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Scénario : Maxwell Anderson, Edwin Justus Mayer
et Laurence Stallings d'après un roman de Stark Young
Image : Victor Milner
Musique : W. Franke Harling
Produit par Douglas MacLean
Paramount

1935     82 min

Avec :

Margaret Sullavan (Valette Bedford)
Walter Connolly (Malcolm Bedford)
Randolph Scott (Duncan Bedford)
Robert Cummings (George Pendleton)
Janet Beecher (Sally Bedford)
Harry Ellerbe (Edward Bedford)

En 1861, juste avant le déclenchement de la guerre de sécession, dans une grande famille de planteurs du Mississipi, la vie semble paisible. L'arrivée de la guerre va tout bouleverser. Un premier homme du clan s'engage dans l'armée des états confédérés, puis un autre, tous finiront pas devoir s'impliquer plus ou moins dans la guerre. C'est l'histoire de cette famille que l'on suit jusqu'à la fin des hostilités...

Bien que le film s'ouvre sur des scènes montrant le ramassage du coton par les esclaves de la plantation, les enjeux de la guerre et ses raisons sont à peine évoqués, de même que l'on ne verra aucune bataille et pratiquement aucun fait de guerre. On arrive toujours, "après la bataille". On en voit les effets, les familles - y compris celle qui se croyaient à l'abri du malheur au début du récit- en subissent les conséquences [spoiler]à la fin de notre histoire, de cette grande famille, il ne restera plus grand monde en dehors des femmes[/spoiler] et la guerre finira bien par arriver à Portobello mais uniquement à la toute fin du récit. Le film commence comme une chronique familiale du sud. On découvre la famille Bedford, de très riches planteurs vivant dans une vaste demeure luxueuse. Des parents bienveillants et bons vivants, un très jeune fils, un autre de 20 ans (Edward) et Valette, une jeune fille très courtisée, en premier lieu par George Pendleton, un ami texan de la famille mais elle est en réalité très amoureuse de Duncan, un cousin éloigné qui vit à Portobello. Cette première parie du film s'écoule plaisamment entre des parents charmants et pittoresques et les marivaudages innocents des jeunes gens tournant autour de Valette. A aucun moment on a l'impression d'assister aux derniers moments de bonheur d'une famille et que cette société là est au bord de l'effondrement. Pour cette famille privilégiée, la guerre arrivera progressivement. Au déclenchement de la guerre, un seul membre du clan part au combat, le jeune prétendant de Valette, George Pendleton, s'engage joyeusement dans les troupes confédérés mais par la suite, tous les membres masculins de la famille seront impliqués dans la guerre et les femmes en subiront aussi les conséquences. Mais King Vidor a l'habilité de faire s'approcher la guerre progressivement. D'abord ce sont les premières lettres écrites, anodines, puis celles annonçant les premiers drames, entrainant l'engagement dans la guerre d'un nouveau membre du clan, d'abord par sens du devoir, puis, les drames s'enchainant, avec une sorte de rage. Ce début qui nous montrait une guerre dont on ne percevait que le bruissement lointain et cette progressivité des événements dramatiques, font que lorsque l'émotion surgira, on en sera presque surpris.

