Untamed 1

Réalisation : Henry King / Production William A. Bacher, Bert E. Friedlob, Gerd Oswald (Twentieth Century Fox) / Scénario : Michael Blankfort, Frank Fenton et Talbot Jennings / adaptation de William A. Bacher d'après un roman de Helga Moray  / Image : Leo Tover / Musique : Frank Waxman

 Avec Tyrone Power (Paul Van Riebeck), Susan Hayward (Katie O'Neill Kildare), Richard Egan (Kurt Hout), Agnes Moorehead (Aggie), Rita Moreno (Julia), John Justin (Shawn Kildare), Hope Emerson (Maria), Brad Dexter (Lt. Christian)

 Paul Van Riebeck, un citoyen sud-africain d'origine hollandaise, séjourne en Irlande pour y acheter des chevaux. Il semble d'abord ignorer la fille de ses hôtes, Kathie O'Neal qui est tombée amoureuse de lui mais peu avant son retour ils deviennent finalement amants. Paul refuse néanmoins que Kathie quitte son pays pour lui car il ne souhaite pas perdre sa liberté pour une femme. Il lui avoue ses ambitions politiques. Dans son pays, il a pris la tête d'une rébellion d'immigrants d'origine néerlandaise rêvant de l'indépendance de leur territoire et c'est pour le moment le seul but de sa vie. Il repart donc seul. Dans les années qui suivent, la maladie de la pomme de terre s'étend à toute l'Irlande, entrainant de terribles famines et provoquant l'émigration de millions d'irlandais. Kathie décide elle même de partir pour l'Afrique du Sud avec son mari et leur premier enfant. A peine descendus du bateau, ils se joignent à un groupe d'immigrants de toutes origines qui prennent le chemin d'une région sauvage du nord du pays ou l'on donne de la terre aux nouveaux arrivants mais c'est aussi un territoire en guerre. Paul Van Riebeck et ses commandos  s'y battent toujours contre les zoulous et les anglais. La caravane commandée par le guide Kurt Hout se met en route vers les territoires du nord situés à 1500 km de là mais le parcours est semé d'embuches…

 

Un film construit en plusieurs parties. Un préambule Irlandais de 10 minutes, puis le parcours d'une caravane d'immigrants en territoire hostile -et donc un western africain- pendant  40 minutes et enfin l'arrivée en terre promise et une romance impliquant les 3 personnages principaux avec pour toile de fond la guerre menée par les hollandais pour tenter de constituer un état libre. Le film est excellent jusqu'à cette dernière partie qui est selon moi assez pénible mais avant çà, le film était au minimum très divertissant. Nombreux sont les films à avoir montrés les accidents et incidents divers de LA caravane de pionniers en route pour le territoire libre dans lequel tout est à construire. Heu, libre ? Pas tout à fait…D'ailleurs les zoulous tiennent le rôle tenu par les indiens dans le Western mais Henry King se contente d'une très longue séquence magnifiquement filmée :  l'attaque de la caravane par des milliers de Zoulous. Du western, on retrouve même à l'identique des scènes entières vues 50 fois : l'attaque des autochtones est imminente alors on met les charriots en cercle et on attend.  Les lances, les peaux de félins et les plumes d'autruche remplaçant simplement les flèches, les peaux de bison et les plumes d'aigle. Visuellement tout ceci est splendide. Henry King prend son temps pour filmer l'attente et  les préparatifs du combat et filme dans de longs panoramiques  les danses de guerre exécutées par les milliers de figurants  parés de leurs plus beaux habits sur fond de percussions africaines. On a même droit à l'arrivée de la cavalerie, les soldats en bleu étant remplacés ici par Van Riebeck et ses mercenaires hollandais. Il arrive d'ailleurs au bon moment car au cours de l'attaque le mari de Kathie trouve opportunément la mort...mais il trouve aussi un rival car Kurt, le chef de l'expédition a lui aussi des vues sur son ancienne maitresse. C'est selon moi le début du désastre et la bascule navrante du récit…

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On apprend peu de choses par la suite mis à part que l'homme d'action trouve sans doute quelques avantages à partager la vie d'une femme mais que forcément, séparé de ses copains, il s'étiole et mollit (surtout de la tête). Van Riebeck finit par reprendre le combat et comme on le sait, la nature (des femmes) ayant horreur du vide, il est vite remplacé par le rival ( Kurt Hout/Richard Egan) qui attendait son heure malgré la jalousie de sa compagne (Julia/Rita Moreno). Tout du moins c'est ce que Kurt espère. C'est le début de ce que j'appelle les Susan Hayward's Specials. Quand Kurt réapparaît opportunément juste après que Paul se soit remis sur le sentier de la guerre, regardant les champs cultivés par Van Riebeck, il lance devant Kathie : "Moi…Je laboure beaucoup mieux que çà  !!! ". Mais Kurt, c'est pas qu'un gros vantard, il passe aux actes avant même d'avoir obtenu la récompense attendue. Il se met effectivement au travail, défriche, plante et laboure (la terre)  mais fini par craquer le pauvre. Il n'en peut plus d'un arbre énorme planté au milieu de la propriété. Il prétend que c'est l'ombre de cet arbre qui gêne les cultures qui lui pose problème mais en réalité, c'est surtout l'ombre de Paul van Riebeck qui continue de le préoccuper. Cette arbre, c'est en effet celui qui symbolise l'union de Paul et Kathie, celui ou ils s'étaient embrassés  pour la 1ère fois après le retour de Paul (Henry King n'a pas osé filmer la suite), alors Kurt n'en peut plus et veut abattre cet arbre. Un soir de tempête,  il s'arme d'une hache et commence à attaquer le tronc. Kathie s'enchaine à l'arbre alors que l'orage éclate et Kurt, le visage inondé de pluie, lui lance : "J'ai débroussaillé la savane pour vous et lui, je le déracinerais de votre coeur ! ". Comme le ferait un chevelu de Notre Dame des Landes, elle se lie alors à l'arbre pour le protéger, enlace malgré tout Kurt pour finalement une nouvelle fois se refuser à lui. Rien que de raconter çà, j'en ai encore des frissons ( il y a bien encore un coup de théâtre mais je ne veux pas tout gâcher). 

Tout le reste est dans cet esprit, il y a sans doute des clients, on aura compris que je ne le suis pas tellement. Je signale tout de même aux plus téméraires qu'on assiste encore par la suite à plusieurs chassé-croisés amoureux avec moults rebondissements bouleversants (paternité caché, handicap, meurtre ). Bref, un territoire idéal pour Susan Hayward qui devait exiger par contrat de pouvoir au moins une fois, se rouler par terre de rage/éclater en sanglot…ou alors : "George, si à la suite d'un accident je devenais paralysée, il faudrait que je remarche avant la fin " (chose vue mais pas dans Untamed).  Bref, la dernière demi-heure est selon moi pour le moins pénible. Bilan : Un début prometteur. On pense que l'on va nous parler un peu d'histoire et de politique -à la Californienne bien sûr- mais quand même un peu plus que ce qui nous attend. Il en reste une  histoire qui tendrait à prouver que les (vrais) sud-africains ont eu raison de pratiquer l'apartheid car ces zoulous sont vraiment des sauvages et Nelson Mandela n'était que l'arbre (l'olivier) qui cachait la forêt (de broussaille). Plus sérieusement, ces questions la ne sont évidemment pas abordées, de même que le contexte politique est une toile de fond et même un tout petit alibi pour montrer une romance sur fond de beaux paysages. Tournage en Afrique du sud donc pas ou peu de transparences (Merci pour tout Henry). Diffusé à la TV chez nous.