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Avec Glenn Ford (Martin Ordway), Alida Valli (Carla Alton), Lloyd Bridges (Hein), Claude Rains (Paul DeLambre), Cedric Hardwicke (Dr. Nicholas Radcliffe), Oskar Homolka (Andreas)

 Carla Alton (Alida Valli) est de retour dans un petit village Suisse situé au pied de la "Tour Blanche", un sommet inviolé des Alpes ou son père alessandro un alpiniste italien chevronné avait jadis trouvé la mort en tentant l'ascension. Elle persuade 5 résidents, 3 anciens montagnards, un guide de haute montagne dans la force de l'âge et un jeune touriste américain  de se joindre à l'expédition...  

 

Ce film tourné comme La Neige en Deuil dans la vallée de Chamonix est  visuellement encore plus beau. Ce Technicolor est une splendeur !…C'est  Edward Dmytryk qui devait en assurer la réalisation pour ce qui aurait du être son premier film de montagne mais lorsqu'il a commencé à avoir quelques soucis avec la commission des activités anti-américaines, le tournage fut confier à Ted Tetzlaff…et on peut dire qu'on a sans doute perdu au change. Le point de départ était pourtant intéressant. Les très beaux plans d'une nature verdoyante magnifiée par le Technicolor et ceux sur les sommets enneigés vus de la plaine étaient prometteurs. La présentation des  principaux personnages et  leur "caractérisation" étaient aussi assez bien menés même si d'emblée certaines séquences posaient bien prématurément leurs personnalités, les figeaient pour tout dire car tout ce qu'on aura pu anticiper en raison de ces impressions premières se vérifiera. Les voici, ces 6 alpinistes de nationalités différentes qui ont tous une raison toute personnelle d'atteindre le sommet. 

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On a : Un paysan suisse,  Andréas (Oscar Homolka), ancien compagnon du père de l'héroïne. C'est un guide de haute montagne vieillissant qui accepte de guider l'expédition par loyauté à l'égard du père de Carla. Nicholas Radcliffe (Cedric Hardwicke), un géologue anglais qui était également un vieil ami  de la famille. Il veut tenter l'ascension pour des raisons scientifiques en pur amoureux d'une montagne qu'il admire depuis des années depuis son chalet mais il ne se fait guère d'illusion sur ses capacités et pense qu'il ne verra jamais le sommet. Paul Delambre (Claude Rains), est dans le même cas, c'est un écrivain français alcoolique et en totale perte d'inspiration. Pour lui, la montagne sera sa renaissance et une façon de retrouver du prestige auprès de sa femme. Hein (Lloyd Bridges), un allemand. Il est  jeune et arrogant et c'est le seul véritable professionnel de la montagne encore en activité. Et enfin les 2 têtes d'affiche. Martin Ordway (Glenn Ford), cet américain était pilote durant la seconde guerre mondiale et au cour d'une mission, il avait été abattu au dessus de ces montagnes et recueilli par les villageois. C'est d'ailleurs pour les honorer qu'il est de retour pour la première fois dans la vallée. C'est le seul qui n'est pas du tout un alpiniste chevronné et a ne pas être fasciné par cette Tour Blanche mais il a une autre motivation. Il est tombé éperdument amoureux de Carla (la surprise doit être totale), et enfin Carla (Alida Valli), une italienne, fille d'un alpiniste célèbre, elle souhaite parvenir au sommet pour réaliser le vieux rêve de son père.

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Ces ingrédients de départ motiveraient n'importe qui. Une expédition en haute montagne. Le combat des hommes en lutte contre les éléments, contre et avec la montagne et par conséquent celle des hommes face à leurs propres limites…et enfin celle des hommes entre eux, c'était sur le papier du solide et on aurait pas du se faire c. Normalement…Le papier, les matériaux de base proviennent d'un roman de James Ramsey Ullman, un écrivain alpiniste a qui l'on doit aussi le roman qui sera adapté à l'écran dans l'un des plus célèbres films américains consacré à ce milieu, " Le 3ème homme sur la montagne " de Ken Annakin qui a parait-il suscité la vocation de plusieurs générations d'alpinistes.  Cette production Walt Disney, l'une des plus honorables, est un classique de la TV américaine, alors qu'il est méconnu en France. 

Je ne connais pas le roman mais -j'annonce la couleur sans détour- je n'aime presque rien de son adaptation.  1er point, la mise en scène. Dans un film comme celui là, il n'est pas superflu de savoir filmer les scènes d'action et plus précisément de savoir montrer des gestes sportifs crédibles et de savoir intégrer les postures des montagnards et leurs actions de manière dynamique, dans un cadre forcément spectaculaire . Or, sur sur ces points là, si tout ne semble pas faux, les moments critiques paraissent tout de même montés en épingle pour créer de mini suspenses tout à fait artificiels. Nous n'aurons presque jamais non plus les plans très spectaculaires, ces perspectives vertigineuses, du film de Dmytryk précédemment critiqué et encore moins de rapports et de conflits humains intégrés de manière dynamique à l'action. Je n'ai pas trouvé trace de conseillers techniques embauchés pour le tournage comme avait pu l'être au moins par 2 fois Gaston Rebuffat sur le film de Dmytryk puis sur celui de Annakin. Ted, y'en aurait fallu un...

