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Réalisation : Arnold Laven
Production : Edward Small Productions
Distribution : United Artists
Sc : Bernard C. Schoenfeld ; Gordon et Milton Gordon
Photographie : Joseph Biroc
Musique : Paul Sawtell

Broderick Crawford (John Ripley)
Ruth Roman (Kate Martell)
Martha Hyer (Connie Anderson)
Marisa Pavan (Julie Angelino)
Casey Adams (Dave Milson)
Claude Akins (Matty Pavelich)

 

Joe Walpo, un malfaiteur en fuite et recherché par le FBI abat un pompiste qui l'avait reconnu dans une station service de Californie. Aussitôt, le FBI averti le bureau de Los Angeles et plus précisément l'agent Zack Stewart, en charge de l'enquête concernant le tueur, qu'il se dirige probablement vers la ville. Stewart travaille conjointement sur d'autres affaires ; la 1ère impliquant Vince Angelino, un homme qu'il interroge dans les locaux du FBI pour déterminer son rôle dans un réseau de voleurs de voitures ; la seconde étant une tentative d'extorsion de fonds sur une jeune veuve, Kate Martell, qu'un homme menace au téléphone de tuer la fille si elle ne lui remet pas les 10 000 $ qu'elle avait reçu à la mort de son mari. Un soir, une autre jeune femme, Brenda Ralles, manifestement effrayée, appelle le FBI et prétend avoir des informations pour Stewart concernant une de ses affaires. Il se déplace sur les lieux avec son supérieur l'agent John Ripley mais la jeune femme refuse de leur ouvrir la porte et tente même de se débarrasser des hommes du FBI qui comprennent que la jeune femme a de la compagnie et qu'un inconnu vient de sortir de la maison par la porte de derrière. Stewart va à sa poursuite et est abattu en tentant d'arrêter l'inconnu. Ripley va alors reprendre les 3 enquêtes espérant que cela le conduira à trouver le meurtrier de son collègue et ami...

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 L'ouverture avec une voix off bien solennelle à la gloire du FBI n'est pourtant guère encourageante mais c'est un film finalement bien meilleur que sa réputation de film policier "procédural" banal. L'aspect pseudo-documentaire montrant les méthodes du FBI, les techniques de fichage pré-informatique, les techniques de surveillance et d'écoute ne sont guère passionnantes mais ces aspects potentiellement ennuyeux sont très secondaires car ils sont noyés dans un scénario à la structure complexe et impliquant de nombreux personnages dont au moins certains sont purement des personnages de film noir. Sa structure inhabituelle, avec ces trois enquêtes parallèles et en apparence sans liens entre elles, menées simultanément par l'agent Ripley et ses collègues, aurait pu aboutir à un film bancal mais les 3 fils sont tirés assez habilement, l'action se déplaçant entre les trois enquêtes sans donner l'impression d'être trop schématique ou décousue. 

Et surtout ce scénario nous sort des bureau du FBI, des dossiers et des fichiers, des micros, des analyses graphologiques ou balistiques, tous ces aspects potentiellement pesants, car on se balade beaucoup dans L.A et certaines de ces séquences en extérieur sont remarquablement mises en scène par Laven, notamment une longue filature qui nous entraine du centre de Los Angeles vers les faubourgs  de la ville, le suspect se sachant surveillé par la police empruntant toutes sortes de moyens de transport, du métro au funiculaire, pour atteindre un chalet situé sur une colline dominant la ville ou bien encore dans les séquences finales très réussies qui nous entrainent sur un site emblématique de la ville qui n'avait sans doute pas encore été utilisé dans un film policier (voir photos). A cela s'ajoute la très belle photographie due à Joseph Biroc (un fidèle collaborateur de Laven)  qui magnifie notamment toutes les séquences nocturnes : le meurtre de Zack Stewart ; la fuite à travers la ville de Brenda Ralles ou encore le rendez-vous nocturne fixé par le racketteur mystérieux à Kate Martell dans un cimetière de la ville.  

