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LES RÉVOLTÉS DE LA CELLULE 11 ( RIOT IN CELL BLOCK 11). Don Siegel. 1954


Avec Neville Brand (Dunn), Leo Gordon (Carnie), Emile Meyer (Warden), Frank Faylen (le commissaire Haskell), Robert Osterloh (Colonel), Whit Bissell (le gardien Snader)

Dans la prison de Folsom en Californie, une nuit, un détenu parvient par ruse à assommer un des gardiens et à s'emparer de ses clés. Il libère les autres détenus qui à leur tour neutralisent la totalité des gardiens du bloc 11. Après un moment d'anarchie et d'euphorie au cours de laquelle les détenus détruisent le bloc, l'un d'eux, Dunn, parvient à rétablir l'ordre et à convaincre ses camarades de se servir des otages pour faire pression sur la direction et obtenir ainsi une amélioration de leurs conditions de détention. Si leurs demandes ne sont pas satisfaites, ils menacent d'exécuter les gardiens capturés. Les négociations avec l'administration pénitentiaire commencent…


L'initiateur du projet était le producteur Walter Wanger, qui venait d'être libéré après avoir passé plusieurs mois en prison pour avoir tiré sur Jennings lang, l'impresario…et l'amant de sa femme Joan Bennett, laquelle a été aussi sans doute la maitresse de Fritz Lang (Pas de commentaires déplacés svp. Celui qui me dit que Joan aimait particulièrement les Lang sera mis sur la liste noire du Blog). Wanger avait déclaré qu'il tenait absolument à ce film car il avait été choqué par les conditions d'emprisonnement épouvantables qu'il avait vu à San Quentin et de fait "les révoltés…" dresse un constat accablant -mais pas nouveau et d'ailleurs toujours d'actualité- sur les conditions d'incarcération. Dans le désordre, on y évoque ce qui a trait à la vie quotidienne et matérielle dans les prisons (la surpopulation, la saleté, la vétusté, la nourriture insuffisante ou infecte) qui trahissent un manque de respect du détenu. Ensuite, tout ce qui est en rapport avec la santé mentale des prisonniers : ils évoquent leur ennui, leurs frustrations, leur désœuvrement ( ils réclament de pouvoir travailler) et enfin ils dénoncent le climat général d'insécurité en raison notamment de la présence de malades mentaux dangereux, qui devraient être incarcérés dans des structures distinctes, au milieu des autres détenus. 

Rien de bien nouveau sur le fond car ce sont des poncifs du film de prison mais ce constat est assez bien amené par petites touches et on en a la démonstration par des évènements qui se produisent tout au long du récit plutôt que par le dialogue, dans de longues tirades plus ou moins inspirées. D'autre part, si le propos n'est pas très original, j'ai toutefois rarement vu un panorama aussi complet de la situation. Si le film se veut sérieux et documentaire, ils s'ouvrent d'ailleurs sur des scènes d'archives montrant des d'émeutes véritables qui s'étaient déroulés aux USA au cours des années précédentes, Siegel n'hésite pas a faire du cinéma pour donner du poids au plaidoyer sans pour autant se servir de l'alibi du film à thèse pour faire du spectaculaire et du tape à l'oeil. A aucun moment il ne fait son "fils de pute" comme il aimait à se qualifier parfois quand il s'exprimait au sujet de certains des grands succès commerciaux de sa fin de carrière. Il ne cède rien au sensationnalisme, n'emploie pas non plus les grosses ficelles dramatiques du "film de prison" mais il fait du cinéma, nuance.

Au début de l'émeute, les travelings qui accompagnent les courses des prisonniers dans les longs couloirs, les points de rencontre brutaux entre les détenus et les gardiens puis le saccage des cellules d'une artère du bloc, vu d'une extrémité du couloir, la caméra posé au sol avec la multitude d'objets divers volant en l'air dans un désordre indescriptible, nous donnent des plans très "beaux" et assez spectaculaires. Plus tard, certains objets seront recyclés par les détenus, notamment par ceux qui ont eu l'expérience de la guerre pour en faire des armes. Plus tard encore, l'occupation de la cour centrale de la prison par la totalité des prisonniers qui tournera à l'affrontement avec les dizaines de policiers mobilisés sera encore spectaculaire ( on en avait déjà vu une variante dans "Les démons de la liberté" de Jules Dassin) mais ensuite le rythme se calmera. 

