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Scénario et réalisation : Budd Boetticher
Image : Lucien Ballard
Musique : Harry Betts
Produit par Audie Murphy

Avec :

Richard lapp (Cass Bunning)
Anne Randall (Nellie Winters)
Victor Jory (le juge Roy Bean)
Audie Murphy (Jesse James)
Robert Random (Billy Pimple)
Beatrice kay (Mamie)

Le très jeune Cass Bunning vient juste de quitter pour la première fois la ferme familiale pour se rendre à Silver City. Il croise quelques bandits mais parvient sans encombre jusqu'à la ville, un refuge de hors-la-loi qui est pleine d'animation ce soir là car on attend l'arrivée de la diligence qui doit amener en ville la dernière trouvaille de Mamie, la propriétaire de la maison close. Effectivement, elle n'avait pas menti, la plus jolie fille vue dans le coin depuis un bon moment fait son apparition sous les collibets des autres prostituées ricanant au balcon du bordel. Une jeune fille apeurée se terre au fond de la diligence sous les regards des hommes surexcités qui attendent de lui faire escorte jusqu'à son lieu de travail. L'attraction du soir est perturbée par l'intervention de Cass qui enlève la jeune fille sous les yeux des habitants. Lui ayant permis d'échapper au bordel, Cass s'interroge sur les intentions de la jeune femme. Les deux jeunes gens apprennent à se connaitre et décident de tenter leur chance ensemble. Ils passent la nuit à Vinegaroon mais au matin ils sont arrêtés par les hommes du Juge Roy Bean qui accepte de fermer les yeux sur la situation illégale du couple en fuite à condition de les marier. Le jeune couple reprend la route et prenant confiance en lui, le jeune Cass révèle à sa jeune épouse, ses véritables intentions…


Dernier western de Budd Boetticher et même dernier film de fiction tout court du metteur en scène. Comme pour les autres genres cinématographiques, je connais mal les westerns tournés après 1965. Je me suis en tout cas assez peu aventuré dans le genre en dehors des grands titres mais j'ai tout de même l'impression que ce film anticipe certains westerns ultérieurs (Juge et hors-la-loi ou ceux de Altman) et je vois à peu près ce que Boetticher a voulu faire mais je ne suis que partiellement convaincu. Le très grand classicisme et l'économie de moyen prodigieuse que l'on pouvait voir notamment dans la série de chefs d'oeuvre tournés avec Randolph Scott sont remplacés ici un style affecté dont on perçoit un peu trop les intentions : jouer avec les codes du genre, avec certains stéréotypes que Boetticher s'amuse à traiter de manière décalée et en convoquant au passage une bonne partie des célébrités de l'ouest dans un récit pourtant très court, en partie pour s'en moquer ou pour tenter une démystification. Cette démarche contredit presque tout ce qui faisait le style Boetticher, sinon ses intentions…et pourquoi pas n'en aurait-il pas le droit d'ailleurs, mais je trouve que c'est l'aspect le moins intéressant de ce film imparfait mais néanmoins encore passionnant.

