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Réalisation : James P. Hogan / Production : Lucien Hubbard (Paramount) / Scénario : Bertram Millhauser d'après le roman de Robert Louis Stevenson et Lloyd Osbourne / Photographie : Ray Rennahan et Leo Tover / Musique : Victor Young

 Avec Oscar Homolka (Le capitaine Jakob Thorbecke) / Frances Farmer (Faith Wishart) / Ray Milland (Robert Herrick) / Barry Fitzgerald (Huish) / Lloyd Nolan (Attwater)

En 1890, sur Tehua, une ile du Pacifique, 3 aventuriers désoeuvrés trouvent enfin un emploi imprévu. Ils se voient proposer de convoyer jusqu'en Australie un bateau américain sur lequel s'était déclarée une épidémie de variole qui avait décimé tout l'équipage afin que bateau et cargaison soient détruits. Lorsque l'un d'eux s'aperçoit que la cargaison était constituée de Champagne, ils décident de se dérouter et de rejoindre le Pérou afin d'y écouler la marchandise. En cours de route, Faith la fille de l'ex capitaine décédé au cours de l'épidémie sort de la cachette ou elle s'était dissimulée avec quelques rescapés et tente de reprendre les commandes du navire, en vain... 

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Le voilier maudit était la 3ème adaptation d'un court roman co-écrit par Robert Louis Stevenson, The Ebb Tide : A Trio and Quartette, édité en français sous le titre Le creux de la vague. Il y avait déjà eu deux versions muettes en 1915 puis 1922 et ce roman sera encore adapté en 1947 sous le titre L'ile aux serpents (Adventure Island), un film réalisé par Sam Newfield avec Rory Calhoun, Rhonda Fleming et Paul Kelly. L'affiche française annonçait couleur…On l'a. Ce film est effectivement le 1er film d'aventures maritimes en Technicolor comme l'était Les hommes volants de William Wellman, évoqué quelques pages en arrière, pour le cinéma d'aviation. Enfin…pour ce qui est du dépaysement, la Paramount a tout de même grugé et malheureusement ça se voit. Le village des mers du sud ou débute l'intrigue avait été reconstitué sur l'ile de Santa Catalina en Californie avec végétation tropicale importée de Hawai et poissons exotiques de Polynésie française. Le village du fou mystique (voir plus loin) ayant lui été crée au Paramount Ranch près de Malibu. Ce film très inégal présente au moins un intérêt "vital" : ce fut le seul film en couleurs tourné par la sublime Frances Farmer. Il faut bien dire qu'elle n'est pas, une fois de plus, très gâtée par son rôle qui ne présente qu'un mince intérêt (et au vu de son implication, elle devait le savoir), aussi on doit bien se contenter du minimum. Quelques robes (dues à Edith Head), une sortie de l'eau en sarong  qui va même subjuguer le fou de dieu incarné par Lloyd Nolan et quelques scènes avec Ray Milland ne sont pas mauvaises mais elles auraient été encore bien meilleures si le film n'avait pas été écrit avec les pieds et dirigés par quelqu'un qui avait semble t'il (j'ai vu très peu de films) un vrai sens visuel mais qui n'était pas jusqu'à preuve du contraire un grand directeur d'acteurs.    

L'autrichien Oscar Homolka dans son 1er film américain est le seul qui assume pleinement son rôle même si son jeu très expressif et grimaçant a un peu vieilli. Sans être le méchant de service du film de marins, il est au moins des trois amis le plus sombre et le moins scrupuleux…et surtout comme comédien le plus juste et le plus en phase avec le genre. A regarder le générique aujourd'hui, on n'imagine pas que c'était lui la tête d'affiche mais pourtant Il l'est, surtout en tant que capitaine de l'équipage car en temps de présence sur l'écran, les 3 têtes d'affiche sont presque également servies. On voit donc presque autant le petit Barry Fitzgerald (Huish) qui n'a pas été du tout dirigé et qui bât des records de cabotinage. Il est énorme en bon copain alcoolique, grimaçant, titubant, se cassant la gueule à plusieurs reprises ; bref, c'est le bouffon du trio…J'aime bien cet acteur de toute façon "excentrique" de par sa présence physique et son jeu mais là c'est quand même beaucoup. Ray Milland (Robert Herrick) est lui assez effacé et me semble même décevant et presque niais en jeune premier de film d'aventures…pourtant plus le film avance, plus il occupe l'écran avec Frances Farmer (car forcément…)    

Il y avait pourtant beaucoup de choses intéressantes dans ces personnages aux motivations plus ou moins douteuses et médiocres et tous plus ou moins attirés par le mal. Les trois aventuriers, ex marins, occasionnellement pilleurs d'épaves, emmenés par Jakob Thorbecke, le capitaine d'origine allemande qui aussitôt embauché avait pris pour l'épauler ses deux amis les expatriés anglais Robert Herrick et Huish, vont se disputer un temps au sujet de la cargaison du navire…mais pour la seule raison qu'ils sont diversement malhonnêtes. Ainsi, avant et surtout après la découverte  des passagers clandestins, tous gênants compte tenu des projets des 3 amis, la dissension va régner un temps à bord entre les 3 hommes, d'autant plus que la fille de l'ancien capitaine du navire va commencer à plaire au jeune Robert. Elle va toutefois se refuser à lui lorsqu'elle comprendra que le jeune anglais veut rester loyal vis à vis de ses amis qui passent leur temps de leur coté à vider les bouteilles de Champagne qui constitue la cargaison…Mais pas toute la cargaison car on apprendra en cours de route que même le défunt père de Faith n'était pas plus recommandable que les compagnons de voyage de sa scrupuleuse fille… 

C'est un violent typhon qui va définitivement décider de leur sort. Ce typhon (nous réveille si on dormait) et surtout donne une longue séquence extrêmement spectaculaire et bien dirigée (je soupçonne une aide extérieure). La violente tempête lave t'elle les hommes de tous leurs vices ? …et bien non. Obligés d'accoster d'urgence afin de réparer le navire et de faire des provisions, les marins arrivent au large d'une ile qu'ils croient déserte mais qui est en réalité habitée par une poignée d'autochtones gouvernée par un fou mystique armé d'une bible et d'une winchester (on est jamais trop prudent) qui se comporte en despote pas éclairé de son ile minuscule, régnant sur quelques indigènes qui le prennent pour un dieu. Accessoirement, il est aussi assis sur une fortune en perles, celles pêchées par ses "esclaves". Or, on sait que la convoitise est un péché…Lloyd Nolan est assez surprenant et assez fin dans un rôle de fanatique religieux qui pouvait faire peur…mais je pense que l'on peut trouver ce personnage grotesque. Ce qui est sûr, c'est que le dénouement est filmé avec les pieds, Hogan ne sachant manifestement pas filmer les scènes d'action. Il n'est pas le seul à avoir tenté de faire du cinéma d'action en étant manifestement pas doué pour ça mais dans ce final c'est assez spectaculaire. C'est pourquoi on ne peut que regretter que le film n'ai pas été finalement confié à Henry Hathaway qui avait été pressenti pour le réaliser…Par contre, James Hogan n'a quand même pas oublié de mettre en valeur Frances Farmer. Ce n'était pas très difficile mais elle aura rarement été aussi belle que dans ce film notamment grace au Technicolor…et au climat "tropical" qui a inspiré Edith Head pour sa garde-robes (et ça se dit cinéphile)

 

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