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Un mot sur les développements de l'intrigue. Malheureusement,  la aussi c'est très poussif. Les ingrédients de départ ne feront à aucun moment boule de neige (pffff ou plutôt brrr). Les péripéties sont ultra prévisibles voir parfois grotesques. Au mieux on peut trouver de l'agrément  en raison de l'humour involontaire de certaines situations. Ainsi, deux des membres de l'expédition abandonnent assez vite leurs compagnons dont un qui meurt dans des circonstances tragiques après une succession d'évènements qui provoqueront une dégradation progressive de leur situation. En vain.  Le personnage en question -et d'ailleurs de manière plus surprenante son interprète- est assez grotesque et le manque d'inspiration est énorme tant on nous a prévenu à l'avance que celui ci ne ferait pas long feu…Et d'ailleurs, évidemment, plus l'expédition progresse, moins on a de candidats au titre de renverseur de montagnes,  pour qu'enfin le rêve de carla se substituant à celui de son père s'accomplisse.  Dans cette lutte des hommes contre la montagne et contre leurs propres limites, je vous laisse imaginer qui reste en lisse dans l'ultime partie de l'ascension. J'évente un suspense inexistant car comme je l'ai dit plus haut, les personnages sont présentés de telles façons qu'on anticipe à peu près tout.  

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Ainsi quand Carla, au tout début du récit, nous parle de son père, la légende de l'alpinisme...mais aussi un vieux militant anti-fasciste et qu'elle nous raconte le passé politique du papa qui, avant et durant la guerre était très résistant -et pas seulement en haute montagne- on sent venir le coup de la confrontation idéologique, car, dans les séquences suivantes, on entendra les propos tenu par l'allemand Hein (rôle tenu par un médiocre Lloyd Bridges) sur les mérites de la vie au grand air et de l'effort physique, le mieux à même de préparer l'homme "...Aux zagrifices zubrêmes !!! " . Je charrie à peine ! Bon, j'en remet un peu, attention, je vend la mèche...Qui du nazi ou du Yankee va atteindre le sommet ? Je vous laisse avec ce suspense insoutenable. La façon dont c'est présenté est assez grotesque. La révélation de l'idéologie parfaitement assumée de l'infâme Hein est sublime…

 J'expédie la dernière couche au sujet de l'interprétation. Les rôles secondaires sont solides et leurs interprètes aussi, sauf un que je ne nommerais pas pour ne pas faire de peine à la famille de Claude Rains car cet excellent acteur a été maintes fois mieux inspiré. Dans le rôle du grand blond avec des chaussures de marche, Bridges est caricatural. Glenn Ford, que j'aime beaucoup, est comme à 4 ou 5 reprises au cour de sa carrière (pour ceux que j'ai vu) pour le moins peu inspiré. Il nous le fait brave américain cool et pas compliqué. C'est un jeune homme naïf et amoureux qui affiche un sourire perpétuel presque agaçant. Son numéro de charme et de coolitude est en tout cas plutôt maladroit et complètement décalé par rapport au sujet du film... mais il finira tout de même par s'assombrir en raison des noirs desseins de Hein. Décevant…Il reste Alida Valli. C'est le seul "vrai" personnage du film. Grave, touchante, déterminé…et vrai…Ettttt très belle !

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Mise en scène poussive, enjeux pas passionnants, suspense inexistant, interprétations inégales...il reste les magnifiques paysages de haute-montagne mais plutôt que de regarder ce film facultatif, vaut mieux louer un gite dans le parc de la Vanoise.  

Tetzlaff, qui était un très bon directeur de la photographie -il a terminé cette 1ère carrière avec Les enchainés- a réalisé 16 films dont le meilleur est peut-être Une incroyable histoire (The window) avec Bobby Driscoll qui jouait le gosse livré à lui même et pourchassé par ses voisins assassins. Le casting adulte réunissait Paul Stewart, Ruth Roman, Arthur Kennedy et Barbara Hale (DVD zone 2 dans la collection rko). Si ce film là est brillant, les autres membres de la famille polars/thrillers sont présentables. A Dangerous  Profession avec George Raft, Ella Raines et Pat O'Brien ; Riffraff avec O'Brien et Anne Jeffreys ; Johnny Allegro (L'homme de main) avec George Raft et Nina Foch et surtout Under the Gun avec Richard Conte, Audrey Totter et John McIntire. Le thriller Time Bomb (5 h de terreur) avec à nouveau Glenn Ford est quant à lui très dispensable.