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Il commence par nous montrer un pied tendre, un jeune homme naïf -croit-on- que l'on découvre en train de sauver un jeune lapereau prêt à être tué par une vipère qu'il abat d'un tir rapide et précis, un indice peut-être ?..toutefois immédiatement contredit par l'irruption de 3 mines patibulaires qui se moquent de lui, l'apostrophent avec ironie et le provoquent. Fait inhabituel, c'est Billy Timple, le très jeune homme au centre du groupe qui prend la parole. Ses compagnons ironisent d'ailleurs sur sa jeunesse mais c'est bien le Kid qui semble avoir l'ascendant sur ses compagnons. Ce n'est que le premier des Kid que l'on croisera…L'arrivée dans la ville de Silver City à l'atmosphère assez survoltée et dans laquelle la violence semble pouvoir éclater à tout moment ne perturbe pas la quiétude apparente du jeune homme, pas plus que la première rencontre avec "ses" premiers bandits quelques instants auparavant. Le sauvetage de la jeune Nellie n'est d'ailleurs qu'une brève accélération du récit mais la tension retombe aussitôt après. Les deux jeunes gens font connaissance et s'interrogent sur leur avenir : Que faire dans ce monde là ? On improvise…mais plus le film avancera, plus ils seront confronté à ce monde de violence dont ils essaieront de se tenir éloigné. Entre deux rencontres plus ou moins menaçantes, les différents intermèdes du récit qui nous montrent le jeune couple seul sont de belles parenthèses, simplement mais joliment écrites. J'ai fréquemment pensé au jeune couple de [b]Promenade avec l'amour et la mort[/b] pris eux aussi dans une époque peu propice aux amours "courtois". A chaque fois du reste, l'harmonie est brisée par les adultes. Le soir même de l'enlèvement, ils dorment à l'hôtel de Vinegaroon et sont sortis de la chambre au petit matin par les hommes de Roy Bean, le juge de la petite ville ou ils avaient trouvé refuge. Bien que Cass affirme avoir respecté Nellie, il est condamné alors que les hommes de Bean l'avaient surpris assoupi sur une chaise, une carabine entre les mains, gardant la porte de la chambre dans laquelle Nellie s'était endormi. Malgré tout, Bean qui venait de prononcer une sentence de mort à l'encontre d'un tout jeune homme incapable de prouver qu'il était le propriétaire du cheval qu'il montait la veille et qui est pendu sur la colline entourant la ville immédiatement après le jugement expéditif, il se montre plus clément pour Cass et Nellie mais ils sont néanmoins mariés de force. Par la suite, dans ce récit décousu mais passionnant, les dangers seront multiples pour le jeune couple. Bien plus tard, une bande d'une dizaine d'hommes venue de Silver City s'emparera à nouveau de la jeune femme et la ramènera vers la ville, lui présentant le programme : "Ce soir c'est fête. On va boire beaucoup, chanter et danser et …enfin tu vois ce que je veux dire ?"

Entre temps, le récit aura basculé car on apprend de la bouche même du jeune homme que ce fils de fermier a été formé au tir par un père mystérieux et très habile un pistolet en main et qui avait fait rêver son jeune fils avec ses récits contant les exploits des légendes de l'ouest…et aujourd'hui le jeune Cass rêve de pouvoir enfin se mesurer à eux. Pourtant, s'il est habile pour tirer sur une cible immobile comme il l'avait déjà démontré dans le saloon de Silver City, provoquant l'admiration des piliers de bar, s'il impressionne aussi Nellie un peu plus tard en lui faisant une démonstration de tir sur un piquet de bois planté dans le sol provoquant la aussi des exclamations enthousiastes, dès qu'il lui fait part de ses rêves, se mesurer aux légendes de l'ouest, elle prend peur et se fâche. Ah ben oui, les femmes c'est comme çà. On leur fait part de nos rêves mais quand quand on veux montrer que l'on est un homme et que pour ramener de l'argent à la maison, on est prêt à vivre dangereusement, çà prend peur et çà râle :mrgreen: . Très vite d'ailleurs, Cass redescend sur terre car cette dispute est interrompue par l'irruption de 3 hommes. L'un d'eux, menaçant, prend la parole et on comprend immédiatement que le plus âgé des deux et celui qui est en position de force cherche à humilier le plus jeune. En raison des scènes précédentes, l'entrainement au tir très probant, la vantardise de Cass et les propos qu'il tient sur ses intentions, on s'attend la encore à un duel mais il n'en est rien. Boetticher joue avec nos nerfs et remet à plus tard les explications car Cass a pour l'instant encore besoin de recevoir une dernière leçon. L'homme qui prend la parole lui demande de jeter ses armes et de baisser son pantalon pour l'humilier devant la jolie Nellie et plus "pratiquement" pour gêner ses mouvements et être ainsi en position de force. Humilié sous les yeux de sa jeune femme mais une humiliation en douceur sans agressivité aucune, l'homme emploie un ton professoral, le félicite pour son habilité au tir mais le sermonne pour s'être laisser surprendre puis finit par décliner son identité et celles de ses compagnons : Frank, Jesse James et Bob Ford. Quand James apprend que les deux jeunes gens ont l'intention de retourner à Silver City, il les dissuade, les prévenant que sa bande a l'intention d'attaquer la banque de la ville et Ils prennent congés. Pour le jeune Cass, ce sera la dernière leçon…Une sorte de masterclass.

