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Scénario : Elis. Hill d'après une histoire de King Vidor
Dialogue additionnel de Joseph Mankiewicz
Image : Robert Planck
Musique : Alfred Newman
Produit par King Vidor
United Artists

1934      Durée : 80 min

Avec :

Tom Keene (John Sims)
Karen Morley (Mary Sims)
John Qualen (Chris larsen)
Addsion Richards (Louie Fuente)
Barbara Pepper (Sally)

John et Mary Sims, un jeune couple de citadins au chômage se voit proposer par un oncle de Mary de prendre possession d'une ferme dont il a payé l'hypothèque. Problème, une fois parvenu sur place, il s'avère que la ferme est en piteux états et surtout qu'on ne s'improvise pas agriculteur du jour au lendemain. Par chance, un agriculteur qui venait de quitter sa ferme du Minnesota pour tenter sa chance comme chercheur d'or en Californie tombe en panne avec son véhicule juste devant la ferme des Sims et en désespoir de cause s'installe à son tour sur place et apprend à John les rudiments du métier de fermier. Très vite, une idée germe dans l'esprit de John, attirer sur ce lopin de terre pouvant nourrir de nombreuses familles, une dizaine de familles dont les compétences complémentaires permettrait de créer une communauté autonome d'un genre nouveau fondée sur l'entraide et l'échange de services. Les panneaux posés devant la propriété attirent très vite des dizaines de candidat de toutes professions, du concertiste au charpentier en passant par le barbier. D'abord réticent, John accepte finalement tout le monde. Ces gens sont de toutes professions et d'un peu partout, une famille est d'origine italienne, une autre originaire de Suède, il y a une famille juive. Très vite, Ils se mettent au travail et bientôt le maïs commence à lever. La vie de la communauté se met en place : on met en commun les ressources disponibles, le concertiste donne des cours de violon au fils de paysan, le marchand de cigarettes donne des bons à valoir…quand il aura pu constituer son stock. On construit des maisons, un premier enfant nait et cette société s'organise : on décide d'établir une constitution bis et on procède à la désignation d'une sorte de gouvernement. Mais la première récolte est longue à venir et bientôt la communauté n'a plus un sou…

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Contrairement aux apparences, un film grave traité avec beaucoup de légèreté et d'humour. Je passe sur l'aspect politique qui fait de ce film de toute façon un ovni même ramené dans le contexte de la grande dépression et du New-Deal. Au cours d'une discussion nocturne à bâtons rompus, un intervenant propose d'inventer, je cite "A Form of Socialist Government"…mais dans la même scène, y compris au milieu de propos tout ce qu'il y a de plus sérieux, Vidor met de la fantaisie. C'est au cours de cette même discussion que l'on nomme le trésorier de la communauté parce que c'est celui qui a le plus d'argent en poche, 20 $ en or. Du début à la fin, ce film propose un enchainement de scènes mémorables ou pleines d'inventions et ceci dès le préambule urbain qui est très vite expédié. Un homme guilleret gravit en chantonnant les différents étages d'un immeuble…mais c'est en réalité un créancier venant réclamer une dette impayée chez les Sims. Le soir même, le jeune couple invite l'oncle de Mary a diner, comme il n'y a plus d'argent pour acheter quoique ce soit, John décroche une mandoline du mur pour la proposer en échange au marchand de volailles qui hésite longuement devant les poulets qu'il a mis à la vente…avant de donner le plus décharné. Lorqu'ils arrivent à la ferme, pour montrer le travail qu'auront a accomplir ces citadins, Vidor les fait dialoguer sur "l'identité" de l'équidé attaché dans la cour de la ferme, une mule, un âne ? Plus tard, lorsque la communauté commencera à travailler aux champs, il faut voir tous les moyens mis en oeuvre pour parvenir à labourer la terre desséchée. On ne possède qu'un cheval et un âne ? On attèle une charrue à un groupe d'hommes encordés et on en attèle d'autres aux voitures et à tout ce qui peut tracter une charrue. La découverte par Mary du premier grain de maïs germé sortant de terre est aussi un des nombreux moments bouleversants et inoubliables d'un film qui en compte beaucoup. Une vraie bousculade...

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Il est bon aussi de voir un film qui affiche une telle croyance dans la bonté humaine. Une mise aux enchères de la ferme échoue car personne ne peut ou n'ose enchérir au dessus des 1 $ 85 proposés par un des fermiers ! Un dur recherché par la police se sacrifie et propose d'être livré à la police pour que la communauté puisse toucher la récompense de 500 $ promise contre sa capture permettant ainsi de sauver provisoirement la communauté. A vrai dire les images se bousculent tant elles sont nombreuses jusqu'aux dernières séquences absolument sublimes montrant les hommes, cette fois plus aguerris, plus efficaces, complémentaires, travaillant avec coordination et encore plus déterminés par la certitude de pouvoir enfin rapporter l'eau vitale qui assurera la survie des plantations…Un chef d'oeuvre dont je déplore une seule petite faute de gout, l'irruption d'une fille sophistiquée venue de la ville qui menace l'équilibre du couple et par voie de conséquence la vie de la communauté. Ce personnage était sans doute inutile et c'est un apport "romanesque" détaché du reste du récit. Néanmoins, il permet à Vidor de montrer une fois de plus son génie. Alors que john prend la fuite avec sa nouvelle petite amie au volant de la voiture de cette dernière et est donc en train d'abandonner la communauté, les images de son ami Louie, l'homme qui s'était de lui même livré à la police, se superposent aux images de la route et subitement John aperçoit en contrebas un nouveau canal d'irrigation ne passant après tout pas si loin de la ferme : 3 km, rien si l'on a des amis. Il abandonne alors subitement la jeune femme et retourne auprès d'eux.

Que faut-il faire pour voir ce film enfin édité en DVD. Voter pour Robert Hue ???

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