La tension entre les deux camps sera encore présente mais Siegel montrera davantage les tensions à l'intérieur des camps respectifs. Tout cet aspect sera d'une grande richesse mais le film en deviendra presque trop intelligemment construit, trop prémédité et habile semblant vouloir faire le tour de toutes les relations pouvant s'établir dans une telle situation, entre les camps opposés et à l'intérieur des 2 camps, s'attachant à décrire plus particulièrement quelques personnalité emblématiques.

Du coté des détenus, ce sera leur leader Dunn, très bien incarné par Neville Brand dans un de ses rares premiers rôles. Il occupe une position centrale parmi les détenus pas seulement en tant que porte parole des revendications. Il est aussi moralement et concrètement au centre, prêt à aller jusqu'à mettre ses menaces à exécution mais il n'est pas dans une démarche suicidaire. Il est donc aussi le lien possible entre ceux des détenus qui se refusent à user de violence, dont le porte voix est "l'intellectuel", un ancien colonel incarcéré pour avoir tuer accidentellement un passant, et les plus radicaux dont le leader est Carnie (Leo Gordon). Mais les positions complexes et contradictoires on les aura aussi de l'autre coté des murs de la prison. L'opposition sera tout aussi grande entre le directeur, ferme mais humain et son supérieur hiérarchique qui ne veut rien céder et qui est prête à provoquer un bain de sang plutôt que d'accéder aux revendications pourtant raisonnables des détenus.

Entre les deux camps , on aura aussi des scènes de fraternisation entre des hommes qui au fond se ressemblent, ainsi ces gardiens ( à 50 $ par mois comme dira l'un deux) qui constateront qu'ils viennent des mêmes milieux que ceux qu'ils gardent. En dehors du chaudron mais pas épargnés non plus, les politiques. Le gouverneur sollicité pour prendre une décision tergiversera longuement près à risquer une radicalisation du conflit plutôt que de prendre une décision tranchée qui risquerait de lui nuire politiquement. Il est surtout obsédé par "ce qu'en pense l'opinion". Les journalistes ne le sont pas plus. Alors que les prisonniers pensent qu'ils seraient un bon relais pour se faire comprendre, eux ne pensent qu'à fabriquer des articles chocs. Ainsi lorsque Dunn se montrera derrière des grilles avec dans les mains une chaine et une matraque, les "armes" de travail d'un gardien violent (incarné par Whit Bissell) ils voudront qu'il prenne un air féroce seule chance pour lui de faire la une. 

Fin honnête, à l'image du film, ni tout à fait désespérée, ni un happy end pour ce qui est pour moi un des meilleurs films de prison des années 50.

Un mot rapide sur les interprètes secondaires. Mention spéciale à Leo Gordon, un authentique ancien détenu dont la présence physique est saisissante. Siegel déclarera à son sujet qu'il était je cite "L'homme le plus terrifiant qu'il ai jamais rencontré". Il devait bien aimé parce qu'il l'emploiera à nouveau dans L'ennemi Public (Baby Face Nelson), film dans lequel il jouera John Dillinger. Autre comédien qui travailla plusieurs fois sous la direction de Siegel (lui aussi dans B.F.N, puis dans The Lineup), Emile Meyer une sorte de sous Broderick Crawford campe un assez subtil directeur de prison défenseur des détenus ! Pour l'anecdote il sera aussi du casting d'un film de prison fauché qui utilisera des chutes du film de Siegel La révolte est pour minuit (Revolt in the big house) de R. G. Springteen

 Vu en VF et en VOST. Ce film est passé dans les 2 versions sur une/des chaines françaises

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