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Réalisation: William Dieterle
Production: Hal B. Wallis (Paramount)
Scénario: George W. George et George F. Slavin
Photographie: Charles Lang
Musique: Franz Waxman

Avec:

Alan Ladd (le Capitaine Brett Sherwood)
Lizabeth Scott (Chris)
Arthur Kennedy (Lane Waldron)
John Ireland (Le Général Quantrill)
Jeff Corey (Skee)
et Neville Brand (Le Lt.Dixon); Walter Sande (Benjie); Whit Bissell (Miles)

 Lane Waldron, un ancien soldat confédéré devenu prospecteur a été vu sortant du bureau d'un essayeur d'or de Brocken Bow dans le Colorado qui est découvert abattu dans son magasin. Il est poursuivi par la milice de la ville et malgré l'opposition du shérif est sur le point d'être lynché quand il est sauvé par l'intervention d'un inconnu qui prend la fuite avec lui. Le mystérieux tireur, Brett Sherwood, un ancien officier sudiste, demeure évasif sur ses motivations mais Waldron comprend qu'il est sans doute le véritable assassin. Une relation étrange s'installe entre les 2 hommes, faites de méfiance et de ressentiment car bien que sauvé, Waldron se sait toujours soupçonné du crime et que la seule façon de se disculper serait de livrer Sherwood, pourtant son sauveur. La situation se complique encore quand Chris, la fiancée de Waldron se joint au duo recherché. Waldron s'apprête à mener Sherwood en ville pour se disculper mais ce dernier parvient à reprendre le dessus et leur fait prendre la direction de l'ouest car le but de son voyage était de rejoindre le Général Quantrill et de poursuivre la lutte à ses cotés. En chemin, Waldron tente de surprendre Sherwood mais dans la bagarre se brise la jambe, contraignant le trio à se réfugier dans une grotte. Le lendemain, lorsqu'un groupe de soldats sudistes dirigés par le Général Quantrill passe au pied de la montagne, Sherwood se présente au Général, retrouve son grade et un uniforme…   

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Un des assez nombreux westerns ayant montrés la période de la fin de la guerre civile américaine et mettant en scène le personnage du général Quantrill (nommé Quantrell dans la VF). Ici les évènements relatés, censés se dérouler dans les tous derniers jours de la guerre, en particulier l'alliance entre la milice du général rebelle et des tribus indiennes, sont semble t'il totalement fantaisistes mais c'est pour une bonne cause car je pense que les scénaristes ont tout simplement voulu rajouter l'ingrédient "Peaux rouges" à un western militaire, option guerre de sécession, déjà bien mouvementé. C'est d'ailleurs l'un des intérêts de ce film par certains aspects excellents mais non dénué de faiblesses. D'une part, il se déroule dans des paysages superbes magnifiés par la très belle photographie de Charles Lang. C'est autour de la fameuse montagne rouge que se déroule les deux derniers tiers de l'action…et de l'action, il y en a : quelques bagarres ; quelques gunfights ; les actions de la milice de Brocken Bow qui sillonne le secteur ; celles des raiders de Quantrill (le "Général" étant très bien campé par John Ireland) ; les indiens…et même la cavalerie. Le fait qu'une partie de l'intrigue se déroule dans ou aux abords d'une grotte ne suffit même pas à susciter l'ennui tant le metteur en scène sait tirer parfaitement parti de cette localisation insolite dans un cadre encore une fois magnifique.

