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Réalisation : Jean Negulesco / Production : Samuel G. Engel (20th Century Fox) / Scénario : Ivan Moffat et Dwight Taylor d'après une histoire de David Divine / Photographie : Milton Krasner  -  Musique : Hugo Friedhofer 

Avec  Alan Ladd (le docteur James Calder), Clifton Webb (Victor Parmalee), Sophia Loren (Phaedra), Alexis Minotis (Milidias), Jorge Mistral (Rhif)

 

Phaedra, une jeune fille de paysans pauvres de l'ile d'Hydra, dans la mer Égée,  gagne péniblement sa vie en travaillant comme employée sur un des moulins de son village et vit également de la pêche aux éponges. Lors d'une de ses plongées, elle découvre dans l'épave d'un navire une statue en or et bronze représentant un enfant chevauchant un dauphin et décide de se rendre seule à Athènes pour tenter de monnayer sa découverte. Elle est d'abord repoussée par le docteur Calder, un archéologue américain qui finit par croire à l'intérêt de sa découverte et lui fixe un rendez-vous dans un restaurant. Arrivée en avance, Phaedra y retrouve Victor Parmalee, un riche collectionneur d'art qu'elle avait croisé au musée archéologique d'Athènes. Le vieux rival de Calder comprend immédiatement l'intérêt de la découverte de la jeune femme et à l'insu de Calder, la ramène vers son ile à bord de son yacht. Mais bientôt, c'est Calder qui arrive à son tour à Hydra. Sur les instructions de Parmalee, pour gagner du temps, Phaedra, prétendant ne plus se souvenir du lieu exact ou elle avait fait sa découverte, fait plonger l'archéologue au hasard, espérant qu'il se retrouve à court d'argent ou qu'il abandonne les recherches… 

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Ce film ne m'avait pas laissé un grand souvenir et je confesse avoir voulu le revoir pour des raisons extra-cinéphiliques, ce qui n'est pas très professionnel. Ce sont les sorties de l'eau de Debra Paget dans le film évoqué récemment qui m'ont fait repenser à celui là. Le seul souvenir que j'en gardais -et je pense que ceux qui ont vu le film ne peuvent pas les avoir oubliés non plus- étant les scènes sous marines ainsi que la première sortie de l'eau de Sophia Loren, stupéfiantes dans le contexte du cinéma américain de l'époque. Ce film a fait d'elle un sex symbol international et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était mérité. Dans ses mémoires, Jean Negulesco a raconté avec humour le choc qu'avait représenté pour lui sa première rencontre avec cette actrice italienne, dont le corps débordait de partout, et qui était scrutée aussi bien par les hommes que par les femmes mais qui ne semblait absolument pas prêter attention à l'effet qu'elle produisait sur les autres. C'est d'ailleurs cette sensualité sans étude qui est le mieux utilisée dans le film ; d'autres diraient exploitée car à l'évidence la Fox avait mis l'accent sur les charmes de son actrice principale dans les documents d'exploitation mais en dehors de l'éventuel succès de scandale recherché (qui n'a que très partiellement fonctionné), c'est bien le naturel, la voix chaude, la simplicité, la sensualité de paysanne de Sophia Loren qui font merveille dans un film qui est malheureusement handicapé par le manque d'alchimie entre ses deux vedettes qui n'étaient pas celles initialement prévues. 

