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Avec Fredric March (Le juge Calvin Cooke), Florence Eldridge (Catherine Cooke), Edmond O'Brien (David Douglas), Geraldine Brooks (Ellie Cooke), John McIntire (Le juge Ogden) et Stanley Ridges (Le docteur Morrison)

Tout juste après un procès au cours duquel il avait fait preuve de son intransigeance coutumière, le juge Cooke découvre qu'Ellie, sa fille, a pour petit ami David Douglas, l'avocat libéral auquel il s'était opposé durant les audiences. Il désapprouve Ellie et s'oppose fermement à sa liaison. Bientôt, victime d'étourdissements, Catherine, la femme du juge, consulte un médecin et ami personnel du couple. A la suite de divers examens et après avoir consulté les plus grands spécialistes du pays, il ne peux que constater le caractère inéluctable de la maladie. Catherine, atteinte par un cancer du cerveau incurable n'en a plus pour très longtemps à vivre. Le médecin en informe le juge mais laisse la malade et sa fille dans l'ignorance. Alors que le mal progresse, le juge décide d'emmener sa femme pour une seconde lune de miel…

Plus un drame qu'un film noir. An Act of Murder est un peu de la même famille que The Lady Gambles réalisé l'année suivante par Michael Gordon. Ce sont surtout des drames qui traitent de sujets graves sur un ton audacieux…pour l'époque. Dans Gambles, on assistait à la déchéance d'une femme en raison de son addiction au jeu, une addiction montrée de manière brutale et franche, apparentant souvent la maladie du personnage incarné par Barbara Stanwyck à l'alcoolisme. Ici il s'attaque à un sujet encore bien plus délicat à aborder : l'euthanasie, et d'une manière plutôt courageuse compte tenu du pays et de l'époque du tournage. Cela dit, toute la partie finale n'est pas sans ambiguïtés car bien qu'évoquant l'euthanasie, le scénario fait passer ce thème dangereux en prenant des détours, noyant le poisson en jouant sur l'ambiguité quant aux raisons réelles de la mort de Mme Cooke : Meurtre par amour ? Mort accidentelle ? Suicide ? (jamais nommé mais en filigrane dans le scénario) et au final, on peut tout de même déplorer un dernier rebondissement assez malhonnête pour justifier une fin positive.

Avant çà, Gordon nous dépeint le parcours moral d'un homme d'un certain âge, un inflexible juge que l'on découvre au cours d'un procès devant décider du sort d'un homme jugé pour assassinat, procès au cours duquel le juge refuse de tenir compte de circonstances atténuantes pour le client défendu par celui qui pourrait devenir son gendre…et qui au bout du parcours se retrouvera à la place de l'accusé...et défendu par Douglas, l'avocat jadis jugé trop libéral. La vision de la loi de l'homme de fer...sera alors devenu plus souple.

Pour pouvoir faire passer son message, Gordon a besoin de montrer les liens qui unissent le juge vieillissant et sa femme. Le film est donc très centré sur le couple formé -à la ville comme à l'écran- par Fredric March et Florence Eldridge. Cette dernière interprète la mère de famille bienveillante typique de ces années là alors que March est dans un registre plus large, proche de celui qu'il offrait dans "Les plus belles années de notre vie" sans que le couple n'ait le charme de celui du film de Wyler. March est un peu plus raide que dans ce film mais il offre une palette assez large car son personnage ne manque pas d'humour. Cela dit, évidemment, plus le film avance...

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Tout ce qui concerne le vieux couple reste intéressant, plutôt sérieux et émouvant sur la maladie et ses conséquences. Le juge, malgré son attachement pour sa femme et l'humour dont il fait encore preuve, semble perdu car la communication entre les vieux époux est faussée entre celui qui sait et celle qui ignore l'issue fatale de sa maladie et la séparation inéluctable qu'il anticipe alourdi leur relation. En revanche, Gordon n'est pas toujours très adroit et March non plus car certains contre champs en fin de séquence sur le visage dépité du juge sont en trop.

Plus largement, en terme de mise en scène, Michael Gordon se contente bien souvent d'enregistrer les sentiment exprimés par ses comédiens mais quelques séquences -dont on perçoit parfois la lointaine inspiration- sont habilement filmées, notamment une scène dans un parc d'attraction, plus précisément dans un labyrinthe de miroirs dans laquelle Michael Gordon et Florence Eldridge parviennent à montrer de manière brutale l'avancée de la maladie, les miroirs déformants se superposant aux troubles de la vision qui commence à apparaitre chez la malade. Les scènes de procès au début et à la fin du film durant lesquelles Gordon traduit "caméra en main" le parcours moral du juge sont elles aussi assez subtilement filmées. En revanche, le scénario aurait du mieux exploiter la présence au générique d'un très bon comédien, Edmond O'Brien et de sa compagne pour ce film, Géraldine Brooks.


La carrière de Michael Gordon est bizarre mais cela s'explique par le fait qu'il a été mis sur la liste noire et banni de Hollywood pendant presque 10 ans. Il fit son retour à la fin des années 50 avec Pillow Talk (Confidences sur l'oreiller) et réalisa jusqu'à la fin des années 60 presque exclusivement des comédies à succès avec Doris Day, Kim Novak, Rock Hudson, etc...mais de cette carrière scindée en deux, je préfère de beaucoup la première. Après des débuts très modestes entre 1941 et 1943, elle débuta vraiment en 1947 avec un (bon) film noir " The Web ", genre auquel appartient aussi totalement l'intéressant Woman In Hiding (L'araignée) et d'un peu plus loin The Lady Gambles et donc An Act of Murder.

De cette période, on peut aussi retenir un sage mais plutôt sympathique Cyrano de Bergerac (malheureusement en N&B...et paru en DVD zone 2) ; l'original western The Secret of Convict Lake (avec Glenn Ford et Gene Tierney) et le très intéressant Another Part of the Forrest dans lequel on retrouvait plusieurs des protagonistes du film d'aujourd'hui : Edmond O'Brien et le couple March/Eldredge + Dan Duryea, Ann Blyth et John Dall...Que des mauvais quoi...J'ai d'ailleurs assez longtemps cru qu'il s'agissait d'un autre Noir mais il n'en est rien. 6/10. Généreux mais l'audace paye.