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LE BRAVE ET LA BELLE (The Magnificent Matador). Budd Boetticher. 1955

Avec Anthony Quinn (Luis Santos), Maureen O'Hara (Karen Harrison), Richard Denning (Mark Russell), Manuel Rojas (Rafael Reyes)

Luis Santos, le plus célèbre matador mexicain, n'est plus qu'à quelques heures de la corrida la plus attendue de la saison, celle ou un de ses protégés, le jeune et prometteur Rafael Reyes, doit passer l'alternative (une cérémonie au cours de laquelle un matador débutant est autorisé par les plus anciens à devenir matador de taureaux) mais quelques instants avant de partir pour les arènes, cette homme vieillissant et tourmenté, prend la fuite et renonce pour une raison mystérieuse à la corrida provocant un énorme scandale dans le pays. Il trouve refuge dans la luxueuse hacienda d'une riche américaine installée au Mexique par amour de la tauromachie...et par admiration pour Santos.

L'argument de départ, les états d'âme d'un matador vieillissant et la résolution de l'énigme, la révélation des raisons qui l'ont poussé à fuir restent en toile de fond mais très vite, c'est la romance avec la richissime américaine et ses conséquences qui occupe presque toute la place. Or, cette histoire de grande bourgeoise américaine énervée par le sud-américain velu et chaud bouillant doté d'une paire de gosses grosses comme des balles de tennis, me fait autant d'effets que si une mémé du 16ème à broche et carré Chanel était prise de vapeur après avoir vu le tablier taché de sang de son boucher-charcutier. C'est d'ailleurs en gros la confession que fait le personnage incarné par Maureen O'Hara. Un soir au clair de lune, elle révèle à Santos qu'elle était tombé amoureuse de lui un soir de corrida à Madrid. C'est de le voir se relever ensanglanté après avoir été renversé par un taureau qui avait entrainé chez elle ce besoin irrépressible de suivre un tel homme jusque dans son pays. Ah ! Le mystère féminin...ou le mystère Boetticher qui nous a parfois habitué à tellement de subtilité dans la façon de dresser en quelques touches légères des portraits justes d'hommes, le plus souvent, mais aussi parfois de femmes, que de le voir jouer avec de tels lieux communs est un peu pénible. Quoiqu'il en soit, comme disait à peu près Desproges (que j'adapte), les mexicains sont peut-être des hommes fiers et ombrageux, qui possèdent un tout petit cul pour éviter les coups de cornes, mais moi, pour poursuivre sur le même ton, comme disait l'autre "çà m'en touche une sans faire bouger l'autre". 

Malgré les apparences, le problème de base avec ce film n'est pas d'aimer ou pas la corrida, c'est qu'on a le droit de trouver ce qu'en fait Boetticher pour le moins pas très intéressant. Cette romance est contrariée par les trucs et manigances du personnage incarné par Richard Denning. C'est un expatrié américain amoureux de Karen depuis longtemps et qui cherche à ruiner la réputation de son rival. Il commence par révéler le lieu de sa fuite, puis tente de le pousser à revenir sur sa retraite "sportive" pour briser l'intimité du couple, etc...De plus Boetticher introduit un second personnage féminin, une ancienne petite amie mexicaine de Santos qui est très jalouse ! Et enfin pour en finir avec l'entourage du champion, je dois parler du manager de Santos. C'est un ancien torero qui avait jadis été grièvement blessé dans l'arène en sauvant la vie de Santos et depuis le bougre, qui s'est sacrifié depuis pour faire de lui le plus grand matador du pays, n'arrête pas de le bassiner sur ses devoirs envers lui. Il ne supporte pas de le voir renoncer à sa carrière, finissant par lui dire "Je préfère te voir mort dans l'arène plutôt que de te voir arrêter ! ". Il dis çà en présence de Karen et on comprend immédiatement ou veut en venir B et son scénariste. En fait, Miguel, c'est rien qu'une grande jalouse qui ne supporte pas de voir Santos s'installer durablement avec une femme (Le prob. n'est pas qu'il le soit, c'est la façon dont c'est présenté qui en est un). 

