good die young

Réalisation : Lewis Gilbert
Production : Jack Clayton (Remus)
Scénario : Vernon Harris et Lewis Gilbert
Image : Jack Asher . Musique : George Auric

Laurence Harvey (Miles 'Rave' Ravenscourt)
Gloria Grahame (Denise Blaine)
Richard Basehart (Joe Halsey)
Joan Collins (Mary Halsey
John Ireland (Eddie Blaine)
Stanley Baker (Mike Morgan)
et René Ray, Robert Morley, Margaret Leighton

 Une voiture circule dans le centre de Londres au milieu de la nuit. A son bord, 4 hommes de milieux sociaux différents et qui ne se connaissaient pas quelques semaines auparavant. 4 hommes sans passé criminel qui attendent nerveusement que le conducteur arrête la voiture à l'endroit prévu. Celui qui les a amené là s'arrête et demande à son voisin d'ouvrir une valise à ses pieds. Il en sort 4 revolvers et les distribuent aux trois autres malgré leurs protestations puisqu'il était semble t'il convenu qu'ils ne feraient pas usage de violence…Commence alors le très long flashback qui va nous montrer ce qui les a amené là…

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Pour la première fois dans ce topic, un film noir britannique, une délocalisation que je m'étais pour l'instant plus ou moins interdit d'aborder ayant déjà pas mal de pain sur la planche par ailleurs mais je fais une exception en raison du casting de celui ci constitué pour moitié d'acteurs américains. En dehors de son casting incroyable, ce film s'appuie sur un scénario d'une précision d'orfèvre pour nous montrer comment les destins de 4 hommes qui n'auraient jamais du seulement se côtoyer vont être amené à converger. On peut déjà mesurer le talent des scénaristes et du metteur en scène en raison de l'habilité dont ils font preuve pour montrer le lent processus qui va les amener à rentrer en contact, commençant à se rapprocher en fréquentant les mêmes lieux (en terme de mise en scène, l'utilisation de la profondeur de champ est admirable), se croisant sans se connaitre, avant les premières rencontres qui vont conduire, encore une fois lentement et d'une manière magnifiquement orchestrée, à se retrouver un jour tous les 4 à la même table. 

Car c'est le pub principalement, qui va être le lieu ou ces hommes vont pouvoir trouver d'autres hommes comme eux, déçus et malchanceux, victimes à la fois d'une époque difficile, parfois d'un membre de leur entourage ou carrément trahis par des proches. La succession d'évènements systématiquement défavorables, leurs situations se dégradant inexorablement,  va alors les pousser dans un état de fébrilité voir de dépression, qui les rendra réceptifs au projet dément d'un des leurs qui va utiliser la détresse des trois autres et leur besoin impérieux d'argent, pour les entrainer dans un engrenage mortel qui va faire de 3 braves types des criminels improvisés…et ratés. Pour en arriver là, ils avaient éprouvés toutes formes de déceptions et de désillusions, aussi différentes que leurs origines sociales.  

 

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Car avant qu'ils ne soient amenés à se rencontrer enfin, les histoires d'abord parallèles de ces 4 hommes permettent aussi de nous montrer des milieux sociaux très différents. Nous ne découvrons pas seulement 4 hommes, leurs épouses respectives (dont le rôle est capital) et pour 3 d'entre eux un 3ème personnage plus ou moins proche qui va précipiter leurs chutes. En dehors d'une étude de caractères admirable, on nous montre aussi le milieu et l'origine sociale de ces hommes, en particulier la mentalité de la haute-société, celle de la classe ouvrière (qui permet de nous plonger dans l'univers de la boxe) mais un peu moins celui de la classe moyenne car pour cette dernière, les évènements impliquant les deux couples concernés appartiennent davantage au drame psychologique qu'au drame social. Les voici ces personnages et leurs milieux :

Miles Ravenscourt (Laurence Harvey) marié à Eve (Margaret Leighton). Le proche est ici le père de Miles, Sir Francis Ravenscourt (Robert Morley).  Miles, surnommé 'Rave' est un playboy éduqué, raffiné et très séduisant mais derrière ce charme apparent, c'est aussi un oisif qui passe son temps à jouer, multipliant les dettes que paye jusque là systématiquement Eve, sa femme artiste peintre, elle aussi issue d'une riche famille mais qui se lasse des dettes de jeu de son jeune époux et surtout de ses multiples conquêtes féminines. Son père interprété par Robert Morley, qui est extraordinaire dans la seule séquence ou il apparait lorsque son fils vient le retrouver à son cercle, va être le révélateur de la véritable personnalité de celui que l'on prend surtout pour un charmant manipulateur au pire égoïste et narcissique, bluffé que nous sommes par le charme qui se dégage de Laurence Harvey qui est lui aussi extraordinaire et absolument fascinant. Ce père, un Lord, dans le cadre feutré de son cercle, lance à son fils les paroles les plus terribles qu'un père puisse dire à son fils, exprimant le dégout qu'il lui inspire et lui lançant pour finir que son seul espoir serait de lui survivre. Il semble à la fois dégouté et terrifié par ce fils  dont on se demande bien, en raison du charme indéniable qu'il dégage, ce qu'il peut bien avoir de si terrible mais il fini par laisser voir, une fois son fils reparti, l'épreuve qu'a été pour lui de le rejeter ainsi. Saisissant! 

