The Fat Man - 1sht 600

Réalisation : William Castle
Production : Aubrey Schenck (Universal)
Scénario : Harry Essex, Leonard Lee
d'après des personnages créés par Dashiell Hammett
Photographie : Irving Glassberg
Musique : Hans Salter et Frank Skinner

Avec :

J. Scott Smart (Brad Runyon)
Julie London (Pat Boyd)
Rock Hudson (Roy Clark/Ray Chevlin)
John Russell (Gene Gordon)
Jayne Meadows (Jane Adams)
et le clown Emmett Kelly

Le docteur Bromley, un dentiste de Los Angeles renommé venu à New-York pour une convention est assassiné dans sa suite et balancé par la fenêtre de son hôtel. Malgré les constatations de la police qui pense avoir affaire à un suicide, Jane Adams, l'assistant de Bromley n'en croyant rien et constatant la disparition étrange de radiographies dentaires dans les dossiers de son patron décide de solliciter le détective privé Brad Runyon avec lequel Bromley avait pris rendez-vous sans l'en avertir. Il semble d'abord ne pas s'intéresser à l'affaire mais quand son assistant, à qui il avait tout de même demandé de surveiller discrètement la jeune femme le temps qu'elle reprenne l'avion pour la Californie, est assommé par un inconnu, il décide de l'accompagner et d'enquêter. Au cabinet californien du dentiste, ils ne retrouvent nulle trace du dossier médical de Roy Clark, le patient dont les radios avaient été subtilisées mais un numéro de téléphone amène Runyon au ranch de Gene Gordon, qui affirme n'avoir plus de nouvelles de Clark depuis longtemps mais l'homme et son entourage ayant été impliqué dans de nombreuses affaires louches sans avoir jamais pu être condamné, Runyon décide de poursuivre son enquête…

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L'affiche en jète, n'est-il pas ? Parmi les nombreux détectives de cinéma, il y en eu qui se distinguait par leur exotisme : Charlie Chan par exemple. Il y eu surtout les durs, j'en retiens un : Sam Spade.  Il y en eu de plus cools : Nick, The Thin Man…alors pourquoi pas un gros ! Et d'ailleurs les trois que je viens de citer : Sam Spade, The Thin Man et The Fat Man  sont trois créations du même auteur, Dashiell Hammett mais certes, le dernier nommé n'est pas le plus connu chez nous mais il l'est un peu plus aux USA. The Fat Man était à l'origine le détective privé d'un programme radiophonique très populaire dont il y eu 341 épisodes diffusés entre 1946 et 1952. Le personnage avait donc été crée par Dashiell Hammett mais il a été ensuite développé par différents scénaristes. J. Scott Smart interprétait le détective et Ed Begley était son assistant. C'est Columbia qui devait originellement produire le film avec Sidney Greenstreet dans le rôle du pansu (c'est ainsi que The Fat Man est surnommé dans le sous titrage français  :roll: ) mais finalement c'est l'acteur du programme radio qui fut choisi pour ce qui était alors son 1er rôle au cinéma. Le film marquait aussi les débuts d'un des plus célèbres clowns de l'époque, Emmett Kelly, lui aussi excellent et surtout c'était la première fois que Rock Hudson, deux ans après ses débuts, se retrouvait aussi haut sur l'affiche puisque c'est autour de lui que gravitait toute l'intrigue.

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Si le physique hors norme du personnage principal est utilisé parfois sur un mode comique (comme le disait jean-Jacques Bernard dans sa présentation du film :"Un gros, ça prête toujours un peu à sourire…"), ça ne dépasse jamais le bon enfant et même s'il fait parfois sourire les passants quand son assistant stupide lui loue une voiture de sport ridiculement petite pour l'y faire rentrer ou si les autres danseurs vont le regarder se démener d'abord en ayant l'air de se moquer quand il va danser sur un rythme endiablé avec Julie London, ça ne dure jamais car ce bonhomme a du charme, inspire le respect et assure en toutes circonstances, y compris sur la piste de danse ou lorsque dans le denouement, il faudra, après avoir dénoué le sac de noeuds de l'intrigue avec sa tête, se démener et faire usage de son arme. On pourrait se méprendre car malgré quelques aspects comiques, on est très loin du Thin Man et des comédies-mystères du même genre même si quelques personnages et quelques scènes de comédie parsèment le récit. Du coté des personnages, ce sont l'assistant de Runyon, Bill Norton (Clinton Sundberg), plus fin cuisinier (une qualité indispensable pour son patron qu'on voit souvent à table) que fin limier car il est totalement crétin (et son interprète assez drôle). Un policier fataliste ! Ce n'est pas vraiment le genre à se morfondre de voir les criminels dehors le Lt. Stark ! (Jerome Cowan) et enfin Shifty (traduit magnifiquement par le sous titreur par "Le véreux"), un indicateur, un brin kleptomane, ricanant et amusant qui est incapable de rentrer chez qui que ce soit en sonnant à la porte mais qui doit crocheter les serrures ! 

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Heu, t'es sûr que c'est un film noir ton machin ? Oui, car si l'enrobage et la cerise sur le gâteau (et le gros caché dedans barbouillé de chantilly) appartiennent à la comédie policière, le reste appartient totalement au film noir. Les personnages : la secrétaire qui se lance dans une enquête pour suppléer son patron. La personnalité sombre et énigmatique du disparu Roy Clark. Celle d'un des principaux témoins de sa vie, Pat Boyd (Julie London), l'hôtesse désabusée et froide d'un night club. Les anciens amis de Clark :  Gene Gordon (John Russell), son chauffeur et ses complices Happy (Harry Lewis) et Fletch (Robert Osterloh). Et ce personnage formidable et typique de William Castle, le clown Ed Deets (Emmett Kelly) qui amène de l'insolite certes mais c'est un personnage qui n'est pas gratuitement bizarre et en rien grotesque. Ensuite le procédé…Au fur et à mesure que Runyon remonte la piste, les témoins de la vie de Clark vont livrer une partie de l'énigme. Castle en passe évidemment par les flashbacks qui nous font remonter progressivement jusqu'à l'origine des ennuis de Clark qui sera illustré par une longue séquence typique d'un film de gangsters sans une once de comédie et d'ailleurs les 4 morts violentes (un empoisonnement suivi d'une défenestration ; un étranglement ;  un brulé ; un mort par balles) ou le flashback se déroulant en prison, entre autres choses, tendraient à prouver qu'on peut faire du film noir sans en avoir l'air. Excellent final brillamment mis en scène par Castle.  William Castle a réalisé beaucoup de films de la famille polar. The Fat Man est le 5ème a apparaitre sur ce blog, s'il n'est pas le premier a regarder, on passe néanmoins un bon moment pour qui aime le mélange des genres.