Mais ce qui fait le prix de ce film -dans une certaine mesure car c'est aussi dans ce qui est le plus intéressant que l'on peut éventuellement déplorer quelques défaillances, c'est la complexité de la personnalité des trois personnages principaux et leurs relations en perpétuelle évolution. Celui qui fait le moins de chemin, c'est le personnage interprété par Arthur Kennedy. Celui qui était censé au départ être le héros positif est présenté comme un peu trop tendre pour une époque aussi violente. On le découvre d'abord victime des circonstances et de l'époque. C'est parce qu'il est un ancien soldat rebelle démobilisé qu'il est à l'évidence soupçonné d'être le meurtrier, puis il manque d'être victime de la justice expéditive d'une assemblée de braves citoyens. C'est d'autant plus rageant qu'il vient enfin de trouver le très riche filon d'or (dont il est le seul à connaitre l'emplacement, les scénaristes se servent d'ailleurs jusqu'au bout très habilement de l'appât de l'or…) qui va enfin lui permettre de démarrer une nouvelle vie avec Chris (Christiane dans la VF ). Malheureusement pour lui, il sent très vite le mélange d'attirance et de répulsion qu'éprouve sa fiancée pour celui a qui il doit son malheur…et par lequel il sera vaincu. Bientôt immobilisé et diminué par une grave fracture qui va même mettre sa vie en danger, il va osciller entre abandon, découragement et accès de rage…car malgré tout il s'accrochera à l'espoir de renverser la situation, espérant jusqu'au bout pouvoir livrer celui qu'il croit coupable du meurtre et ainsi sauver sa peau…mais progressivement on se demande aussi s'il ne s'y mêle pas le désir de se débarrasser d'un rival. C'est le genre de personnage ambigu, en apparence bon mais ici, faible, fourbe et menteur, dans lesquels excellait Arthur Kennedy mais dans Red Mountain il est tout  de même un peu trop sournois et pleurnichard pour un héros "positif".  

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C'est Alan Ladd qui fait le plus de chemin. Le "méchant", portant à la ceinture la même arme que celle qui a servi à tuer le commerçant ; le rebelle sudiste s'apprêtant à rejoindre les massacreurs de Quantrill est le personnage le plus intéressant pour le conflit qui va naitre entre ce qu'il considère comme son devoir, poursuivre la lutte coute que coute pour le sud et ses problèmes de conscience qui vont naitre en raison des actes de Quantrill. Dans un premier temps totalement loyal et fier de retrouver son grade et son uniforme, il va en tout cas commencer à s'interroger sur les réelles motivations du général et condamner notamment les exactions commises par les tribus indiennes servant comme supplétifs dans son armée. Au cours de sa métamorphose, on s'interroge parfois sur la sincérité de son attitude vis à vis de Waldron qu'il tente d'aider et de soigner, sans doute en partie pour plaire à Chris qui n'éprouve d'abord que de la haine pour lui malgré une attirance physique qui crève les yeux entre les  deux "ennemis" car la seule chose qui semble les rapprocher en apparence est leur haine réciproque en raison de leur histoire personnelle commune qui les uni sans les rapprocher, bien au contraire, car tout deux ont en commun d'avoir vu leurs familles respectives massacrées par les troupes ennemis. Elle fera néanmoins du chemin et saura se faire entendre de Sherwood…La relation évolue tellement entre eux deux que bien avant qu'ils ne se sautent dessus, on comprend bien que si Chris reste aux côtés de son fiancé, c'est plus par pitié et par devoir que par amour. Ce sont ces scènes qui posent problèmes selon moi car si elles sont plutôt bien écrites, elles sont tout de même un peu trop bavardes et handicapées par le manque d'alchimie entre Alan Ladd et Lizabeth Scott mais de manière surprenante, je trouve que c'est elle qui se montre la moins à l'aise dans ces scènes…et plus largement tout du long car elle sur-joue beaucoup l'indignation, la colère, la haine. Il aurait fallu un meilleur directeur d'acteurs pour lui faire donner plus de mesure à ce personnage (cela dit, il faudrait aussi découvrir ce film en vo car la voix française de L. Scott est insupportable ce qui n'aide pas…). 

Les autres sont très bons, y compris Alan Ladd dans un de ses meilleurs rôles.  C'était seulement son 3ème western après Whispering Smith et Branded.  On reconnait aussi de nombreuses bons seconds couteaux dont le meilleur est surement Jeff Corey, en sergent soudard qui tente de violer Chris. Je (re)signale la très belle photographie de Charles Lang qui était déjà le directeur de la photographie d'un des rares autres films en couleurs de Lizabeth Scott, La furie du désert de Lewis Allen (1947) ainsi que la bonne musique de Franz Waxman. John Farrow aurait suppliée pendant quelques jours William Dieterle tombé malade. 

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