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Mais il faut dire aussi qu'en 1957, Alan Ladd était déjà sur la pente descendante. Il avait des problèmes d'alcool ; s'était un peu empâté et les gros plans trahissent un vieillissement prématuré et des yeux assez fatigués. Il s'était d'ailleurs présenté sur le tournage épuisé par le long voyage en bateau puis en train (il avait peur de l'avion) et d'autant plus énervé que lui et sa femme avait été victimes d'un important vol de bijoux dans l'orient-Express. A partir de là, les différents témoignages permettent de se faire une idée du naufrage. Sophia Loren raconte que Ladd refusait tout contact et se tenait à l'écart de l'équipe. D'autres sources affirment que ce qu'il avait préféré en Grèce, c'était l'ouzo…Negulesco évoque la cruauté de son actrice qui rechignait à répéter avec le nabot et à contrario la docilité de Ladd qui a du se sentir humilié par son attitude. On dit aussi que l'acteur, refusant désormais de monter sur différents accessoires pour être à hauteur de ses partenaires, cela obligeait le metteur en scène à utiliser d'autres stratagèmes pour créer l'illusion. Negulesco se fout du monde en prétendant que le maire de Hydra s'était plaint que le tournage avait fait plus de dégâts que les deux dernières guerres que le pays avait traversé en raison des tranchées faites dans le sable pour que les deux vedettes puissent être à la même hauteur…alors que quand on regarde attentivement le film, on constate qu'il avait trouvé d'autres astuces pour masquer leur différence de taille. Mais quoiqu'il en soit, il est évident que ces aléas ont influencé la nature même du film.  

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Le metteur en scène avait donc prétendu qu'il avait du modifier le scénario initialement prévu et on constate qu'effectivement, malgré le fait que 3 hommes gravitent autour de Phaedra, il a presque totalement abandonné l'intrigue sentimentale, ôtant à son histoire toutes tensions sexuelles, pour faire de son film une course au trésor impliquant une multitude de personnages. Si Phaedra a bien un petit ami albanais, Rhif, à aucun moment Negulesco ne les montre véritablement comme un couple et le personnage intervient très peu. Il est d'une scène un peu amusante au tout début (en dépit de ses promesses, Rhif ne semble pas bien courageux et la jeune femme lui reproche sa paresse car pendant qu'elle plonge, lui roupille à l'ombre du bateau). Ensuite, s'il rêve d'or lui aussi, c'est bien encore une fois Phaedra qui va se démener, en commençant par se rendre seule à Athènes. Puis on le retrouve par ci par là : Phaedra refusera une proposition de mariage. Il manifestera sa jalousie ; puis sa frustration l'incitera à vouloir jouer sa partie personnelle… Pas question non plus de rivalité amoureuse entre les deux têtes d'affiche masculine. A aucun moment, l'enjeu des scènes entre Parmalee et Calder n'est Phaedra et ce n'est pas même suggéré. De toute façon, la première manifestation d'un intérêt amoureux ou d'un désir intervient très tard. C'est un baiser sur l'épaule de Phaedra donné par Calder qui sera la première manifestation timide d'un intérêt autre que pour le trésor tant convoité par tout le monde (et c'est uniquement dans un épilogue ridicule que le couple se constituera véritablement). Clifton Webb était de toute façon un peu vieux en 1957 pour représenter une menace éventuelle pour un quelconque rival amoureux ; même en pygmalion bafoué (Laura) il aurait eu du mal à faire illusion. Il se contente de servir l'une de ses partitions favorites : l'homme raffiné et arrogant…et désexualisé qui jouit de la possession de jolies choses, collectionnant les oeuvres d'art plus que les conquêtes féminines et surtout peu regardant sur les moyens employés pour se les approprier. Ici, s'il manipule Phaedra, c'est uniquement pour parvenir à ses fins et récupérer la fameuse statue enfouie sous la mer. 

