escapeinthefog

Réalisation : Budd Boetticher

Scénario : Aubrey Wisberg
Image : George Meehan
Produit par Wallace MacDonald
Columbia

Durée : 65 min

Avec :

Nina Foch (Eileen Carr)
Otto Kruger (Paul Devon)
William Wright (Barry Malcolm)
Konstantin Shayne (Schiller)
Ivan Triesault (Hausmer)

A la fin de la seconde guerre mondiale, Barry Malcolm, un agent des services secrets américains, se rend à un rendez-vous fixé avec ses supérieurs et reçoit la liste des agents opérant en Asie avec pour mission de coordonner leurs actions d'infiltration. Quelques jours auparavant, Barry avait fait la connaissance d'une voisine, Eileen Caar, une jeune femme fragile qui avait servi comme infirmière et qui avait subi un grave traumatisme suite au torpillage du navire-hôpital sur lequel elle travaillait. Réveillée à nouveau par un terrible cauchemar dans lequel elle a vu Barry, son nouveau voisin, un matin elle se confie à lui et intrigue le jeune homme car ces cauchemars qu'Eileen croit incohérents ne semblent pas si irréels à Barry et en tout cas il ne sont pas incompatibles avec son activité d'espion…D'ailleurs, à peine commencée, sa mission -à laquelle Eileen va accidentellement se trouver mêlée- est menacée. Des espions nazis qui le surveillait en ont eu connaissance et vont tout faire pour les empêcher de quitter la ville…

escape_in_the_fog_06_dvd_

5ème film réalisé par Budd qui tournait à l'époque sous son nom de naissance, Oscar Boetticher jr. Ce n'est pas un film noir mais un thriller d'espionnage visuellement très soigné dont l'esthétique fait davantage penser à un film noir qu'à un film de propagande de série B…ce qu'il est par son intrigue qui ne mérite même pas tout à fait cette classification car il est "ailleurs", pouvant sans doute être considéré comme un thriller d'espionnage plaisant et baignant dans une atmosphère onirique par les uns…ou comme un nanard sans intérêt et totalement irréaliste par les autres. Pourtant la mise en scène au cordeau de Boetticher est déjà (malgré ce qu'il a pu en dire dans ses mémoires) très maitrisée mais malheureusement le talent du directeur de la photographie et celui déjà évident du metteur en scène servent un script un peu trop fantaisiste qui comportait pourtant en germe des choses intéressantes, y compris par l'irruption du surnaturel dans un thriller. Même si les cauchemars prémonitoires d'Eileen sortis d'un roman ou d'un film gothique semblent curieux et totalement irréels dans une telle intrigue, ils révèlent -même si c'est un arrière plan pas assez exploité- les séquelles encore vives de la guerre. Ses cauchemars s'ils sont traités en apparence sur un mode fantaisiste révèlent un traumatisme profond. Ils sont l'expression des troubles psychologiques d'Eileen et le prolongement de ses angoisses profondes engendrées par son expérience de la guerre qu'elle avait passé comme infirmière. Elle raconte notamment le naufrage du navire-hôpital sur lequel elle servait et qui avait été coulé par la flotte allemande. Si l'on en croit le film (et pour le coup, il faudrait être un peu crédule), Eileen a de bonnes raisons d'être terrorisée car le cauchemar nazi est bien vivace, ils continuent d'agir sur le territoire américain et ses terreurs anciennes trouvent un prolongement dans l'action des espions nazis qui les traquent.

