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Avec Anthony Quinn (Phil Regal), Farley Granger (Nicky Bradna), Anne Bancroft (Natalie), Peter Graves (Joe McFarland), Else neft (Mme Regal) et Whit Bissell (Dist. Attorney Blaker), Lee Van Cleef (Goldish), Jeanne Cooper (Evelyn)

Phil Regal, un chef de gang, découvre que sa jeune soeur est enceinte sans être mariée et que le père de l'enfant est Nicky Bradna, un jeune truand minable condamné à mort pour avoir tué le propriétaire d'un magasin d'alcools. Regal décide de le sortir de prison par tous les moyens. Il fait pression sur les témoins, en achète d'autres, recrute le meilleur avocat de la ville et fini par obtenir sa libération. Nicky pense qu'il va être employé par Phil à sa sortie mais il n'en est rien car ce dernier éprouve le plus grand mépris pour le jeune homme. Il lui trouve bien un emploi mais sous le prétexte de maintenir le mari de sa soeur en dehors de ses activités illégales, mais en réalité pour l'humilier, il lui offre un emploi médiocre et mal payé...mais honnête. Malgré tout, pour un temps Nicky s'en contente et prend vraiment gout à la vie simple et heureuse qu'il mène avec sa femme. Malgré ses efforts, quand l'enfant meurt lors de l'accouchement, Regal ne pense plus qu'à se débarrasser par tous les moyens de ce beau-frère qu'il déteste…et ce dernier ne s'aide pas beaucoup en délaissant sa femme, recommençant sa vie d'avant, multipliant les aventures féminines et commençant à monter des coups dans le dos de Regal...

 

Un film intéressant. Le scénario solide se développe de manière parfois inattendu et connait dans sa partie finale plusieurs rebondissements bienvenus. C'est le plus maitrisé de son metteur en scène Maxwell Shane mais ce n'est ni le plus personnel ni le plus original qu'il ait réalisé. On a d'abord le portrait d'un parrain. Son portrait privé car passé le premier 1/4 d'heure, on ne verra rien ou presque de ses activités professionnelles, tout l'aspect criminel du film concernant essentiellement des affaires privées impliquant le cercle familial. Phil Regal est un homme passionné, colérique, habitué à voir ses ordres exécutés par des subordonnés soumis à son autorité et qui ne supporte pas d'être en quelque sorte trahi moralement par sa famille…Bref c'est joué par Anthony Quinn, sans la moindre surprise mais c'est du solide. Ce bon Phil est un tyran domestique, un bon gros beauf pas trop regardant lorsqu'il s'agit de ses propres activités et de ses fréquentations mais intransigeant en ce qui concerne sa famille, son avenir et la réputation de celle ci. Phil, c'est le genre de gars qui ordonne que l'on butte un supposé mouchard et qu'on le brule nuitamment en pleine rue -c'est la scène d'ouverture du film- mais qui rend visite chaque dimanche à maman, déjeunant immuablement avec Mme Regal et sa jeune soeur dans leur modeste appartement.

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Mais ici Maxwell Shane ne se penche pas trop sur les relations du criminel avec maman, il s'intéresse à celles du truand avec Natalie, la soeurette. Lors d'une de ces visites dominicales, après avoir rassuré le frangin en affirmant rentrer de l'église et après avoir évoqué ses études en cours, profitant que Phil ait la bouche pleine, elle finit par lâcher le morceau. Elle a découvert tout à fait par hasard une activité plus ludique et manque de bol, elle se retrouve avec un locataire. Fureur de Phil qui fulmine. Bon, appuyons sur pause. Shane, c'était un grand garçon pas né de la dernière pluie et on voit ou il veut en venir. Regan a une attitude assez ambiguë vis à vis de la soeurette qui se plaint amèrement qu'aucun homme qu'elle a pu fréquenter par le passé, tant bien que mal en raison de la surveillance exercée sur elle par le frangin ou par l'un ou l'autre de ses hommes, n'a jamais trouvé grâce à ses yeux. C'est le syndrome Scarface. Du moment que çà ne sort pas de la famille…Cette fois, si le désir incestueux est moins explicite que dans Scarface (même celui de Hawks), cette aspect est bien présent. Il n'en reste pas moins que pour le coup le frangin serait plutôt de bon conseil car le petit gars choisit par la donzelle est effectivement un minable. Quoique...

D'ailleurs, s'Il déplore que le bougre n'est pas un honnête homme, il est encore plus furieux d'apprendre qu'en plus d'être un truand, c'est un minable qui s'est fait prendre en tentant de dévaliser un vendeur d'alcools et qu'il était reparti les mains vides non sans avoir planté un couteau dans le dos du vieux propriétaires des lieux…Un mauvais donc, sauf en ce qui concerne…Mais passons. Terreur de Phil, donc, qui s'empresse de faire libérer le coupable du forfait et de lui faire épouser la soeurette. Faut comprendre que la réputation de la famille est en jeu ! Blagueur va ! Bon, faut dire aussi que la stigmatisation des filles mères et de leurs enfants était parait-il si peu enviable à cette époque que sa terreur est compréhensible (je n'ose même pas évoquer le sort d'un bâtard qui une fois adulte serait devenu communiste dans l'Amérique des années 50). Bref, le Phil, malgré les apparences, il est à cheval sur certains principes.

 

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Le couple de tourtereaux -car ils seront pour un temps un couple réellement amoureux- est interprété par Anne Bancroft qui quelques mois auparavant était déjà apparu dans un film noir, New-York Confidential, dans lequel elle tenait un rôle proche et complémentaire de celui qu'elle tient dans le film de Maxwell Shane, elle jouait en effet la fille du parrain Broderick Crawford. Farley Granger, quant à lui, interprétait encore une fois un rôle de jeune homme torturé et peu sûr de lui, assez similaire à d'autres rôles de cette époque, y compris celui qu'il tenait la même année dans le beau film de Richard Fleischer, La fille sur la balançoire. Ici, il semble réellement vouloir s'assagir mais la haine que lui voue Regal ne l'aidera pas beaucoup…Un dernier personnage occupe une grande importance dans le récit, c'est le journaliste Joe McFarland interprété par un Peter Graves surprenant. Je trouve cet acteur habituellement insignifiant mais ici il est bien plus éveillé que d'habitude. Malheureusement, s'il tient un rôle important dans les ultimes péripéties du récit, quand le film redeviendra pleinement un polar dans ses 20 dernières minutes, les relations entre le journaliste et le parrain auraient méritées d'être un peu plus développées. Natif lui aussi de Brooklyn, fils d'un simple flic abattu dans l'exercice de ses fonctions, il décide par ses articles de dénoncer les activités de Regal mais avant de dévoiler ses intentions véritables, il aura eu le temps de l'amadouer après avoir réussit à s'introduire dans le cercle familial du parrain avec la complicité involontaire de Natalie qu'il avait connu sur les bans de l'école. Regal se fait d'abord rouler dans la farine par McFarland qui réussit à séduire le truand par son courage et son franc parler…Çà ne durera pas…6/10

3ème et dernier film de Maxwell Shane pour le moment. Je reviendrais plus tard sur ses 2 derniers polars : Graine de faubourg (City Across The River) et Les frontières de la vie (The Glass Wall).