le soleil accablant, tout comme la végétation participe pleinement à l'action car les hommes s'auront se servir de manière très opportuniste de ce que leurs offre ou pas la nature.

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Malgré la force indéniable de ce film, on peut déplorer néanmoins quelques maladresses de la part de Wilde. Certaines limites étaient inévitables sur un long métrage de 90 minutes. Le coté répétitif des enchainements était notamment prévisibles : Scènes d'action/scènes de nature (avec dans les scènes d'action en elle même les alternance décrites plus haut). En revanche, on peut déplorer un certain amateurisme dans la façon d'insérer les scènes documentaires dans la course poursuite. On ne distingue pas toujours les raccords alors je suppose que certains combats entre animaux ont du être tournés spécialement pour ce film mais une partie proviennent visiblement de stock shots qui ne sont pas toujours très bien insérées. Pour relativiser ces défauts, ils sont loin d'être une exception et j'ai déjà vu de bien plus laides insertions. On peut aussi sans doute trouver maladroite et molle la manière de filmer les scènes de combats mais en revanche si les scènes de mise à mort sont hors champ et si l'on peut trouver çà ringard, on peut au contraire en remercier le metteur en scène, c'est mon cas. Les obsessions du blood pour le blood à la Mel "If you want blood You've got it" Gibson, c'est sans moi.

 

A voir avant tout safari africain ou avant toute sortie dans certaines villes de l'est parisien (gag). En tout cas, certains voudraient y voir des connotations racistes. Je ne veux pas développer pour ne pas donner trop d'éléments qui nuiraient à l'effet de surprise suscité par le film mais en réalité il renverrait plutôt dos à dos colons suffisants et grands massacreurs de la faune sauvage... et populations autochtones aux pratiques violentes et barbares.

Cornel Wilde a réalisé d'autres films dans lesquels il tient en général le premier rôle avec sa femme jean Wallace. Certains ont été diffusés sur nos chaines françaises mais je n'en ai vu aucun. "Le virage du diable", un film qui se déroule dans le milieu des courses automobiles n'est parait-il guère intéressant. "Tueurs de feu à Maracaibo" ne l'est guère plus. En revanche, "Lancelot, chevalier de la reine" est tentant. Un seul de ses films a été édité en DVD aux USA, c'est "Le sable était rouge (Beach Red), un assez bon film de guerre assez réaliste et assez sanglant. Ce DVD offre une vost. 

Quant à The Naked Prey, il est lui aussi sorti en DVD zone 1 dans la collection Criterion. VO (avec sous-titres anglais optionnnels). Les passages en divers dialectes africains ne sont pas traduits.