gun runners poster

TRAFIQUANTS D'ARMES À CUBA ( THE GUN RUNNERS ). Don Siegel. 1958

Sam Martin (Audie Murphy), qui vivote difficilement à Key West en Floride en emmenant pêcher des touristes, est trompé par son dernier client, un homme qu'il avait baladé pendant des jours. Alors qu'il lui devait 1000 $, cet homme est embarqué par la police pour avoir multiplier les escroqueries. Harcelés par ses fournisseurs et dans l'impossibilité , une nouvelle fois, de rembourser les traites de son bateau, il tente sa chance autour d'une table de jeu. C'est ainsi qu'il rencontre Hannagan (Eddie Albert), un touriste accompagnée d'Eva (Gita Hall) sa petite amie suédoise. Il les emmène en excursion puis accepte à contrecoeur, contre un bonus qu'il ne peut pas se permettre de refuser, d'emmener le couple passer une soirée à Cuba, dans une ile déjà en proie à l'insécurité et au désordre politique. Alors que le couple est sensé y faire la tournée des boites de nuit, Hannagan rencontre en réalité des représentants de la guérilla castriste et négocie une importante vente d'armes. Les quittant, Hannagan abat 2 cubains, dont un policier, avant de pouvoir regagner le bateau et de prendre la fuite.

Très rapidement, les autorités portuaires et la police de Key West enquêtent auprès des plaisanciers pour retrouver le bateau impliqué...



C'était la 3ème adaptation du roman d'Ernest Hemingway "To have and have not" après celle d'Howard hawks, "Le port de l'angoisse" puis celle de Michael Curtiz, "Trafic en haute mer" sans que pour autant on puisse parler de remake bien que le film de Siegel soit assez proche de celui de Curtiz sur un certain nombre de points. Comme les précédents, le film colle assez bien à l'actualité politique et comme pour les autres adaptations, il a été délocalisé en conséquence. Dans le film de Hawks, on se trouvait dans les Antilles françaises pendant la seconde guerre mondiale avec des résistants, des nazis. C'était avant tout une oeuvre de propagande tourné à chaud (Il faudrait parler de la spécificité du couple Bogart/Bacall). Dans celui de Curtiz, l'action avait été déplacée en Californie dans un port proche de la frontière Mexicaine. La situation familiale du personnage principal, le contexte social bien plus marqué, les relations complexes qui s'établissaient entre les 4 principaux personnages, le héros pourtant très épris de sa femme, séduit par la femme de passage, l'atmosphère lourde et même le jeu des comédiens, à commencer par celui de John Garfield, tout contribuait à en faire un pur film noir.

Dans celui ci, avec ce titre français, si je dis qu'il s'agit d'un trafic d'alcool frelaté entre le Canada et les USA dans les années 30, on ne va pas me croire. Non, Siegel et son scénariste profite du contexte politique -le film a été tourné env. un an avant la chute de Batista le dictateur cubain- et transpose donc l'histoire en Floride et le modeste et tranquille propriétaire de bateau dans la mouise se trouvera mêlé à une bande de trafiquants d'armes dirigés par un bandit-millionnaire cynique, froid et violent. 

Je parlais de points communs avec le film de Curtiz, les voici. Tout d'abord, la situation sociale précaire de Martin est encore plus soulignée dans ce film que dans le précédant. Dans sa première partie les allusions aux difficultés financières sont omniprésentes, parfois soulignées avec ironie dans les dialogues avec les créanciers, les amis (Un barman, des collègues), les personnages de passage (Un(e) pilier de bars) et préparent la suite, expliquant les choix risqués que Martin sera amenés à faire. Seuls moments de répit, les admirables scènes entre Martin et sa femme Lucy (Patricia Owens) là aussi au moins aussi réussies que celles impliquant le couple du film de Curtiz. Je considère même que l'harmonie du couple saute encore plus au yeux dans ce film ci, l'attraction sexuelle évidente qu'ils éprouvent et qui est montrés dans des scènes frôlant l'impudeur sont assez rares à cet époque, notamment en ce qu'elles montrent une femme assumant ses désirs. Mais Siegel montre aussi la tendresse entre ces deux là, voire leurs enfantillages. Au bar, par exemple, ils se dissimulent dans une alcôve et tirent le rideau pour s'embrasser sous les regards amusés des habitués et leur complicité de tous les instants est évidente. Plus tard, on se demandera donc si la séductrice, la petite amie de Hannagan, une vamp suédoise au moins aussi attirante que l'était Patricia Neal dans le film de Curtiz parviendra à ses fins...En tout cas, Gita Hall lui fera le grand numéro de charme.

L'harmonie pourra aussi être brisée à la suite de la rencontre avec la bande du trafiquant et ses conséquences. De ce coté là, le film de Siegel est d'une plus grande brutalité que les précédents et ceci dès la première séquence dans laquelle un homme sera poignardé à mort. Les attributs du film de gangsters seront plus présents, Martin sera confronté à la police américaine, aux autorités portuaires, à la police cubaine, aux représentnant de la guérilla cubaine et bien sûr aux trafiquants d'armes. Mais on est bien plus dans les éléments "factuels" d'un film de gangsters classiques que dans l'atmosphère spécifique d'un pur film noir de 1950.

Un mot sur Babyface (Audie), un acteur qu'à 20 ans je détestais (ou pas loin) et que j'aime de plus en plus. Il m'est arrivé la même chose avec Alan Ladd et d'ailleurs tout deux ne sont pas sans points communs, à commencer par ces visages aux traits enfantins mais aux regards d'une tristesse étrange. Maintenant je les appelle les Little Big Men mélancoliques du ciné classique américain.

Très vite sur les seconds rôles. Everett Sloane joue le rôle d'Harvey, le seconde de Martin, une vieille épave alcoolique et surtout un brave type assez amusant mais dont les prises d'initiative pourront s'avérer dangereuses voir désastreuses. Il est excellent. Nettement mieux que Jack Elam, le principal fournisseur de Martin. L'une des plus légendaires sales trognes du cinéma américain s'illustre tout de même une fois nous gratifiant de quelques unes de ses (tout aussi légendaires) grimaces. Richard Jaeckel le porte flingue préféré de Hannagan restera lui pratiquement muet.

Je termine sur la réputation du film. Je ne comprends pas ? Peu d'auteurs en parle. Tavernier dans "50 ans..." parle de remake honteux ! Mais enfin, il a deux soucis qui se cumule, il n'aime pas beaucoup Siegel (sauf Beguiled et quelques autres dont celui sur lequel je viens d'écrire, Riot In Cell Block 11) et il n'aime pas non plus Audie Murphy. Il faudrait savoir ce qu'il en pense aujourd'hui car sur ce dernier il a tout de même un peu bougé alors qu'il était impitoyable par le passé.

De mon coté, je ne sais pas ou le situer par rapport aux 2 autres, tout ce que je peux dire c'est j'aime beaucoup ce film mais pas spécialement pour ces attributs de polar, en tout cas pas avant tout pour çà.

Vu en vost. Passé sur une/des chaines françaises mais pas hier.
Avec Audie Murphy (Sam Martin), Eddie Albert (Hanagan), Patricia Owens (Lucy Martin), Gita Hall (Eva), Everett Sloane (Harvey), Jack Elam (Arnold) et Richard Jaeckel (le tueur de Hanagan)