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 Réalisation : Henry King / Production Frank P. Rosenberg (Twentieth Century Fox) / Scénario : Ivan Goff et Ben Roberts / Image : Leon Shamroy / Musique : Bernard Herrmann

 Avec Tyrone Power (Le capitaine Alan King), Terry Moore (Susan Maitland), Michael Rennie (Le général Maitland), John Justin (Le Lieutenant Heath), Guy Rolfe (Karram Khan)

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En 1857, un officier britannique, le capitaine King est muté dans un fort proche de la ville de Peshawar en Inde. Lorsque certains officiers découvrent que King est un métis dont le père était un officier britannique et la mère une indienne musulmane, ils le repoussent plus ou moins discrètement, l'excluant du cercle des officiers. Après la mort de ses parents tués au cours de la dernière grande révolte indienne 25 ans plus tôt,  King avait même passé son enfance à Peshawar et avait été élevé par Hamid Bara,  un notable musulman. De retour dans la région, Il recherche ce père adoptif, le retrouve et apprend ainsi que le fils d'hamid et par conséquent son presque demi-frère se fait appeler désormais Khurram Khan, qu'il a pris la tête de la révolte contre l'occupant britannique dans la région et qu'il occupe avec ses hommes un tertre réputé imprenable. Ravivée par l'action souterraine des mollahs, une révolte générale de tout le pays se prépare. Des attaques sporadiques ont lieu et une patrouille est même capturée par les hommes de Khurram Kahn. Le capitaine King obtient alors l'autorisation de se rendre seul à la rencontre de son vieil ami…

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 Un remake du premier film parlant de John Ford, The Black Watch, réalisé en 1929. C'est l'un des rares films qui évoquent la première guerre d'indépendance indienne de 1857-1859. Dans les développements de l'histoire, on suivra les péripéties en partie historique  d'un aspect de cette révolte, celle des soldats indigènes, les Cipayes, ici ceux de la fameuse Khyber Rifles du titre américain (que l'on peut interpréter comme un jeu de mot un peu ironique). Ces supplétifs étaient chargés notamment de surveiller la Khyber Pass ou s'étaient réfugiée des rebelles indiens (Dans le film d'Henry King, Khurram Khan et ses hommes). La mutinerie des cipayes a été déclenché au moment de l'arrivée en Inde d'une nouvelle arme, le fusil Endfield  pour laquelle les soldats devait déchirer les cartouches en papier avec les dents pour mettre la poudre dans le canon avant d’y introduire la balle ; cette cartouche étant lubrifiée avec du suif (graisse de porc ou de bœuf), le procédé fut jugé inacceptable par les hindous et les musulmans qui refusèrent de se servir de cette arme nouvelle et se retournèrent même contre l'occupant anglais, s'estimant victime de provocations et de vexations de leur part. Cependant, quelques officiers gagnèrent semble t'il la sympathie de leurs supplétifs. C'est sans doute l'un de ces personnages "historiques" qui a inspiré le personnage du capitaine King dans le roman de Talbot Mundy puis dans les adaptations cinématographiques de John Ford puis de Henry King.  Les évènements décrits plus haut sont tous relatés dans le film d'Henry King mais récupérés et remis à la sauce Hollywoodienne pour montrer une "réalité" acceptable par le public anglais car cette première grande révolte indienne qui impliqua aussi la noblesse et bien sûr la paysannerie se termina dans un bain de sang et fit entre 500 000 et 1 000 000 de morts coté indien. La "révision" que propose le film entraina l'interdiction du film en Inde. 

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Les actes douteux ou tout au moins discutables du capitaine King que l'on verra dans la deuxième partie du film qui appartient presque totalement au film d'aventure et au film de guerre s'explique sans doute par ce qui est montré dans la première partie du film, l'arrivée de King dans la garnison et le racisme qu'il subissait de la part des autres officiers.  Très vite cet aspect était intégré et même noyé dans l'intrigue amoureuse. Le problème de discrimination raciale se déplaçait donc lorsque Susan, la fille du général commandant la garnison tombait amoureuse du capitaine King. Le général Maitland semble d'abord appuyer King lorsqu'il constate la mise à l'écart de l'officier par ses collègues mais cet appui connaitra quelques limites quand il s'apercevra que l'amour éprouvé par sa fille est plus qu'une simple amourette. Comme souvent avec ce metteur en scène, même lorsqu'il est relativement peu inspiré, c'est visuellement que l'on trouve toujours plaisir à le suivre. Les rencontres obligatoirement discrètes entre Susan et King sont filmées de manière absolument sublime, notamment une longue séquence nocturne au cours de laquelle, en marge du bal dont l'accès a été refusé à King  car en tant que métis il n'a pas le droit de rentrer dans le cercle des officiers ni de les fréquenter en dehors du service, Susan quitte le bal, rejoint King sur une terrasse discrète ou ils improvisent un merveilleux bal à deux visuellement splendide.  Cette séquence est encore prolongée par une autre rencontre secrète dans le désert puis dans les ruines d'un temple abandonné au sable. C'est la scène qui fournit d'ailleurs la transition entre la romance contrariée et le film de guerre car ils sont attaqués par des rebelles indiens au cours de cette escapade amoureuse.

 

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A partir de là, çà se gâte une peu, en tout cas si l'on considère qu'une vérité historique un peu trop "violée" est un critère valable pour moins estimer le spectacle que l'on regarde car visuellement encore une fois, on n'est pas déçu. Pour moi (malheureusement) parfois la morale véhiculée par un personnage et d'une manière plus générale, par le film lui même compte un peu pour le juger, or ici la morale du capitaine King est douteuse et je pense qu'Henry King épouse son point de vue. On peut interpréter les actes du capitaine King au cours de la seconde partie du film comme une manière d'être enfin reconnu comme un "vrai" britannique. Bien que rejeté par les anglais, ou pour cette raison, il espère sans doute par sa bravoure, par une forme de trahison et par le sacrifice d'une part de lui-même, obtenir son brevet de britannique en massacrant ses "semblables". Intéressant mais un peu ambiguë pour ne pas dire gênant…surtout que Henry King et ses scénaristes utilisent pour montrer cette évolution, des évènements qui trahissent la vérité historique. On voit ainsi  le capitaine King menacer ses supplétifs lorsque ceux ci -informés de la présence de porc dans les amorces des fusils- refusent de se servir de leurs armes, mais malgré tout, à force de menaces et de persuasion, ils finissent par céder et il obtient leur collaboration dans le massacre de leurs "frères". Or, les auxiliaires Cipayes qui suivent l'officier britannique et l'appuie contre les rebelles indiens, si cela donne de formidables séquences d'attaque nocturne, c'est historiquement faux. Cela dit, j'ai parfaitement conscience que l'on peut éprouver beaucoup de plaisir au visionnage de ce film en se moquant éperdument des réserves que je pose, surtout que certains pourront considérer que King agit simplement en fonction de son devoir et que les rebelles Indiens ont bien cherché ce qui leur arrivent. Je parlais de grande histoire, or, on regarde aussi les films en trimbalant la notre, la petite...

 

Photo sublime de Leon Shamroy. Musique très Herrmanienne de Bernard. Passé à la télévision chez nous. En 1954, Lazlo Benedek a réalisé un film intitulé La révolte des Cipayes (Bengal Brigade) mais ce film n'évoque pas du tout les mêmes évènements mais une révolte qui eu lieu à la fin du 19ème siècle. On y retrouvait Rock Hudson et Arlene Dahl. Ce film a aussi été diffusé à la tv chez nous, à priori seulement en vf.