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On croise donc de nombreuses célébrités. Soit on en entend parler : les légendes de Lilly Langtree, Wes Harding et James Cantrill sont évoqués par Cass car son père les avaient croisé. Lily Langtree est à nouveau évoquée par Roy Bean puis on croise Jesse James et sa bande mais c'est la figure de Billy The Kid qui semble le plus intéresser Boetticher. Si son nom est juste évoqué à plusieurs reprises, on en croise plusieurs de ces gamins tueurs, d'abord un premier Kid, le jeune Billy Pimple mais aussi le jeune Cass qui n'est donc pas qu'une victime de l'époque, ce qui lui arrive et par conséquent ce qui arrive au couple, il en est aussi le responsable. Au milieu de ce nid de vipères rencontrés au fur et à mesure du visionnage, constatant l'accumulation de célébrités que l'on croise ou dont on entend parler, je ne comprenais pas pourquoi Boetticher avait ouvert son film par la confrontation potentiellement explosive -mais avortée- entre deux Kid "non historiques". Comme il se doit l'explication et la raison d'être de ce choix curieux vient à la fin, Boetticher semble dire, que finalement ce sont les gosses les plus dangereux, à moins qu'il n'affirme que dans ce monde de cinglés, Il faut prévenir les enfants, c'est ainsi qu'il faut "s'armer" ! Si les petits garçons ont semble t'il le choix entre fermier et Gun Fighter, le sort des jeunes filles n'est pas beaucoup plus enviable. Ayant échappé de peu au bordel, Nellie déclare à Cass qu'il est difficile pour une fille de trouver un travail décent et que même si l'on croit parfois l'avoir trouvé, on tombe sur des patrons qui ne le sont pas toujours. Alors la prostitution finalement…ou ben tiens, le mariage ! Comme je l'ai dit plus haut, l'entreprise de démystification est parfois moins convaincante. Boetticher détourne un certain nombre de séquences classiques de western et il maltraite aussi quelques personnages historiques du genre. Le juge Roy Bean qui la nuit laisse tremper son dentier dans un verre rempli de whisky, un dentier qu'il ôte et remet en place aussi souvent qu'il émet les sentences de mort à la chaine, je ne l'avais encore pas vu. le rôle est joué de manière énoooorme par le vétéran Victor Jory. Le bal qui suit le mariage forcé tourne lui aussi à la boufonade. On y force Cass a danser avec la chaise vide dans laquelle est réputée s'être assise jadis Liliy Langtree…et ainsi de suite.

Bilan : Çà ne ressemble pas trop à du Boetticher mais c'est un western que devraient aimer les admirateurs des autres grandes oeuvres iconoclastes qui vont suivre. Le film est parfois génial dans les intentions mais on regrette quand même un peu les épures du grand Boetticher, roi des mises en scène au cordeau. Dans celui ci le meilleur côtoie le pire. L'idée de Boetticher de concentrer presque toute la violence qui flottait dans l'air depuis l'ouverture du film dans une seule séquence dans laquelle tous les protagonistes passent à l'action en même temps, créant un chaos indescriptible, est à priori géniale mais dans la mise en oeuvre de cette idée, dans sa réalisation, j'ai en revanche déjà vu Boetticher plus inspiré. Au moins une séquence est même navrante car elle montre bien l'état de la carrière du metteur en scène au moment de ce tournage. L'arrivée de Cass à Silver City se fait de jour mais dans le prolongement du même plan, après avoir déposé son cheval chez le maréchal ferrant, on se retrouve…de nuit. Cela dit, ce raté s'explique par le minuscule budget affecté sans doute à la réalisation de ce film produit d'ailleurs par Audie Murphy à une époque ou Boetticher était ruiné. Murphy fait d'ailleurs une assez courte mais remarquable apparition en Jesse James. A voir néanmoins et pas seulement par les complétistes. Tous les parents, américains ou non, devrait voir ce film dont la morale serait "Ne laissez pas vos gosses jouer aux cow-boys". Vu en vost.