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Avec Dennis O'Keefe (Barry Amsterdam), Paul Stewart (Arnie Valent), Allison Hayes (Joyce Kern, alias Sue Morton) et Abbe Lane (Connie)

Les autorités de Chicago : le maire, le procureur, les services de police et les notables de la ville se réunissent après l'assassinat d'Oscar Kern, le comptable secret présumé du milieu de Chicago, et notamment celui de Arnie Valent, le très habile grand patron de la pègre de la ville. Ils proposent une prime de 60000 $ à Barry Amsterdam, un expert comptable un peu aventurier qui devra gagner la confiance de Valent afin de mettre la main sur ses véritables livres comptables, ceux sur lesquels apparaissent les ressources provenant de toutes les activités illégales de la pègre avant leurs blanchiment dans des entreprises de façade. Amsterdam entre en contact avec Valent, il est engagé comme comptable et gagne peu à peu sa confiance après qu'il ait passé avec succès quelques rudes examens de passage. Il rencontre ainsi les 2 femmes qui gravitent autour de Valent. D'abord l'énigmatique Sue qui fréquente assidûment la salle de jeu et le cabaret qui est aussi le siège de l'organisation du parrain et surtout Connie, une chanteuse qui est sa petite amie...et se rapproche du but.

 

Une histoire peu originale d'enquêteur infiltré chez les affreux afin de les faire plonger. Ce scénario de base avait déjà bien servi en 1955. On l'avait vu avec les G-Men (les agents du FBI), avec les T-men (les agents du trésor), avec ceux des stup, avec un inspecteur des postes, etc… Ici ce n'est pas un agent de l'état qui parvient à s'infiltrer mais çà ne bouleverse pas la donne. 1. S'introduire au sein de la bande. 2. Gagner la confiance du boss. 3. Réunir les preuves pour le faire tomber 4. En sortir vivant. Point facultatif ? Non, car dans ces années là le happy end était encore de rigueur. L'identité de la taupe est cependant ici un peu singulière. Ce n'est pas du tout un agent de l'état désintéressé, c'est une sorte d'aventurier débrouillard qui refuse d'abord la mission qu'on lui propose mais qui finit par l'accepter lorsqu'on lui promet une très forte récompense s'il réussit à confondre Valent. Pour le reste, si l'identité du détenteur des fameux cahiers secrets connait quelques rebondissements intéressants, le reste de l'intrigue à base de chantage, de trahisons, de manipulations diverses, y compris chez les gentils (un des protagoniste a une double identité)...et les péripéties attendues : la taupe qui manque d'être démasquée à plusieurs reprises, etc...Tout ceci est très conventionnel mais un certain nombre de scènes méritent néanmoins d'être signalées.

Le retour aux sources de Arnie Valent qui, en toute confiance emmène celui qui est devenu son second dans le quartier populaire de son enfance ou vit encore sa mère, laquelle ignore à peu près tout des activités de son fils, permet de dévoiler un aspect plus humain du parrain. Sears (et son dialoguiste) nous préviennent un peu de leurs intentions en faisant dire à Valent qu'une certaine impasse de ce quartier est l'impasse des meurtriers...et à la fin de cette parenthèse, Barry Amsterdam fera une nouvelle fois la preuve de son intelligence et de sa grande capacité d'improvisation lorsque la police fera irruption sur les lieux manquant ainsi de faire échouer toute l'opération patiemment montée pour piéger le parrain.

Les scènes finales sont elles aussi plutôt bonnes. Une poursuite commencée dans une rue déserte, se poursuit dans une usine désaffectée puis dans les souterrains utilisés par les employés de la ville pour évacuer les ordures de Chicago….Mais pas Valent, qui en sort vivant…O'Keefe traverse alors un couloir encombré de sacs poubelles et au sol couvert d'immondices qui très momentanément fait ressembler ce film davantage à un policier des années 70 qu'à un Noir des années 50…Puis la scène se termine dans les rues au contraire très animées -que l'on identifie pas tout de suite- du quartier ou Valent à passé son enfance. Un retour aux sources convenu mais plutôt efficace et habilement réalisé. Cependant, Sears aurait pu se permettre d'ajouter un peu de lyrisme à ce final que je ne dévoile qu'en partie. Avec un peu d'imagination et d'ambition, en préparant le terrain (potentiellement fertile) lors du retour du parrain dans le quartier déshérité de son enfance que l'on avait visité une 1ère fois dans le récit, ce final aurait pu rivaliser avec les fins les plus lyriques de certains grands modèles du genre.

En dehors de ces quelques séquences marquantes, une scène, un grand moment, nous sort plus particulièrement du récit routinier, c'est la proposition stupéfiante faite par Valent à son désormais " homme de confiance " Barry Amsterdam. On assiste à la première proposition échangiste de toute l'histoire du cinéma américain. Hein ? Vous pouvez répéter ? Parfaitement, lorsque Barry Amsterdam et Sue Morton sont contraints de faire croire qu'ils entretiennent une liaison afin de se protéger, Valent qui ne doute pas de la loyauté de son subordonné lui fait une proposition tout à fait explicite. Il n'avait jamais caché son intérêt pour la jeune femme mais il propose à Amsterdam un échange de petites amies en des termes tout à fait stupéfiants…Ce qui sert d'ailleurs Amsterdam et sa fausse petite amie qui ont identifiés depuis peu un 4ème personnage comme étant celui qui pourrait fournir les informations décisives pour faire chuter Valent. En tout cas, je persiste…et confirme. Cette scène entre les 2 hommes qui s'isolent à une table filmée au 1er plan, avec en arrière plan celle ou les 2 petites amies sont restées et ou on les voient se disputer, en dehors du fait qu'elle est intelligemment filmée, est dialoguée de manière sidérante.

Pour finir, un mot sur les interprètes et le metteur en scène. Dennis O'Keefe n'était jamais vraiment enthousiasmant mais jamais mauvais non plus, ici il est dans sa moyenne cad un peu moins bien que dans ses meilleurs rôles, les 2 polars d'Anthony Mann et quelques uns de ses westerns mais c'est peut-être qu'il vaut ce que valent les films dans lesquels il parait. En revanche, Paul Stewart, s'il avait déjà servit ce plat, il le servait bien. Il est excellent en truand aux manières raffinées, affable et souriant mais évidemment derrière cette façade l'homme est en réalité cynique et impitoyable. Quant à Fred F. Sears, un de ses seuls titres de gloire est d'avoir réalisé un classique de la SF des 50th, Les soucoupes volantes attaquent. A part çà, on lui doit quelques westerns visibles : Utah Blaine (avec Rory Calhoun), Badman's Country (avec George Montgomery) et Fury at Gunsight Pass. Je n'en connais qu'un, un de ses très rares films en couleurs, Ambush at Tomahawk Gap (avec John Hodiak, John Derek et David Brian), un casting 3 étoiles pour Sears (je n'ai pas dit que c'étaient les plus brillantes). Enfin, il a aussi réalisé 2 autres polars que "Shame on me" je ne les connais pas, mais cela dit çà commence à être rare (T'arrêtes ta frime !) : Meurtres à Miami (Miami Exposé) avec Lee J. Cobb, Patricia Medina et Edward Arnold (lorsqu'il a lu ces noms sur le contrat, il a du faire sauter un bouchon), ainsi que Meurtres sur commande (The Miami Story) avec Barry Sullivan, Adele Jergens et Luther Adler.

Pas exceptionnel mais se regarde sans ennui et rendu un peu meilleur encore par quelques très bonnes séquences…et l'audace de la scène évoquée plus haut. 6/10