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Avec Joan Crawford (Myra Hudson), Jack Palance (Lester Blaine), Gloria Grahame (Irene Neves), Bruce Bennett (Steve Kierney) et Mike Connors (Junior Kierney)

A New-York, supervisant les auditions de sa prochaine pièce, la dramaturge Myra Hudson, rejète la candidature de Lester Blaine, un jeune acteur qui avait séduit les producteurs mais dont le physique ingrat lui semble inadapté pour le rôle auquel il postule. Plus tard elle le retrouve -comme par hasard-dans le train qui la ramène à San Francisco, en tombe amoureuse…et très rapidement l'épouse. Le couple semble filer le parfait amour mais bientôt Irene, l'ancienne petite amie de Blaine réapparait. Ils redeviennent amants et échafaudent ensemble le projet d'éliminer Myra…qui, ayant appris les projets criminels du couple, décide après une brève période d'abattement et de terreur d'organiser la riposte et planifie sa vengeance…

 

Un thriller psychologique assez réussi dont toutes les scènes finales -visuellement sinon dramatiquement les plus réussies- appartiennent totalement au Film Noir, y compris plastiquement. Si la 1ère partie comporte des aspects très intéressants, on déplore malheureusement quelques ratés. L'interprétation de Joan Crawford est par exemple très inégale, par moment presque exaspérante mais géniale à d'autre, notamment dans l'épilogue. Le personnage qu'elle interprète est une riche héritière, doublée d'une dramaturge renommée, en apparence sûre d'elle-même mais qui est aussi une femme entre 2 âges, une vieille fille frustrée dont la vie sentimentale était sans doute inexistante avant l'irruption de Lester dans sa vie, en tout cas on n'en apprendra rien. Derrière une certaine attitude hautaine et une pose altière, derrière l'apparence froide de la femme d'affaires qui dirige avec fermeté son entourage, c'est une femme au fond très seule, méfiante et réservée. John Crawford joue çà de manière très sévère, avec un coté raide, des regards durs et les mâchoires crispés, tout ceci de manière selon moi déjà "sur-expressive" et Miller enregistre avec complaisance les grimaces de Joan Crawford qui appuie son interprétation de la vieille fille coincée.

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Elle se métamorphose soudain lorsqu'elle rencontre Lester et elle se laisse aller sans arrières pensées dans une histoire d'amour que visiblement elle n'attendait plus. Dans cette seconde partie, l'actrice est en revanche remarquable. Elle semble avoir rajeunie de 20 ans…mais tout s'effondre quand un dictaphone resté branché enregistre une conversation entre Lester et sa maitresse ce qui lui permet de prendre conscience de la réalité des intentions de son entourage. Bafouée, stupéfaite de s'être fait ainsi dupée alors qu'elle est absolument persuadée d'avoir enfin trouver le grand amour, le choc pour elle est immense. Son traumatisme se traduit par des moments de prostration, par des cauchemars éveillés au cours desquelles elle visualise le sort funeste que lui réserve les amants criminels. Joan Crawford est là hors limite dans ce registre là ou elle joue l'effroi avec l'expressivité de l'actrice du muet qu'elle fut (et c'est ma limite à moi vis à vis de cette actrice). Assez vite, elle reprend toutefois le dessus et…Joan Crawford aussi. Elle commence alors à présenter un visage à 2 faces -un pour Lester quand elle lui fait face, un autre plus cynique dès qu'il a le dos tourné. Après cette période transitoire d'observation, c'est aussi cet imaginaire qui avait amplifie les dangers qui la guettaient qui permet à la romancière de planifier sa vengeance. Elle échafaude un traquenard complexe mais aussi douée soit elle, la romancière ne peut exercer aucun contrôle sur les êtres humains dont l'un des défauts est l'imprévisibilité…Le final est d'ailleurs remarquable. Malgré encore une fois quelques excès, LA Crawford a courageusement osé montrer sa vieillesse. Dans ce final, des gros plans sur son visage ravagé par la haine qu'elle éprouve pour les 2 amants et qui se reflètent dans un miroir sont parmi les plus beaux plans du film mais auparavant on a droit à un festival de mimiques et toute la panoplie de l'actrice qui veut montrer l'étendu du pouvoir expressif de son visage, et notamment de son regard…mais parfois il est utile qu'un metteur en scène soit aussi un directeur d'acteurs ! Cela dit, on se souvient forcément du (des) regard(s) de Crawford qui sont presque l'autre vedette du film !..mais je vais quand même dire un mot sur Palance.