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L'un des personnages les plus intéressant à ce titre, c'est le cousin Duncan, interprété par un surprenant et inhabituel, même à cette époque là, Randolph Scott. C'est un pacifiste qui refuse de se battre pour ne pas avoir à tuer d'autres américains ce qui ne lui attire même pas de problèmes au sein d'une famille dans laquelle la tolérance et la bienveillance semblent proverbiale. La seule a lui tenir rigueur de son détachement vis à vis des évènements historiques de l'époque, c'est Valette qui voudrait avoir un amoureux plus courageux. Cependant, à la suite des événements tragiques qui vont se succéder, Duncan finira par être rattrapé par la guerre. Une nuit, Mme Bedford est réveillée par un cauchemars. Elle a eu la vision de son fils mort sur un champ de bataille. Accompagné par Duncan, elle part en charriot, parcoure les champs de bataille à la recherche de son fils et finit par retrouver son corps. Alors devant la multitude de cadavres étendus sur le champ de bataille et confronté pour la première fois à la réalité de cette guerre, Duncan, l'air abattu, ramasse une arme et avec ses habits de ville commence à marcher d'un pas décidé sur le chemin, laissant sa tante repartir avec son esclave sur la plantation. Dans le prolongement de cette séquence, Vidor nous montre ensuite Duncan, cette fois dans un uniforme militaire, marchant déterminé à la tête de ses hommes montant au combat, totalement métamorphosé et méconnaissable. C'était le dernier homme de la famille a ne pas encore avoir été concerné par la guerre. La maison déserté par ses hommes, donnera encore de belles idées à Vidor et son scénariste. Dans une scène superbe, on verra Valette, se mirant dans une glace et superposant ses robes de bal à ses vêtements de tous les jours, entendant les voix des hommes disparus qui, il n'y a pas si longtemps, lui faisaient la cour.

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En dehors des drames familiaux, la guerre finissant par se rapprocher de la plantation, on finira par voir les enjeux de la guerre. Vidor aborde la question de l'esclavage de manière assez honnête (pour un film de 1935). Alors que la rumeur court parmi les esclaves que les troupes du nord se rapprochent, les esclaves de la plantation commencent à manifester leur enthousiasme car certains anticipent déjà leur future liberté. Un esclave prend même la parole devant tous les autres et les incitent à la révolte. Un autre, très proche de la famille Bedford, tente de s'opposer à ce meneur et le fouette mais il est vite submergé par le nombre et manque d'être lynché par la foule. Plus tard, alors que des centaines d'esclaves sont réunis dans une vaste grange, Valette interrompt les discussions, prend la parole pour tenter de convaincre les esclaves de rester pour l'instant sur la plantation. Elle met en doute et questionne la parole des futurs vainqueurs, rappelle les bons souvenirs qu'elle a partagé avec eux, la bonté de son père avec ses esclaves…Mais est contredite par un des leader qui reçoit une gifle magistrale de la part de Valette. Néanmoins, pour ce soir là, la tension retombe lorsque les esclaves apprennent que Malcolm Bedford, qui était parti à son tour se battre sur le front, vient tout juste de rentrer. Les esclaves se regroupent alors spontanément pour se rapprocher de la maison et entament des chants. On sait que ce sera sans doute le dernier moment d'harmonie, une sorte de paix en marge de la guerre et des bouleversements à venir, ce sera d'ailleurs aussi le dernier bonheur du père de famille mourant qui, incapable de se lever, entendra les chants se rapprocher avant de s'éteindre. Sortant alors de la maison, sa veuve annonce la nouvelle de la mort de son époux et prononce l'émancipation immédiate de tous les esclaves de la plantation.

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Un film précurseur car réalisé 2 ans avant Autant en emporte le vent (le livre) et 4 ans avant son adaptation cinématographique. Certes, le film de Vidor n'embrasse par sur 80 minutes, tout ce qu'embrasse le film de Fleming. Visuellement aussi l'ampleur du désastre de la guerre pour le sud est infiniment moins spectaculaire que dans le grand frère et même les conséquences dramatiques de la guerre sur la famille Bedford n'a pas l'ampleur des drames vécus par LES familles de Gone mais malgré sa modestie, ce film est très intéressant. Performance remarquable de Margaret Sullavan, une actrice que j'adore mais qui a deux ou trois reprises en faisait trop. Pas ici. Elle est d'abord pleine de charme juvénile en jeune fille un peu naïve et capricieuse puis elle grandit, doucement elle grandit, devient plus grave au fur et à mesure des pertes et deviendra presque le chef de famille. Un bon Vidor, mais pas un grand Vidor. Inédit en France mais ce film était sorti en Belgique sous le titre Roses de sang