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ETRANGE MARIAGE (When Strangers Marry...puis Betrayed). William Castle. 1944

Le film a été distribué plus tard sous le titre " Betrayed ", lorsque Mitchum est devenu une star, puis plus tard diffusé avec ce titre à la télévision américaine. 

Avec Robert Mitchum (Fred Graham), Kim Hunter (Mildred "Millie" Baxter), Dean Jagger (Paul Baxter) et Rhonda Fleming 

La jeune et naïve Millie, toute droit venu de son Ohio natal, arrive à New-York pour y retrouver son mari épousé quelques semaines plus tôt. Elle travaillait comme serveuse dans un restaurant, avait été séduite par un représentant de commerce et après seulement 3 ou 4 brêves rencontres l'avait épousé. Arrivée à l'endroit convenu, un hôtel, son mari demeure pour un temps introuvable, elle signale donc sa disparition aux services de police. Au cours de leurs recherches, ceux ci en viennent à soupçonner Paul, son mari, d'être l'auteur d'un crime commis quelques jours plus tôt à Philadelphie. Millie n'en croit d'abord rien, puis fini par éprouver des doutes sur la véritable personnalité d'un homme qu'elle ne connait pas vraiment. Elle part à sa recherche, aidée par Fred Graham, un autre représentant de commerce et un ex petit ami de la jeune femme...

 

Le scénario recycle dans le thriller un phénomène social bien réel et exploité plusieurs fois au cinéma, les mariages dans l'urgence, les mariages express en temps de guerre. On en aura aussi l'illustration notamment dans "Les plus belles années de notre vie" avec le mariage raté des personnages interprétés par Dana Andrews et Virginia Mayo. Ici, la douce Millie, interprétée par la "Girl Next Door" Kim Hunter qui est presque de toutes les scènes et est tout à fait crédible en provinciale un peu perdue dans New-York, découvre à sa grande frayeur qu'elle a peut-être épousé un assassin et elle est plongé dans un environnement urbain pour elle infernal, et en tout cas très loin de son environnement familier. Elle doit affronter cette situation presque seule et ce dépaysement, cette solitude et surtout ses angoisses intimes vont se traduire parfois de façon violente car l'homme qu'elle a épousée est réellement un "inconnu"...Elle est par exemple incapable de décrire au policier qui l'interroge si Paul a des défauts physiques et elle en est gênée. 

Malheureusement Castle multiplie aussi, parfois artificiellement les motifs d'inquiétudes éprouvés par Millie au sujet de son mari. On ne comprend pas toujours les raisons qui poussent Paul à utiliser de fausses identités, à se confiner dans le noir, à fuir toutes relations sociales, etc...Plus largement, en terme de mise en scène, on est assez loin des qualités décrites pas plus tard qu'hier au sujet d'un film ultérieur, Une balle dans le dos (Undertow). On est ici dans l'ordinaire de ce que proposait bien souvent Castle. Il tente bien de faire preuve d'un peu d'imagination, d'ajouter des touches d'inattendus et d'incongruités. Il essaie d'orienter le public vers de fausses pistes mais bien souvent ses tentatives ressemblent à une façon artificielle d'assaisonner le suspense pour combler les insuffisances du scénario, et pourquoi pas d'ailleurs, mais ici certains effets tombent à plat ou retombent très vite et lorsqu'ils fonctionnent un peu, ressemblent plus à ces guignolades et ces bizarreries qui rendirent célèbres le metteur en scène. Il use en tout cas de tout un tas de trucs assez faciles mais cependant parfois un peu amusants.