Fog005

L'expression du danger nazi tient la aussi de la fantasmagorie plus que du récit réaliste d'un film d'espionnage "classique". Pour commencer, dans un récit d'un peu plus d'une heure, on ne doit pas perdre de temps et les personnages ici galopent…Pour donner une idée des raccourcis empruntés et de l'atmosphère de ce film, voici une rapide description du (presque) début. Le matin suivant la nuit ou Eileen avait réveillé ses voisins en raison de ses cris de terreur, elle retrouve et prend le déjeuner avec Barry sur la terrasse de leur résidence. A peine ont-ils fait connaissance que le jeune homme reçoit un coup de téléphone et est contraint de se rendre à un rendez-vous professionnel…et il emmène Eileen avec lui a ce rendez-vous pourtant un peu particulier, un rdv d'espions avec ses supérieurs des services secrets américains au domicile de Paul Devon, le responsable du service pour la cote ouest. A peine sont-ils partis que le réceptionniste de la résidence téléphone à un horloger pour rendre compte du départ de Barry. Il laisse alors tomber son travail en route et se rend au même rdv. Après que Barry ai pris connaissance de sa mission, l'horloger se présente chez Paul Devon, prétexte une réparation sur l'horloge du grand salon et profitant de la distraction du domestique, récupère le cylindre sur lequel toute la conversation a été enregistrée.

Fog009

Voilà pour l'ambiance. Des espions réceptionniste d'hôtel et un horloger qui cache des micros dans les comtoises !..et le tueur à gages, c'est un barbier ? Non, mais c'est surement un indice. Bref, la toile d'araignée tissée par les espions est fine..Mais les ficelles sont grosses. Pas grave, on en a vu d'autres. Les développements de l'intrigue sont très compliquées et on se demande même par quel miracle Boetticher parvient tout de même à faire tenir debout cette intrigue minimaliste à coups de péripéties allant du classique ( tout ce qui tourne autour d'un document compromettant pouvant mettre la vie de dizaines d'agents en danger), au plus fantaisiste (le devenir du fameux document) et jusqu'au surnaturel qui est amené avec les cauchemars d'Eileen. C'est par un de ses cauchemars que s'ouvrait le film. Ce n'est pas le seul moment ou l'on verra Nina Foch "Escape in the Fog " mais il faut dire que même si l'on peut trouver cet irruption du fantastique peu convaincante, visuellement cela donne de biens belles images : L'utilisation du brouillard pour créer un effet de claustrophobie est simple mais efficace dans des scènes de cauchemars traitées sur un mode réaliste. Les scènes filmées de nuit sur un pont qui est censé être le Golden Gate Bridge sont superbes et cette onirisme baigne tout le film. Au delà de ces scènes nocturnes de rêves et de cauchemars, c'est tout le film qui est plastiquement très réussi du début à la fin.

escape_in_the_fog_02_dvd_

Les véritables premiers rôles étaient Nina Foch et William Wright mais ce dernier, bien qu'il apparaissait dans un film antérieur de Boetticher, One Mysterious Night, étant trop peu connu, c'est Otto Kruger qui occupait la tête d'affiche même s'il ne tenait qu'un rôle secondaire. Il campait bien souvent des méchants sirupeux et policés mais ici, toujours avec son coté guindé, il était du coté de la loi, incarnant le chef du réseau d'agents américains. On reconnait aussi parmi les seconds rôles quelques bonnes têtes de traitre, en premier lieu Ivan Triesault. Il jouait souvent les allemands dans de nombreux films de guerre et d'espionnage mais était né dans l'empire russe à Tallin (Estonie). C'était un acteur de caractère, en l'occurrence un acteur à accent et ici c'était encore le cas. Son rôle le plus connu est sans doute celui de Mathis dans Notorious. Parmi ses complices, on retrouvait Konstantin Shayne (vu notamment dans vertigo) et du reste Otto Kruger avait lui aussi travaillé sous la direction d'Hitchcock, dans Saboteur. Je signale aussi qu'on aperçoit une presque méconnaissable et toute jeunette Shelley Winters en chauffeur de taxi.

Bilan : Sans doute facilement oubliable mais je suis assez peu client de ces histoires mêlant le mystère -et même en l'occurrence le surnaturel- et l'espionnage. En tout cas, ce n'est sans doute pas le meilleur film d'Oscar Boetticher. Je vais revenir rapidement sur 2 autres films de sa 1ère période : One Mysterious Night (1944) et Assigned to Danger (1948). Je ne connais pas les autres en dehors de Behind Locked Doors (1948) qui a été édité en DVD chez Bach Films (A priori çà fait peur mais c'est un assez bon DVD)

8521867833_0feab77466


Nina Foch au matin du premier cauchemar