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Réalisation : Jerry Hopper / Production : Mel Epstein (Paramount) / Scénario : Walter Doniger et Daniel Mainwaring d'après une histoire de Barrett Willoughby / Photographie : William C. Mellor / Musique : Leo Shuken et Roy Webb 

Avec Robert Ryan (Matt Kelly), Jan Sterling (Nicky Jackson), Brian Keith (Jim Kimmerly), Gene Barry (Verne Williams), Richard Shannon (Erickson), Tim Carey (Wycoff)

Au début des années 20, la sur-pêche qui a provoqué une chute très importante des ressources de poissons a poussé le gouvernement américain à établir des quotas de pêche. C'est dans ce contexte que revient dans sa ville natale l'ancien pêcheur Matt Kelly tout juste libéré de prison. Bien qu'ancien braconnier, Il est aussitôt engagé par son ami Jim Kimmerly  qui est le leader des pêcheurs de saumon locaux avec lesquels il a créé une conserverie coopérative. Ils sont en lutte contre une bande organisée qui pille les pièges des pêcheurs, sans doute pour le compte du propriétaire de la grande conserverie Verne Williams. Bientôt à court d'argent, à l'insu de son ami, Matt va travailler pour le compte des braconniers mais les deux hommes vont avoir un autre motif de discorde car Nicky, la petite amie de Jim est aussi l'ancienne fiancée de Matt…  

Ce film de Jerry Hopper est le remake du film de Henry Hathaway, Les gars du large (1938). Si le casting de 1954 ne vaut quand même pas celui du premier film : Robert Ryan, Jan Sterling, Brian Keith, Gene Barry (+ Tim Carey) à la place de George Raft, Dorothy Lamour, Henry Fonda et John Barrymore…c'était aussi du solide…et c'est d'ailleurs un des rares arguments pour voir un film par ailleurs assez moyen. Au centre du film, il y a un classique triangle amoureux pas inintéressant mais on ne peut pas dire que les gentils soient très clairvoyants au sujet de Matt (Robert Ryan). Bien que l'acteur soit assez moyennement inspiré -je pencherais pour un manque de motivation- on le voit arriver de loin avec ses regards en dessous, ses airs de chien battu montrant que si c'est un méchant, c'est le genre à souffrir d'un fort sentiment de culpabilité mais il ne s'aide tout de même pas beaucoup : menteur, déloyal, manipulateur ; puis tenté de supprimer son rival, avant d'aider à commettre des meurtres et enfin de tuer lui même. Dans un film américain de l'époque, ça pardonnait rarement car même si le méchant était tenté de se racheter in extremis, il finissait par payer. Dans le western, il pouvait périr de la main du vrai méchant ou ramassait une balle perdue ; ici, contexte oblige, c'est "On the Rocks" que finit Robert Ryan. Mais je l'ai dit, on le cerne bien trop vite quand bien même les scènes d'ouverture -les seules à être un peu légères- auraient pu le faire passer pour un forban plus que pour un vrai méchant. Il joue un vilain tour à Wycoff (Tim Carey), le propriétaire de l'atelier naval où Matt avait laissé son bateau durant son incarcération mais il refuse de payer les 900 $ que réclame Wycoff pour le stockage et la réparation de ce bateau avec lequel Matt s'enfuit sans payer son du.  

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Puis dès son retour dans la petite ville portuaire, Matt s'installe dans le seul hôtel de la ville dont le propriétaire est aussi le père de son ex fiancé. Il y retrouve d'abord l'otarie de la maison qui se baigne dans sa baignoire avant de suivre Matt quand celui ci va plonger directement dans le port depuis la fenêtre de sa chambre quand il va voir passer Nicky (Jan Sterling) en barque sous ses fenêtres. On voyait d'ailleurs des scènes similaires dans le film d'Hathaway, y compris l'otarie, cet animal joueur et sympathique dont les différentes facéties amusent un tout petit peu...mais ça ne nous met quand même pas trop dans l'ambiance. C'est à peine mieux pour les retrouvailles avec Nicky puis avec Jim (Brian Keith) le nouveau fiancé. Trop bon le Jim ! Non seulement c'est un gars honnête et droit qui est respectueux des quota de pêche fixé par le gouvernement ; solidaire des autres pêcheurs puisque c'est lui qui a été le promoteur de la coopérative qui leur permet d'écouler le produit de leur travail sans avoir affaire à Verne Williams (Gene Barry), le peu scrupuleux propriétaire de la conserverie avec lequel Jim va pourtant tenter de négocier sagement pour éviter une guerre entre les deux clans antagonistes.  Mais il est aussi confiant et loyal. Il ne veut pas forcer la main de sa fiancée  alors qu'il n'ignore pas que Matt est toujours amoureux d'elle et même s'il comprend que Matt a l'intention de reconquérir son ex petite amie, il propose immédiatement un emploi au sein de la coopérative à quelqu'un dont pourtant il sait qu'il est un ancien braconnier ! Jim est très compréhensif ! (d'autres auraient dit qu'il est un peu con mais je me garde bien de juger, surtout en employant un langage pareil). Plus tard, ignorant sa duplicité, il va aller jusqu'à défendre Matt auprès des autres pêcheurs légitimement méfiants. Quant à Nicky (Jan Sterling), je me garderais bien de dire à quel point elle est bonne parce que j'aurais peur d'être désobligeant.  

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La dérive de Matt va commencer par les tentatives de sabotage de la flotte de pêcheurs mais il ne s'arrêtera pas là. Évidemment entre marins, on se bagarre un peu et on se combat et on tue de manière parfois originale : on se bat au canon à harpons au milieu des champs d'iceberg.  Si le film est parfois spectaculaire, au niveau des effets spéciaux,  ce n'est quand même pas Titanic. On fait joujou avec des maquettes de bateaux pris dans les glaces ou bien sur lesquels s'abattent de la glace aussi légère que du polystyrène (des avalanches de glace provenant d'immenses icebergs s'abattent sur les bateaux) ; les flotilles de bateaux de pêche proviennent d'images d'archive et viennent en surimpression derrière les images des têtes d'affiche tanguant sur le pont d'un navire et se prenant des paquets d'eau. On ne voit quand même pas les bras des accessoiristes lancer les sauts d'eau mais les scènes d'action fleurent bon la série B quand même.   

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Je crois qu'il a quelques fans inconditionnels alors je dois dire un mot de Timothy Carey. On retrouve le dingo dès le début du film dans le rôle du propriétaire d'un atelier de réparation de bateaux auquel Matt doit une forte somme d'argent. On lui voit faire plusieurs fois des démarches pour tenter de récupérer son du, et forcément Tim s'énerve, grimace un peu et hurle aux oreilles de Matt mais ça reste assez sobre pour du Tim. On le retrouve plusieurs fois (le pauvre est assommé et enlevé) mais la seule autre scène qui mérite d'être signalée est une scène nocturne. Il est filmé à travers la porte fenêtre de son bureau visiblement saoul, assis dans un rocking chair et serrant dans ses bras son chat auquel il chante des chansons…C'est le moment choisi par Matt pour récupérer son bateau au nez et à la barbe de Wycoff qui tombe dans le port en essayant de l'en empêcher. Sorti en Belgique sous le titre : Les pirates du nord. Facultatif.

 

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