Le film s'ouvre par le meurtre. On entend les rugissements d'un lion (bien réels, mais c'est pas celui de la MGM...mais c'est presque pareil, c'est la Monogram ! ). C'est en effet un masque de lion que porte l'homme aviné qui participe à une convention de représentants à Philadelphie. Il rit aux éclats, tentent de blaguer, propose d'offrir un verre à toute l'assistance composée...d'un seul homme qu'on verra toujours de dos. Il sort une liasse de billets de banque sous son nez. Le lendemain matin, la femme de ménage commence son travail dans la chambre de cet homme. La radio diffuse un programme de remise en forme et tout en nettoyant la chambre, la femme s'adresse au cadavre assis sur un fauteuil. Elle ne parait nullement surprise que l'homme porte toujours sur la tête celle de lion qu'il portait lors de la fête de la nuit précédente. Mais ses questions restant sans réponses, elle soulève la tête de lion et s'aperçoit que le vieil homme est mort étranglé au cours de la nuit. Tout ceci est assez typique de Castle et il continue...Plus tard, quand Millie passe sa 1ère nuit à N-Y, incapable de dormir, sans nouvelles de son mari, une lumière crue et violente, la lumière brutale des néons d'une boite de nuit éclairera soudain son visage, accompagnée d'une musique assourdissante, ce qui viendra lui rappeler les réalités de la vie dans une grande ville. Un peu plus tard encore, Paul apparaitra à Millie, puis disparaitra derrière la vitrine d'un restaurant éclairée uniquement par la lumière clignotante d'un néon. Plus loin, c'est le mari Paul qui sera pris de frayeur et sursautera lorsque, alors que Millie est dans ses bras, il croiera que c'est elle qui évoquera le crime commis dans l'hôtel, alors qu'en réalité la voix qui raconte les faits sordides est celle d'un voisin en train de lire un journal fenêtres ouvertes. D'autres scènes assez brillantes en apparence participent au sentiment d'assister à une sorte de catalogues de scènes d'angoisse sans réelle unité et surtout mises bout à bout dans un scénario peu cohérent. Je peux citer en exemple une scène dans un taxi collectif ou le couple en fuite (composée de ???) se retrouvera sous les regards soupçonneux des co-voyageurs, provoquant la panique de l'homme et leur fuite. Une autre scène nocturne dans laquelle les images cauchemardesques, les personnages terrifiants viendront matérialiser les terreurs de Millie lorsqu'elle traversera un tunnel....et enfin, le final n'est pas non plus une grande réussite. On sent venir le dénouement de très loin et surtout le Climax est assez médiocrement amené, filmé et joué (Warning SPOILER...car Bob n'était pas encore tout à fait le grand Bob de Cape Fear ou de Night of the Hunter). 

En revanche, d'autre moment sont plus heureux. On peut voir une allusion anti-raciste dans le fait que le couple en fuite, après avoir craint et évité tous les lieux publics, trouvera refuge dans une boite dont toute la clientèle est noire. Après un très bref silence et le coup d'oeil simultané de toute l'assistance lorsque le couple rentrera dans la boite, la soirée suivra son court comme si de rien n'était (A signaler l'excellente musique - de Tiomkin ?- dans cette scène). Et enfin, je pense qu'on doit à Yordan, l'exploitation d'une idée assez subtile et bien intégrée au scénario. Chez les 2 hommes de Millie si mystérieux et insaisissables, ce seront les traces écrites qu'ils ont laissés qui les menaceront...ainsi que les écrits que leurs actes entraineront. Yordan parsème son histoire de petites touches concernant l'écriture du meurtrier. Une lettre perdue puis retrouvée ; un papier glissé sous une porte (une fausse piste)...et les journaux relatant les faits auront aussi une certaine importance.

 

Bref (çà c'est pas vrai), malgré mes (molles) critiques, Castle réussit en 67 minutes à caser plus d'idées que pas mal de metteurs en scène plus prestigieux en 90, le problème c'est qu'ici, bonnes idées et fausses bonnes idées se côtoient et nuisent à l'unité d'un film pourtant à voir pour sa singularité. Ce film fauché des Studio Monogram était produit par Frank et Maurice King, avec cette fois ci le 3ème frangin, Herman, un spécialiste des effets spéciaux et futur conseiller technique de mauvais Films Noirs (Pardon ?) : Dillinger, Fatalité (page 7 du topic), The Gangster (page 3) et Le démon des armes, tous produits par les frères. Comme autre futur talent, en dehors des comédiens en devenir, on peut aussi signaler qu'il s'agissait d'un des premiers scénario de Philip Yordan et que l'excellente musique originale était due à Dimitri Tiomkin. 

Anecdotes : 
C'était le premier rôle important pour Robert Mitchum qui avait multiplié les petites rôles depuis l'année précédente et qui dès l'année suivante, en 1945, passait dans la classe supérieure avec son premier rôle dans "Les forçats de la gloire" de Wellman. C'était aussi les débuts de Kim Hunter, son 3ème film après La 7ème victime de Robson et Tender Comrade de Dmytryk. Elle a eu une carrière bizarre, connaissant la gloire en participant à de grands films -Une question de vie ou de mort. Un tramway nommé désir (oscar). Bas les masques- mais passant très tôt principalement à la télévision. Une exception notable, L'héritage de la colère de Bartlett...mais en revanche, elle avait déjà terriblement (et prématurément) vieilli dans " La planète des singes ".

Une toute jeunette Rhonda Fleming apparait aussi dans la dernière séquence humoristique du film qui se passe à bord d'un train. Elle est introduite par manque de place dans le compartiment d'un couple qui voudrait rester seul et commence à raconter qu'elle prend ce train pour aller se marier. Cette séquence répond à une autre que nous avions vu au tout début du film mais c'était alors le personnage de Kim Hunter qui jouait l'intruse.

Vu en VOST. C'est un film qui est passé à la télévision française, mais pas hier. Peut-être dans une intégrale Robert Mitchum ? A moins qu'ils (une entité indéfinie et bizarre) ne préfèrent passer des raretés : Fini de rire, Racket, les indomptables, etc...(C'est pour rire un peu)