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Arnold Laven tire aussi parfaitement parti d'un très bon casting, à commencer par Broderick Crawford extraordinairement sobre mais ce n'est pas forcément parce qu'il était alors dans une de ses périodes "sans alcool" mais peut-être simplement parce qu'il se retrouvait cette fois ci du coté de la loi, qui plus est au sein du prestigieux FBI, à moins que ce ne soit le metteur en scène qui l'ai bien tenu. Quoiqu'il en soit, il est ici à mille lieux de l'aboyeur qu'il était souvent y compris dans le film noir (surtout dans L'inexorable enquête, Big House, U.S.A. et New-York Confidentiel) et Il est surtout bien aidé par un casting féminin épatant : Ruth Roman, Martha Hyer, Marisa Pavan et dans une moindre mesure par un nombre assez important de seconds couteaux masculins, ce qui est un des bienfaits indirects de cette triple enquête. 

 Le cas Brenda Ralles (Suzanne Alexander) est vite expédié. Elle avait cru qu'échapper à la surveillance de la police l'a tiendrait à l'abri du ou des tueurs…mais on retrouve très vite son cadavre dans une poubelle…L'enquête visant le tueur en fuite, Joe Walpo, permet de faire connaissance avec sa petite amie Connie Anderson (interprétée par la superbe Martha Hyer). C'est le personnage le plus estampillé "film noir" ; il est même suffisamment caricatural pour faire un peu sourire en coin. C'est le prototype de la jolie fille qui a  bien vécu et qui ne se laisse pas impressionner par la police. Martha Hyer joue un peu trop parfaitement son numéro de la fille facile, un peu artificiellement provocante  qui croit que son effeuillage indiscret va perturber les policiers au point de leur faire oublier leur enquête. Elle n'est pas non plus très futée, ce dont se servira Ripley...

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Vince Angelino, l'homme impliqué dans le trafic de voitures volées est défendu avec vigueur par sa femme Julie (Marisa Pavan) dont on découvre seulement 5 minutes après son apparition qu'elle est aveugle. Ce personnage qui pouvait faire peur est en réalité le plus beau de tous et la touchante et très bonne actrice qu'était Marisa Pavan n'y est pas pour rien. Elle est l'incarnation de la femme loyale qui à toute confiance en son mari, persuadée contrairement à la police qu'il n'a servi que de bouc émissaire et qu'il préfère risquer la prison plutôt que de révéler l'identité des trafiquants et de risquer d'exposer ainsi sa femme vulnérable. Vulnérable, certes mais pas tant qu'il n'y parait car elle va se révéler véritablement courageuse et ingénieuse pour confondre Matty Pavelich (Claude Akins), l'homme de main du gang qui avait tenté de l'intimider et au final elle va se révéler être un témoin inattendu plus précieux que la plupart des gens ayant une vision parfaite car son handicap est exploité avec beaucoup de malice par les scénaristes.   

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Enfin, il y a tout l'entourage de Kate Martell, interprété par une Ruth Roman aussi sexy que Martha Hyer dans les déshabillés qu'elle porte le soir venu…La jeune veuve a un prétendant, Dave Millson (Casey Adams), un agent immobilier qui était un ami du défunt mari (et qui porte sur son front la mention "coupable" en très gros). A son domicile vit Max (Jay Adler), l'oncle de son mari, qui a un bon casier judiciaire et qui est adepte des sous entendus graveleux (pareil que le précédent, une bonne tête de coupable) et enfin dans son entourage proche gravite aussi un voisin assez encombrant, indiscret et curieux et qui semble toujours prêt à surgir de derrière la porte, ce vieux monsieur Alex, l'énigmatique voisin a aussi une belle pancarte dans le dos…ce qui en fait au moins quelques uns de trop. Pour finir, un mot sur le metteur en scène. Arnold Laven a eu une carrière bizarre débutant au cinéma par deux bons films noirs, Without Warning ! réalisé en 1952 puis l'année suivante, Association criminelle (Vice Squad) mais qui passa l'essentiel de sa carrière à la télévision, ne tournant qu'une dizaine de ses 75 films pour le cinéma dont 4 westerns et un autre film noir évoqué lui aussi dans ce topic, l'excellent Meurtres sur le 10ème avenue (Slaughter on Tenth Avenue). En dehors de ses deux genres de prédilection, un seul autre film de Laven a été, à ma connaissance, diffusé à la télévision chez nous, il s'agit d'un drame guerrier, The Rack, avec notamment Paul Newman.