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Même si, comme Myra l'avait observée, Lester Blaine n'a en rien un physique romantique de séducteur, de manière finalement ironique son numéro de charme fonctionne parfaitement sur la vieillissante Myra…et c'est très convaincant car derrière cette apparente dureté des traits, Palance campe de manière crédible un séducteur cultivé et raffiné qu'on lui a très rarement vu interpréter. On devine d'emblée que le personnage est plus complexe qu'il n'y parait mais on ne connaitra ses intentions véritables qu'après l'irruption de Gloria Grahame, dont le retour ne fait que hâter les évènements. Le personnage interprété par cette dernière est très caricatural. C'est une garce intégrale sans nuances. Le personnage du gigolo est en revanche admirablement interprété par Jack Palance dont le visage émacié et la laideur ont rarement été mis autant en "valeur" par un metteur en scène. Il a toutefois moins de gros plans que Joan Crawford mais dans son cas c'est pour le meilleur et pour le pire. Si LA Crawford a elle manifestement osé montrer sa vieillesse, Palance et son metteur en scène ont "osé" la laideur, selon moi la belle laideur de Palance, un acteur au jeu très typé comportant des tics mais qui fut souvent excellent notamment dans le thriller et le film noir. Je pense notamment aux rôles importants qu'il tenait dans Panique dans la rue, Le grand couteau ou La peur au ventre.

Les autres talents…La mise en scène de Miller est parfois assez habile et le film est parfois visuellement splendide. On peut signaler notamment : la fausse fuite de Lester, toutes les séquences nocturnes dans San Francisco dans lesquelles on retrouve les 3 principaux protagonistes. Cela dit, ces images nocturnes font plus penser aux images léchées, à l'élégance de Siodmak qu'aux perspectives dynamiques d'un Fleischer ou d'un Dassin mais il faut dire que les vues panoramiques et les perspectives de cette ville évidemment photogénique sont très belles. En revanche, en dehors du fait qu'il a sans doute manqué de fermeté pour diriger Crawford, Miller commet aussi des fautes de gout dans sa mise en scène. Des gros plans insistants sur des objets "clés" du récit sont en trop. Je pense à ces papiers qui passent de main en main. Aux mots qui circulent entre les amants, à ceux qu'adressent Myra aux amants pour les piéger, celui sur lequel elle a planifié son plan de bataille, etc…Quant aux gros plans sur le visage de Crawford, j'ai déjà dit ce que j'en pensais. Pour finir, un mot sur tous ces talents plus ou moins bien récompensés. Nominations à l'oscar pour Joan Crawford, Jack Palance et pour Charles Lang pour sa photographie en noir et blanc…méritée au vue des somptueux éclairages des intérieurs et pour les superbes scènes nocturnes de la seconde partie du film. Musique remarquable d'Elmer Bernstein. Malgré quelques réserves, Sudden Fear est peut-être le meilleur film de David Miller que j'ai vu jusque là. Son Billy the Kid (Le réfractaire) avec Robert Taylor n'est guère excitant mais c'est surtout l'acteur qui n'était pas le personnage. FLYING TIGERS (Les tigres volants) avec John Wayne est comme CHINA (Le défilé de la mort) de John Farrow, un film de propagande qui montre les prémisses de la seconde guerre mondiale, coté Pacifique. LOVE HAPPY (La pêche au trésor), un des derniers Marx Brothers est pénible mais une scène entre Groucho et la (presque débutante) Marilyn Monroe est amusante. PIEGE A MINUIT (Midnight Lace), un thriller en couleurs avec Doris Day et Rex Harrison ne m'a laissé presque aucun souvenir, mauvais signe mais peut-être à revoir. Enfin sa version d'HISTOIRE D'UN AMOUR (Back Street), sans être déshonorante est tout de même la moins bonne. Je dois tout de même confesser que je ne suis guère fan de Susan Hayward, et comme celle ci venait après Irene Dunne (version 1932) et Margaret Sullavan (celle de 1941), 2 de mes actrices préférées… Ces films les plus célèbres restent toutefois Seuls sont les indomptés, Le combat du Capt. Newman et Executive Action, un bon thriller écrit par Dalton Trumbo évoquant l'assassinat de Kennedy.

Au moins un autre film montrant les desseins criminels d'une romancière à succès est à voir, c'est Another Man's Poison d'Irving Rapper avec Bette Davis et Mr. Davis