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LA NEIGE EN DEUIL (The Mountain). Edward Dmytryk. 1956

Avec Spencer Tracy (Isaïe Teller), Robert Wagner (Chris Teller), Claire Trevor (Marie) et William Demarest (Le père Belacchi)

Un avion s'écrase au sommet d'une montagne du massif du Mont Blanc. Les autorités cherchent donc à monter une équipe pour porter secours aux éventuels survivants. Sollicité, celui qui fut le meilleur guide de la région, Isaïe Teller (Spencer Tracy) décline l'offre s'estimant trop âgé pour entreprendre l'escalade d'un versant qui n'a jamais été vaincu en période hivernale. Il est d'autre part persuadé que la montagne ne veut plus de lui car lors de ses dernières escalades à chaque fois un de ses compagnons ou un de ses clients n'en étaient pas revenu.

Son jeune frère Chris (Robert Wagner) tient absolument à faire partie de l'expédition, mais devant le refus de son ainé sa candidature est rejetée. Une première expédition conduite par Servoz, un vieil ami d'Isaïe, échoue, alors sous la pression de son frère qui menace de vendre la ferme familiale en cas de refus et qui prétend vouloir monter seul à l'épave de l'avion, Isaïe accepte à contrecoeur de tenter l'ascension seul avec son frère. Ce dernier n'a qu'un objectif, récupérer toutes les richesses qui se trouvaient à bord, quitte à détrousser les cadavres.

Les deux frères entament l'ascension…

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L'opposition classique entre 2 frères, Rabbin et Caël, que tout oppose mais on est plus ici dans le psychologisant hollywoodien que dans le tellurique et dans le grandiose biblique. Comme Dmytryk et son scénariste, je schématise. L'ainé Isaïe, incarné par Spencer Tracy, est paré de toutes les vertus. C'est une force de la nature. Il est courageux, loyal, intègre, honnête (Qui a dit, c'est parce qu'il est vieux ?). Son frère chris (Robert Wagner) qui est bien plus jeune est une crapule sans aucun scrupule. Il est lâche, cupide, craintif, égoïste. Je mets en mode pause un instant. Je pose 2 et je retiens…Spencer Tracy : 56 ans + Robert Wagner : 26 ans. Ouais, pas grave, c'est un détail. Mais quand même, en dehors des cartes d'identité, il y a surtout le rendu visuel. On a plutôt l'impression que l'un est le grand père de l'autre mais passons sur ce détail. 

La même année, Robert Wagner -dont le physique de beau gosse à cette époque là ne prédisposait pas particulièrement à ce type de rôle- incarnera un autre personnage de méchant dans l'assez bon thriller en couleurs de Gerd Oswald "A Kiss Before Dying". Ici le scénariste lui a trouvé une excuse, il a tué maman quand celle ci l'avait mis au monde mais pour être honnête c'est très vite évacué par Dmytryk et on y revient plus. Les enjeux "moraux" sont tout de même assez minces et les personnages bien caricaturaux mais le scénariste avait tout même prévu quelques belles scènes pour les exposer "dans l'action". Les motivations des 2 frères à l'opposée l'une de l'autre seront mises en scène en mouvement, dans des scènes de montagne très bien réglées par Dmytryk, bien aidé ici par le Technicolor et le travail de son directeur de la photographie, le grand Franz Planer. 

Sans cette beauté formelle, le film serait sans grand intérêt car l'opposition entre le vieux montagnard intègre, en quête de rachat et à la recherche d'un accomplissement personnel qu'il n'espérait plus et son jeune frère aux motivations d'une grande médiocrité, ne présente pas un intérêt évident. Seule interrogation véritable, est ce qu'au bout du combat avec et contre la montagne, avec sous ses yeux et en action, la droiture et la bravoure de son frère ainé, le jeune homme égoïste, opportuniste et sans morale aura changé ? C'est le seul enjeu de ce récit dont la morale finale fait l'éloge, par delà les profondes oppositions, des incassables liens du sang. Ces scènes qui montrent que l'amour fraternel et la loyauté de l'un des 2 frères pour l'autre subsistera par delà la mort peuvent toucher mais je pense qu'on doit pouvoir aussi les trouver exaspérantes.

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Heureusement, le massif du Mont Blanc (Tournage à Chamonix) mis en valeur par le Technicolor est splendidement filmé par un un très bon metteur en scène qui se sert de tous les outils à sa disposition -y compris la malice- pour maintenir l'intérêt du récit. Pendant les 3/4 du film, on est avec les 2 frères et on suit leur ascension. Dmytryk prend son temps pour ménager ses mini suspenses et se sert de tous les trucs du film d'escalade : La traversée de barres rocheuses filmées caméra fixée à la parois et filmant en plongée les 2 frères au dessus du vide vertigineux. Il insiste sur les passages délicats : la cheminée , le surplomb, le couloir d'avalanches, le pont de neige…et sur les incidents que ces dangers entrainent : la chute maitrisée in extremis, etc…En dehors des paysages spectaculaires que l'on traverse et que Dmytryk ne lâche pas, il filmera aussi habilement et son montage saura aussi les découper de manière dynamique, des gros plans sur certaines parties des corps sollicités dans l'action qui sont très bien menés et toujours en offrant en arrière plans les spectaculaires paysages de montagne. Il compose ainsi tout du long ses plans avec une grande précision. Certes, ça sent les trucs de vieilles fripouilles chevronnées, mais c'est très habilement fait. 

Je l'ai déjà dit, c'est le véritable intérêt de cette aventure montagnarde car on est avant tout dans le pur film d'aventure de base, sans options. Tout çà ne fait pas, comme disait l'autre, pipi loin, mais tout dépend de comment c'est présenté et ici çà l'est très bien par Dmytryk bien aidé par Franz Planer et l'on passe un bon moment de pur divertissement. Un dernier mot pour signaler que le scénariste a pris soin de prévoir une surprise qui vient relancer l'intérêt du film avant sa dernière demi-heure, avant 10 dernières minutes à doubles effets secondaires possibles : émotion véritable ou …envie de casser la télé…(Prenez soin de mettre préalablement les enfants à l'abri car dommage collatéral possible)

Vu en version française. J'ignore si ce film est passé à la télévision en VOST. Il est passé au moins en VF mais pas hier.

NB : Henri Troyat, l'auteur du roman "La neige en deuil" s'était inspiré d'un crash véritable. En 1950, un Lockheed Constellation d'Air India s'était écrasé dans le massif du Mont Blanc.

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