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 Son ennemi de longue date est donc le vertueux docteur Calder. Ils sont rivaux mais se respectent d'une certaine manière et la guerre se fait à fleurets mouchetés…A plusieurs reprises, les dialogues entre les deux hommes, puis entre Calder et Phaedra permettent d'exposer l'ébauche d'une réflexion sur le pillage des antiquités grecques dans le passé et la nécessité que ces trésors restent dorénavant sur place. C'est la position que Calder défend auprès de Parmalee (qui ricane et le traite de boy-scout) et de Phaedra (…qui lui répond que c'est un soucis de riches). Au passage, l'américain Calder critique la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne pour leurs pillages du 19ème siècle et une autre séquence raille ces mêmes pays non sans humour. Quand dans un 1er temps, Calder repousse Phaedra car il ne croit pas à l'importance de sa découverte, il lui conseille de s'adresser aux autres nations ayant des chercheurs sur place. Mais à son retour, elle n'est pas plus avancée : Les anglais (arrogants) lui ont dit qu'ils ont toutes les antiquités qu'ils veulent…et elle raconte qu'elle a été pincée chez les français (bonjour l'image…). La dernière partie du film fait intervenir la totalité des têtes d'affiche et des personnages secondaires qui sont tous diversement impliqués dans la chasse au trésor (puis sa sauvegarde). On assiste alors à une succession de rebondissements qui font durer un peu artificiellement le plaisir. En dehors des personnages déjà évoqués, d'autres personnages que l'on suit pour certains depuis le début, ont un rôle déterminant dans la partie finale : Le docteur Hawkins (Laurence Naismith) un expatrié anglais, autant médecin et érudit qu'alcoolique et cupide ; le petit frère de Phaedra, Niko, un jeune adolescent débrouillard et enfin Milidias (Alexis Minotis), un personnage mystérieux mais on devine très rapidement son identité, flic ou représentant du ministère de la culture grecque… Bingo 

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 Évidemment, on profite bien du voyage. Aujourd'hui, on doit pouvoir voir aussi bien dans Thalassa mais à l'époque, en 1957, il ne devait pas être si facile de voir des images de telles contrées. Pour le prix d'un ticket de cinéma, Jean Negulesco offrait le voyage pour les iles de la mer Égée filmées en Technicolor et magnifiquement mis en valeur par Milton Krasner. Plusieurs iles sont présentées au tout début et Hydra n'est pas la moins jolie d'entre elles. Les vues sur la mer, la côte très découpée, les maisons blanches posées à flanc de collines sont superbes mais en revanche les images sous marines assez nombreuses ont l'air d'avoir été filmées dans un bocal. D'autre part, on a droit à la visite touristique des monuments historiques. Lorsque Phaedra va à Athènes, c'est sur l'Acropole qu'elle se rend et la rencontre avec Calder a lieu au pied du Parthénon. Puis, les recherches de Calder l'amènent au théâtre antique d'Épidaure avant des retrouvailles avec Parmalee dans la bibliothèque du monastère des Météores. On a aussi droit aux coutumes locales. Comme Desproges, je n'ai pas trop le neurone à folklore alors : les danses folkloriques, la musique locale, les chansons (dont une chantée par Sophia Loren, à priori doublée) m'ont laissé indifférent. Beaucoup plus en tout cas que la fameuse première sortie de l'eau de Sophia Loren, qui intervient dès le début du film. Cet épisode a également été évoqué par Jean Negulesco. Il a raconté avec un certain amusement le choix de la robe légère qu'il fit confectionner d'après un modèle vu sur une pêcheuse de perles au japon. Les essais dans la baignoire de la maison ou logeait l'actrice -à cause de la censure dit-il- et l'obligation, à l'issu de la 1ère trempette de faire doubler la robe. Et enfin, l'imprévu (mon oeil ?), le froid glacial de la mer Égée qui fit son effet sur le corps de Sophia au moment du tournage. C'est raconté ainsi par le réalisateur : Quand Sophia fit surface, ses charmes pointaient vers nous avec une précision effrontée. Le photographe laissa tomber son appareil. Le perchman leva sa girafe. Les grecs étaient médusés. C'était tout simplement trop bon pour ne pas recommencer… vu en vost 

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Quand pour tenter de prouver la véracité de sa découverte, Sophia Loren relève sa jupe pour montrer une blessure en haut de sa cuisse (qu'elle s'était faite en plongeant sur l'épave) Alan Ladd demande :
- C'est aussi les français qui vous ont fait ça ?

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