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LE GANTELET VERT (The Green Glove). Rudolph Maté. 1952


Avec Glenn Ford (Mike Blake), Geraldine Brooks (Chris), George Macready (le comte Rona), Cedric Hardwicke (Le père Goron), Jany Holt (La comtesse) et Gaby André (Gaby Saunders) 

Au cours des opérations du débarquement de Provence, un parachutiste américain, Mike Blake, qui a trouvé refuge dans les ruines de St Éléazar un village perché de la côte d'Azur, surprend un homme en train de fuir avec une sacoche à la main. L'individu mystérieux qui brouille les pistes sur son identité avant de se présenter comme un membre de la famille Rona, une célèbre famille de collectionneurs et de marchants d'art, lui révèle avoir dérobé le long gant incrusté de pierres précieuses qui était conservé dans le reliquaire de l'église. Avant que l'homme n'ai le temps d'aller plus loin, une bombe explose assommant Blake, permettant au Comte de s'enfuir.

7 ans plus tard, Blake qui entretemps a eu l'impression d'avoir raté sa vie, décide pour conjurer le sort, de revenir en France. D'emblée, il se sent suivi et tente alors d'échapper à la filature. Sur la tour Eiffel, Chris (Geraldine Brooks) une jeune guide touristique américaine l'aide a semer son poursuivant mais lorsque cette homme qui le filait est quelque temps plus tard retrouvé mort dans la chambre d'hôtel de Blake celui ci est immédiatement inquiété et soupçonné par la police. Pour résoudre l'énigme, Blake, accompagné de Chris , et surveillé maintenant par la police, décide de retourner à St Éléazar...


Un film bizarre qui, par le mélange de suspense, d'action et d'humour, fait à la fois penser à un Hitchcock anglais raté mais qui présente aussi des éléments qui anticipent sur des films postérieurs du maitre, principalement quelques uns de ses films américains les plus célébrés. Du point de vue de l'intrigue générale, on est dans quelque chose qui évoque "Les 39 marches" avec des éléments qui pourraient aussi faire penser au "Faucon Maltais" , notamment en raison de ces aventuriers aux intentions mystérieuses, ces méchants très pittoresques et du trésor convoité (ici une relique médiévale) mais des éléments épars font obligatoirement aussi penser à des Hitchcock ultérieurs :

- Il a été tourné en grande partie sur la côte d'azur, surtout dans l'arrière pays, et l'on y voit des paysages qui font penser à…
- Une longue course poursuite spectaculaire en surplomb d'une barre rocheuse, le méchant étant "au trousse" d'un moins méchant qui courre au bord du précipice, çà fait penser à…
- Le climax du film, la où il commence et où il se termine situé dans une église et plus précisément dans le clocher d'une église çà fait penser à... un nanard du maitre (Heu, c'est l'un de mes 5 films préfères)

Mais malheureusement, dès le début, les incohérences s'accumulent. Lorsque Blake qui a trouvé refuge dans les ruines du village de St Éléazar croise le comte Rona en train de prendre la fuite avec le gant qu'il vient de voler dissimulé dans une sacoche, Rona dit assez rapidement à Blake qui l'interroge. " Vous savez, c'est très précieux, çà vaut 500 000 $ ". C'est très peu vraisemblable ! Moi déjà rien que pour un porte-feuille avec 50 euros dedans je ne dis rien alors…Enfin bref, George lui il ne peut pas s'empêcher de vendre la mèche. Après quoi on se retrouve à Paris 7 ans plus tard, sans plus d'explications. On entend une voix off nous dire que Blake a connu 7 ans de malheur et qu'il vient de décider de revenir en France pour se libérer du poids de cette histoire et résoudre ce qu'on croit être l'énigme de la disparition du comte Rona et du gantelet. On ne comprend rien d'ailleurs au début de la raison pour laquelle Macready et ses hommes sont après Blake. C'est totalement incohérent mais ce n'est pas le plus grave, le Gant en or incrusté de pierres précieuses, c'est presque une fausse piste (trésor volé qui ne l'est pas tant que çà. Attention ! Moi aussi pour rendre intéressant un film qui ne l'est pas tant que çà, je brouille les pistes). Les incohérences quant au(x) possesseur(s) du gant occasionnent des invraisemblances, des facilités scénaristiques mais ce n'est même pas le plus problématique.

