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Dans les années 20, à Tulsa dans l'Oklahoma, une ville alors en pleine expansion et en passe de devenir la capitale du pétrole, un éleveur tente de poursuivre son activité malgré l'avancée inexorable des derricks qui poussent comme des champignons à proximité de sa ferme. Un jour, en faisant une inspection sur ses terres avec sa fille et son contremaitre indien, il constate que des bêtes mortes gisent au bord la rivière, empoisonnées pour avoir bu l'eau souillée par du pétrole échappé des puits d'extraction exploités par Bruce Tanner, l'homme d'affaires le plus puissant de la ville. Il se précipite chez ses encombrants voisins pour avoir une explication mais il est tué accidentellement par la chute des débris d'un derrick emportés par le jaillissement soudain du pétrole. Sa fille, Cherokee Lansing, tentera en vain d'obtenir réparation ou au moins la garantie que ses terres resteront saines et exploitables. Elle va alors s'élever contre la toute puissance de Bruce Tanner…

Au centre du film, il a la personnalité flamboyante de Cherokee Lansing dont le rôle a manifestement été construit sur mesure pour Susan Hayward (et elle y est excellente sans les excès que je lui reproche parfois). D'abord habitée par un sentiment de revanche, bien que ruinée elle va d'abord refuser de céder ses terres à Tanner avant de tenter de concurrencer le magnat du pétrole en tentant d'exploiter les hypothétiques gisements pétroliers dormant sous ses terres. C'est donc d'abord par défi qu'elle va abandonner le mode de vie qu'elle semblait prête à suivre, puis, en raison de sa réussite, le désir de vengeance va passer au second plan et c'est l'enrichissement sans limites et la volonté de puissance qui vont motiver Cherokee et la transformer progressivement la faisant ressembler de plus en plus à l'exploiteur sans scrupules des richesses naturelles qu'elle combattait jadis avec son père. Ce film qui se voulait une fable sur l'ambition n'évite pas les clichés mais c'est surtout ses préoccupations écologistes certes louables mais brouillées par des incohérences rendant pour cette raison le propos ambiguë qui limite la portée du message.

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Ça commence dès le préambule. Assis devant les paysages verdoyants des environs de Tulsa, celui qui sera le narrateur de notre histoire, Pinky Jimpson (Chill Wills) gratouille sa guitare et interpelle directement le spectateur, expliquant que ces paysages que nous voyons étaient jadis bien jolis quand il n'y a pas si longtemps cette terre sauvage était occupée par différentes tribus indiennes qui vivaient de la chasse, de l'élevage ou de la culture de la terre mais qu'il a fallu l'arrivée de l'homme blanc pour qu'enfin l'or noir, source de progrès dormant dans le sol de l'Oklahoma, jaillisse enfin dans le ciel !…A écouter ce brave Chill Wills, enthousiaste devant les progrès accomplis, on pourrait penser que ces "paysages" industriels que nous voyons maintenant défiler en arrière plans sont tout aussi beaux que les étendues sauvages de jadis. C'est vrai, il faut l'admettre, une belle raffinerie, ça serait presque aussi beau que les chutes du Niagara (mais sans le petit zoziau mazouté au premier plan qui viendrait rompre l'harmonie)…On retrouvera le pendant de ce discours dans un épilogue ou Chill Wills nous expliquera que les affreuses pratiques que nous aurons vu, notamment celles de ces industriels qui polluent les territoires entourant les gisements de pétrole ou la sur-exploitation des ressources naturelles, c'est de l'histoire ancienne car on apprend un peu soulagé qu'aujourd'hui (l'aujourd'hui de 1949) l'industrie pétrolière respecte l'environnement !

