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Avec Peter Cookson (Lary Crain), Anne Gwynne (Eileen), Warren Williams (Le capitaine Burke), Nestor Paiva (Le détective Shaefer), Francis Pierlot (Le professeur Stanley)

Un jeune étudiant en médecine vivant dans une chambre misérable reçoit un courrier lui annonçant la suppression de sa bourse d'étude. Harcelé par sa logeuse, il se décide à se débarrasser de son dernier bien de valeur, une montre qu'il porte à un professeur, occasionnellement prêteur sur gages qui lui donne en échange une somme dérisoire, prélevant au passage sa commission. Larry a le temps de voir la boite débordant d'objets de valeur et de billets de banque que le professeur Stanley expose sans crainte à ses visiteurs. A nouveau harcelé par ses créanciers, quelques jours plus tard, prétextant un nouveau besoin d'argent, Larry retourne chez le vieil homme avec sans doute l'idée de le voler mais, pris de panique, il le tue. Surpris par l'irruption de visiteurs qui frappent à la porte de l'appartement, il repart précipitamment sans emporter l'argent. Vite soupçonné par la police en raison d'indices laissés sur place, un jeu du chat et de la souris commence entre le jeune homme et un détective qui ne lâche plus, tout comme le supérieur de celui ci, un capitaine qui semble l'avoir pris en sympathie...

 

Une adaptation de Crime et Châtiment par la Monogram, çà fout un peu les jetons, un peu comme si la Producers Releasing Corp (PRC) avait produit Les misérables, en avait confié la réalisation à Sam Newfield avec Buster Crabbe dans le rôle de Jean Valjean, Lon Chaney Jr. dans celui de Javert et en choisissant Gavroche parmi les East Side Kids…Pourtant ce film -effectivement fauché et sans acteurs de premier plan- n'est pas si mal. Esthétiquement, c'est presque du très haut de gamme pour la Monogram. Les intérieurs sont aussi pauvres que les étudiants du film mais visuellement le film tient parfaitement ses promesses de film noir réalisé "dans les règles de l'art" et les personnages sont intéressants. Le jeune Larry ne semble pas éprouver de remords et le spectateur ne peut que lui conserver une certaine sympathie en raison de la personnalité de l'homme assassiné. Le professeur était semble t'il unanimement détesté par ses élèves car loin d'être un modèle de vertu et de sagesse, le vieil homme était surtout un vieil usurier qui semblait se servir de la détresse de ses étudiants pour s'enrichir. Ayant laissé des indices sur le lieu du crime, Larry est très vite suspecté et surveillé par la police mais assez ironiquement, aussitôt son forfait commis, l'horizon s'éclaircit soudain jour après jour pour le jeune homme. Il rencontre d'abord une jeune femme tout aussi fauchée que lui mais une idylle prometteuse commence entre eux. Puis, un nouveau courrier lui apprend qu'un article qu'il avait écrit a été retenu par un périodique et quelques centaines de $ tombe soudain du ciel. Plus tard, l'article remarqué par les responsables de l'université lui vaut de voir sa bourse renouvelée. Toujours ironiquement, c'est aussi le sujet de cet article qui éveille encore davantage les soupçons de la police...

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Les relations qu'entretient Larry avec la police sont d'ailleurs très intéressantes. Un détective le surveille en permanence, le harcèle littéralement…ce qui amènera Larry à s'en plaindre auprès du responsable de ce traitement de faveur, le supérieur de Shaefer, le capitaine Burke, un policier aimable, attentionné, en apparence compréhensif mais sournois et malin. Il interroge Larry au sujet du long article qu'il vient de publier dans lequel il expose une conception de la loi toute personnelle. Selon lui, la loi commune ne devrait pas s'appliquer aux hommes exceptionnels, aux esprits supérieurs qu'il semble considérer comme "au dessus des lois"...alors forcément Burke cherche à savoir si Larry n'a pas appliqué ce principe pour lui même.

En revanche, le personnage féminin du film n'est pas très bien dessiné même si elle sera plus efficace que la police pour faire prendre conscience de la gravité de ses actes à Larry quand elle doutera du jeune hommes. D'autre part, le film souffre un peu d'un manque de suspense et de scènes chocs peu marquantes. On éprouve point de Frayeur ou trop peu. Les mini suspenses disséminés dans le récit ne sont guère passionnants. Je peux citer notamment tout ce qui tourne autour d'un témoin gênant, un peintre en bâtiment…Puis, la veste tachée de peinture de Larry qui manque d'être découverte…Puis la reconstitution du crime sur les lieux ou il s'était produit, orchestrée de manière spectaculaire et brutale par Burke…Ensuite, lorsque ce dernier fait croire à Larry qu'il souhaite le faire assister à l'autopsie du vieux professeur en sa qualité d'étudiant en médecine…Et enfin dans une scène nocturne au cours de laquelle Larry est tout près de céder à des pulsions suicidaires.

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Final déroutant qui satisfera les amateurs de Happy End mais un crochet pareil, allant à l'encontre de la noirceur totale du récit çà s'appelle une queue de poisson et pour ma part, une arête est resté coincée…Cela dit, d'autres metteurs en scène plus prestigieux nous ont aussi fait exactement le même coup (Fritz Lang). Alfred Zeisler a eu une carrière plus modeste que son confrère tout comme lui originaire d'Allemagne. Il a produit des 2 coté de l'Atlantique, en Allemagne, en France puis aux USA. Il a fait un peu l'acteur, presque des figurations mais dans des films de Wise, Ford, Mankiewicz, etc…et aura réalisé 16 films…dont le moins "pas connu du tout" reste ce Fear qui mérite un petit détour…si on ne passe pas trop loin.