Il aurait certes fallu tout de même une structure qui tienne debout or ici le scénario est bien bouffé aux mites mais c'est surtout en terme de style et de mélange des genres que le film n'est absolument pas maitrisé. Tout le monde ne peut pas multiplier les ruptures de tons comme tonton (Hitch). Après 40 min au cours desquelles il ne se passe presque rien, à part la découverte d'un cadavre qui occasionne quelques soucis à Blake, tout à coup, tous les protagonistes se retrouvent dans les ruines d'un château pour la première scène de suspense/polar.
Cette scène a suscité chez moi un petit regain d'intérêt (j'ai relevé une paupière)…et puis non, celle ci aussi est ratée. On enchaine avec une scène de comédie ou plutôt le 1/4 d'heure de comédie le plus minablement joué que j'aurais jamais vu dans un suspense. Avant une partie finale qui est un peu plus mouvementée et intéressante mais c'est tout de même globalement très poussif. Et ce n'est même pas compensé par un travail de mise en scène dynamique ou des recherches visuelles de la part de Rudolph Maté qui fut un grand chef opérateur.

Un mot sur l'interprétation :
Celle de Glenn Ford est très inégale. A l'évidence il a été très mal dirigé. Je n'avais jamais vu un héros de Film Noir ou de Suspense sourire autant et être aussi heureux d'être dans la mouise. Dans les scènes de comédie ou celles ou il est en présence de sa (future) petite amie passe encore mais par moment ce héros presque toujours de bonne humeur est très décalé. A contrario, dans certaines scènes censés être amusantes, il prend parfois un air crispé très déconcertant. Rudolph Maté a du lui dire "Bon, coco, c'est une scène de comédie mais faudrait que tu y mettes un peu d'angoisse quand même…".  Geraldine Brooks croisée dans quelques autres polars dans des rôles secondaires est très moyenne. George Macready qui incarne un méchant cultivé, hautain, aristocratique est égal à lui-même mais je ne suis pas un fanatique de scarface. Le curé de la paroisse, c'est Cedric Hardwicke. Pardon Sir Cedric Hardwicke (On dit soeur ou frère au fait ? OK, je sors )

Anecdotes :
Le tournage en France crée un certain dépaysement par rapport à l'ambiance des films anglo-américains comparables. Elle a occasionné le meilleur car un certain nombre de grands noms étaient impliqués dans ce tournage. Les décors d'Alexandre Trauner. Le directeur de la photo Claude Renoir. La musique de Joseph Kosma mais aussi le moins bon car un ou deux interprètes sont exécrables. Jany Holt joue la châtelaine du village qui avait vu son fils Armand mourir lors du débarquement de Provence. Elle est est devenu folle, erre dans les ruines de son château et tombe sur Blake après une rixe avec Rona et ses hommes. Elle a tout oublié mais -miracle- elle se souvient du visage de cet homme qu'elle avait recueilli 7 ans auparavant. Elle lui parle de son fils décédé. Dans le dialogue, on a "Armand va revenir. Pourquoi n'est-il pas encore rentré ?". Regards effarés de Blake et du domestique. Et au cas on on aurait pas compris que mémère a les neurones grippés, le majordome entre dans le champ et déclame son texte avec un peu de trémolo dans la voix et sur un ton solennel lance : "Madame n'a jamais oublié cette nuit là ! " Ben oui mon Marcel , mais moi non plus je ne suis pas prêt de l'oublier (J'ai oublié son prénom mais c'est soit Marcel, soit Gaston, soit Firmin). Après çà, elle se saisit du gantelet et tout à coup la mémoire lui revient. "Miracle !!! C'est un nouveau miracle de St Yapadeazard ! ". Émouvant ou marrant, question de personnalité et d'humeur.

D'autre part, je n'ai pas une fréquentation assidue des églises mais je n'ai pas souvent vu de Saint ayant cette allure là. Le portrait dans l'église fait plus penser à un portrait de Charles Quint en armure qu'à Saint Antoine soulageant les lépreux (Je suis pas trop fort en Saint). D'ailleurs, fallait pas le faire chier parce qu'il est réputé (attention uniquement dans le film) avoir arrêté les Maures sur la côte d'Azur et il avait été canonisé, ce qui est assez rare pour un saint guerrier. A noter toutefois pour les férus d'histoire que l'un des derniers saints guerriers a avoir été canonisé (en plein vol par la DCA) c'est Saint Exupéry qui lâcha aussi quelques bombes de ci de là durant la 2ème guerre mondiale. Par contre, ces histoires de Maures vaincu sur la cote d'azur, c'est des conneries…Moi, j'y suis allé en vacances et…Mais c'est une autre histoire. Yes, Running Gag et rien d'autre…) 

On reconnait aussi d'autres acteurs vus dans les films français de l'époque : Edmond Ardisson, Daniel Cauchy (très jeune) et Gaby André…et on a failli avoir des images de Juliette Greco en train de chanter en 1952, sauf que les scènes ont été coupées au montage.

Comme on l'aura compris, selon moi, celui là n'est pas indispensable. Vu en vost (sous titrage amateur)