Entre deux scènes de romance ou de mélo, genre Peyton place chez les péquenots, Boetticher nous fait du "couleurs locales". On a la visite du centre ville de Mexico en limousine. Le groupe de Mariachis. La danseuse de flamenco. La partie de pelote basque. La ferveur religieuse des sud-américains. La visite chez Dom David, éleveurs de champions depuis 1937 qui nous fait visiter son hacienda, tâte quelques croupions de taureaux, vante les mérites de la vie au grand air et révèle ses secrets pour une bonne alimentation de la bêêêêêête. 
On a tout de même une ou deux belles scènes, une ou deux belles idées, belles et un brin ridicules pour être exact. La première, c'est le moment attendu, le déclic qui fera revenir Santos sur sa décision. L'environnement est superbe, la scène aussi mais l'argument assez grotesque mais je n'en dis pas plus. Quant à la révélation de ce qui avait fait flancher Santos, c'est tout aussi grotesque. Boetticher nous fait le coup du "secret de famille" !!! Peyton Place je vous dis... 

Et la tauromachie dans tout çà ? Et bien la première fois qu'on rentre dans l'arène -en dehors d'une très courte scène de cauchemar qui réveillera Santos au tout début du film- c'est après 1h14 de film. On voit très peu de scènes de combat et elles sont filmées d'assez loin. çà dure 1/4 d'heure et c'est sans intérêt. Qu'on soit aficionado ou pas (on aura compris que je ne le suis pas ), le film est assez décevant. Boetticher lui-même ne l'aimait pas tellement, admettant avoir trop plié devant les producteurs en acceptant d'intégrer au scénario, pour des raisons commerciales, des ingrédients mélodramatiques et une romance qui ont fini par occuper (presque) toute la place...Mais je ne vois pas comment ce film tel qu'il était écrit, même sur ses bases, pouvait mener à autre chose. 

Boetticher a été sa vie durant fasciné par la tauromachie qu'il avait découvert très jeune au cours d'un séjour au Mexique. Il était resté dans ce pays pour y suivre une formation de torero, avait combattu et aurait même été très grièvement blessé dans l'arène, mais il est difficile de démêler le vrai du faux dans les aventures de ces cinéastes américains bourlingueurs de l'âge d'or d'hollywood ( Walsh, Huston, Fleming, etc...). C'est d'ailleurs ce récit en partie auto-biographique qu'il racontait dans le premier film qu'il avait consacré au genre avec " La dame et le toréador " qui est bien meilleur que le second, surtout dans sa version intégrale montrant l'entrainement de Robert Stack (qui n'était pas doublé par des professionnels). C'était également par la tauromachie qu'il était entré dans le milieu du cinéma comme conseiller technique du film de Rouben Mamoulian " Arènes sanglantes/Blood and Sand " et c'est aussi sur ce film qu'il avait rencontré Anthony Quinn qu'il emploiera plusieurs fois, dans : " La cité sous la mer ", " L'expédition du fort King " et " A l'est de Sumatra ". Enfin, il consacra encore un dernier film à la tauromachie " Arruza ", un documentaire sur Carlos Arruza, un ancien torero mexicain qui était son ami et qui mourra tragiquement au cours du tournage. Ce tournage et ses conséquences ont été absolument cauchemardesques pour le cinéaste mais le film finira par sortir plus de 10 ans après le lancement du projet (Je ne l'ai jamais vu). 

En dehors de ceux de Boetticher, et du film de Mamoulian déjà cité, la tauromachie a été illustrée par d'autres cinéastes " Le moment de vérité " de Francesco Rosi et " La corrida de la peur/The Braves Bulls " de Robert Rossen, encore plus dur à voir que tous les autres films cités. 

Vu en VF (version française d'époque). Je pense que la copie que j'ai vu est tronquée (IMDB qui n'est pas d'une fiabilité sans failles donne une durée de 94 min) et les couleurs sont un peu passées.