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Le second est Joe Halsey (Richard Basehart), un ancien GI revenu aux USA et devenu employé de bureau. Il se trouve ainsi éloigné de sa femme Mary (Joan Collins), une anglaise connue pendant la guerre et qui y est restée pour vivre au moins pour quelques temps au coté de sa mère malade. N'en pouvant plus de cet éloignement, il demande un congé exceptionnel qui lui est refusé, est finalement licencié et arrive en GB très heureux d'apprendre que sa jeune femme est enceinte. Le proche est ici Mme Freeman (Freda Jackson), la mère maladivement possessive de Mary qui va tout faire pour contrecarrer les projets des jeunes mariés et les empêcher de partir aux USA. Si Richard Basehart est bien, Joan Collins est excellente et touchante en jeune épouse tendre et éprise de son mari mais déchirée entre les désirs de celui ci, qui veut à tout prix éloigner Mary d'une mère à laquelle malgré tout la jeune femme reste attachée, et cette mère geignarde, culpabilisante, malade imaginaire complètement tordue...et incarnée par une formidable Freda Jackson.

Eddie Blaine (John Ireland) est un pilote de US Air Force cantonné en Angleterre. Trop souvent absent, il délaisse sa femme Denise (Gloria Grahame), elle aussi américaine et actrice de seconde zone…Le 3ème personnage est ici la co vedette du dernier film de Denise, Tod Maslin (Lee Paterson). C'est de loin le couple le moins intéressant et c'est la seule réserve que je ferais sur ce film. John Ireland fait la gueule et se raidit…mais pas assez visiblement pour une Gloria Grahame lascive qui nous joue sa partition favorite : paupière lourde, démarche trainante, l'air embrumé. Elle se fout de ce mari décidément trop sérieux et coincé qui ne supporte pas qu'elle ramène à la maison un homme qui manifestement n'a pas besoin qu'on lui explique ou trouver la boite de médoc de Denise. Pfff…Trop lourd le Eddie. Il faut voir comment, sortant des bras d'un autre homme, pour se faire pardonner, elle se pend mollement au cou d'un époux dans le regard duquel on peut lire des sentiments mélangés mais qui aura du mal à décliner l'offre. Bref, Denise, c'est le genre énervant qu'on a envie de foutre à la porte mais malheureusement c'est pas la première idée qu'elle inspire… 

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Le boxeur Mike Morgan (Stanley Baker) a promis à sa femme Angela (Rene Ray) que son prochain combat serait le dernier et qu'ensuite il se retirerait, confiant dans l'avenir en raison des 900 £ gagné péniblement après 10 ans de ring qui permettent tout de même de voir venir. Celui qui a toujours été cantonné aux combats de seconde zone voit arriver les jeunes boxeurs plein d'espoir avec un oeil ironique… lui qui est partiellement aveugle d'un oeil, sourd d'une oreille et qu'une douleur dans la main, qu'il essaie de cacher, inquiète... Le milieu de la boxe est admirablement présenté avec l'atmosphère des vestiaires qui rappelle l'atmosphère de "Nous avons gagné ce soir". Stanley Baker, dans un de ses meilleurs rôles, est lui aussi remarquable dans tous les registres, tout à fait crédible en boxeur (les combats sont d'ailleurs remarquablement mis en scène) que par la suite ou le film prend carrément des airs de film social montrant la difficile réinsertion d'un ex boxeur souffrant de handicaps. Le 3ème personnage est ici le jeune frère d'Angela, Dave (James Kenney), un bon à rien qui va précipiter sa chute. 

 Je ne veux pas trop évoquer la partie finale qui nous fait retrouver les rues sombres du centre de Londres. J'en dis un minimum mais je déconseille la lecture de ce qui suit…(Un mot quand même sur ce final. Evidemment le film se termine par un braquage mais contrairement à la plupart des films du genre, on aura compris que l'on ne nous montre pas ici les préparatifs d'une opération…qui tourne à la catastrophe en raison de la maladresse des hommes mais surtout en raison de la folie de 'Rave' que l'on sentait venir mais la réalité dépasse largement ce que l'on avait pu anticiper. Le vol en lui même tourne court, avant une course poursuite dans les rues de Londres qui se termine à l'aéroport (et qui ne dépare pas avec la qualité du reste). Final totalement en accord avec le reste du récit : 4 morts  et un butin de 90 000 £ perdu pour toujours, ironique et totalement "film noir"). 

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A propos de ce film et de quelques autres films anglais de même famille, Raymond Lefèvre parlait de "mélodrame policier". Policier non, puisque ce n'est pas de ce point de vue là que le film se place mais mélodrame noir, pourquoi pas. Le film tient aussi du film social, les 4 portraits parvenant à bien saisir les difficultés économiques de l'Angleterre de l'après guerre mais aussi du drame psychologique. J'ai rendu compte du mieux que je peux de ce scénario d'une quasi perfection. De la mise en scène de Lewis Gilbert, fonctionnelle mais parfois franchement inspirée lorsqu'il montre les approches des 4 hommes qui ne se connaissent pas encore… ou lors des scènes d'action de toute la partie finale. J'ajoute qu'esthétiquement, le film est splendide. La musique signé George Auric ne dépare pas. Quelques uns des comédiens donnent sans aucun doute au moins une de leurs meilleures compositions (René Ray, dont je n'ai pas parlé ; Freda Jackson ; Robert Morley ; Joan Collins et surtout Stanley Baker et Laurence Harvey tous les deux exceptionnels)…Et pourtant, Il est absolument impossible par les mots de rendre compte d'un film d'une telle richesse. Et cependant, inexplicablement, ce film est très rare et très méconnu (mais il a déjà été diffusé en France). The Good Die Young est un indispensable du genre, un presque chef d'oeuvre et je ne sors pas ce qualificatif tous les jours.

 

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