 

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Entre ces deux interventions, on aura vu comment l'évolution personnelle de Cherokee va tout bouleverser autour d'elle. Le paysage d'abord. Les puits de pétrole vont pousser comme des champignons et pas seulement sur ses terres puisqu'elle va convertir (pervertir ?) ses voisins, acheter des concessions et des permis d'exploiter le pétrole dans tout le voisinage et au-delà. Elle va ainsi influencer la vie de la plupart des autres personnages gravissant autour d'elle, bouleversant le mode d'existence de tous les fermiers notamment indiens qui vont se laisser convaincre de la suivre. Idée intéressante, on verra même un chef indien tellement "converti" qu'il sera plus préoccupé de voir augmenter la production et ses profits que soucieux de préservation de l'environnement. Mais c'est surtout la vie de 3 hommes quelle va bouleverser. Ses trois hommes. Le premier c'est Jim Redbird, un indien qui était l'ancien contremaitre de son père. Secrètement amoureux de Cherokee, il va se laisser convertir bien qu'hostile à l'envahissement de ses terres par les derricks mais surtout on aura vu s'exprimer l'opposition entre d'un coté Bruce Tanner (interprété par Lloyd Gough), un magnat du pétrole sans scrupules dont la seule préoccupation est l'augmentation de ses profits et qui cherchera à s'accaparer les terres des éleveurs pour y faire pousser les derricks pour son propre compte. Sa seule faiblesse : Cherokee. De l'autre, Brad Brady (interprété par Robert Preston), un géologue venu en aide à Cherokee. Soucieux de préserver l'environnement en cherchant à exploiter de manière "raisonnée" les ressources pétrolières, il va progressivement s'éloigner de son insatiable petite amie qui va même se dérober à ses propositions de mariage supportant de moins en moins ses scrupules.

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En caricaturant la situation, dans ce couple, celui qui fait bouillir la marmite, c'est la femme et c'est l'homme qui cueille les marguerites ! Tous ces personnages (même l'affreux Tanner) vont pas mal bouger voir changer de camp, leur évolution dépendant moins de leurs états d'âme ou de leurs contradictions, pris qu'ils sont entre leurs aspirations écologistes sincères et la prospérité économique promise par la manne pétrolière, que de Cherokee. Elle agit et ils réagissent. L'un va la suivre aveuglément pour ne pas qu'elle s'échappe totalement, un autre va l'accompagner pour un temps mais pour la freiner, le dernier va la craindre mais l'admirer tout de même…et tous vont la désirer. Du coup, les questions sérieuses sont tout de même posées mais elles le sont dans un récit très Hollywoodien mêlant très étroitement affaires et affairs.

Le final est grandiose…Le gigantesque incendie qui occupe la dernière partie du film durant 20 minutes est très spectaculaire (et a valu au film une nomination à l’Oscar des meilleurs effets spéciaux). La raison d'être de cette scène était sans aucun doute de faire de belles images mais c'était peut-être aussi une façon de mettre en garde le public contre les dangers de cette industrie. Mais après ça, le discours unanime de tous les protagonistes qui décident que "Plus jamais ça" et autre "On ne nous y reprendra plus" fait mal aux oreilles (et à la tête) d'autant plus qu'il est repris par Chill Wills dans l'épilogue. Ce dernier tient un multiple rôle assez important. En dehors du préambule et de l'épilogue, on le retrouve tout du long comme le témoin et le commentateur en voix off de l'ascension de Cherokee. Il est à la fois au plus près des événements puisqu'il est le cousin de Cherokeee et le propriétaire d'un bar populaire de Tulsa mais il a aussi trois numéros musicaux dont un plus particulièrement amusant lorsqu'il se tire la bourre avec une chanteuse d'opéra sur la chanson titre du film. La battle entre le folkeux à accent plouc et la Castafiore d'abord hautaine est assez plaisante. Autre prestation amusante, celle de Ed Begley dans un de ses premiers rôles non négligeable. Je signale aussi que l'on a droit aux quelques scènes attendues illustrant de manière amusante la camaraderie virile avec à la clé deux saines bagarres. La routine quoi…Le film avait été distribué par Eagle-Lyon mais il avait été produit par Walter Wanger et il avait du recevoir un budget confortable sans que l'on soit dans une production comparable à La fièvre du pétrole (Boom Town). vu en vost.