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Avec Carroll Baker ( Mary Ann Robinson), Ralph Meeker ( Mike), MIldred Dunnock (La mère), Jean Stapleton (Shirley Johnson), Martin Kosleck (Landford), Clifton James (Le détective)

Mary Ann rentre chez elle après une journée de cours à l'université. Alors qu'elle traverse un parc, elle est agressée par un homme, jetée à terre et violée. Traumatisée et bouleversée, elle est incapable de surmonter cette épreuve. Après une période de mutisme presque total, elle quitte brusquement sa famille et stoppe ses études pour s'installer dans une chambre modeste, prend un travail de vendeuse et tente de démarrer une nouvelle vie. En vain. Elle se montre incapable de nouer le moindre embryon de relations sociales normales, est terrorisée et oppressée par cette jungle urbaine qui l'agresse et sombre encore plus dans une profonde dépression. Elle fini par tenter de se suicider…mais est sauvée in extremis par un jeune homme qui passait par là. Il l'attire chez lui...tente de l'agresser à son tour puis refuse de la laisser partir. Une étrange relation commence alors…

La première partie, très peu dialoguée, est un chef d'oeuvre de mise en scène. Garfein a filmé en véritables extérieurs, et au milieu de la foule -ne s'interrompant que lorsque Carrol Baker était reconnue- et cela nous donne des plans d'ensemble filmée à hauteur "d'homme", d'une héroïne seule au milieu de la foule et dans une ville de New-York écrasante et oppressante dont l'élévation nous est montrée en raison de la distance prise avec l'actrice et grâce à la profondeur de champ. Garfein montre admirablement l'errance et l'immense solitude de cette jeune femme dont tous les repères ont été perturbé par ce viol. Ses gestes semblent mécaniques et elle agit comme une somnambule, ne sortant de sa bulle que lorsqu'elle est sollicitée et aiguillonnée par l'extérieur. C'est souvent oppressant. Garfein montre ses angoisses, sa terreur même lorsqu'elle noue le moindre contact physique, notamment dans une remarquable scène dans le métro, filmée, au contraire des précédentes en plans rapprochés. Il montre aussi sa solitude et l'abandon de sa vie antérieure dans une autre séquence admirable dans laquelle on voit Mary Ann abandonner sans se retourner ses affaires scolaires sur le banc d'un jardin public. Elle fuit tout contact et ne parle presque jamais. On entend une voisine puis une collègue s'exprimer ou plutôt tenter un dialogue avec la jeune femme et surtout sa mère exprimera aussi maladroitement son inquiétude devant le mutisme et la prostration de sa fille, mais rien n'y fera. Malgré un entourage familial attentif mais impuissant et même fatiguant, le sentiment de solitude de l'héroïne est tel qu'elle ne trouvera de solution que dans la fuite puis dans la mort. Mais sa tentative de suicide échoue…

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C'est ici que commence une deuxième partie du récit qui sera un quasi-huit clos exceptionnel. Après avoir été sauvée d'une mort certaine par l'intervention d'un jeune homme alors qu'elle avait déjà enjambée un parapet sur le pont de Brooklyn, Mary Ann accepte, malgré sa méfiance et les manières abruptes du garçon, de l'accompagner à son domicile, un misérable appartement en sous-sol. Le jeune homme, un ouvrier du bâtiment, semble d'abord se mettre à son service avec un dévouement désintéressé mais très vite, au prétexte de la protéger d'elle-même, il refuse de la laisser partir. Le soir même, il sort pour s'enivrer et tente à son tour de la violer. Elle se débat et frappe le jeune homme qui s'effondre dans une mare de sang. A partir du lendemain, ayant tout oublié, malgré la répulsion de Mary Ann, il va tout faire pour se faire aimer d'elle…C'est cette rencontre de 2 solitudes effroyables, de deux laissés-pour-compte- et la relation bizarre qui s'installe entre eux que nous montre avec une puissance expressive inouïe Jack Garfein. L'ambiguité des relations pouvant se nouer entre une victime et son " bourreau " est en tout cas admirablement montrée.

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L'atmosphère à la fois hyperréaliste et de rêve ou de cauchemar dans lequel nous entraine le film a été parfaitement décrite par un critique américain : "Le film crée une impression de traumatisme. il a quelque chose de jungien, d'onirique, d'hyperréaliste. Garfein comprend la nature horrifique et féerique d'une victime flottant au-dessus de la douleur. Mary Ann veut se débarrasser de sa souffrance, elle veut flotter, et pourtant, elle est clouée dans un sous-sol. Je déteste sa séquestration, et je déteste qu'elle pense n'avoir nulle part où aller, et pourtant je prie pour que Mike la traite raisonnablement. Je culpabilise, mais je veux qu'ils s'entendent. C'est un rêve. Ou un cauchemar. Il ne me reste qu'à espérer qu'elle rencontre un jour le vrai bonheur. Pas "sauvage", mais heureuse ?..Encore une fois, un ovni troublant, déconcertant et inoubliable mais comme pour le précédent, malgré ce que pourrait laisser penser mes propos, ce n'est en rien un film expérimental. Le second -et dernier film de Garfein- a été tourné lui aussi dans un cadre et un mode de production hollywoodien. Garfein tenait a avoir Eugene Shüfftan pour la photographie et il l'a obtenu…et d'autres pointures ont participé au film, avec en premier lieu Saul Bass pour le générique et Aaron Copland pour la musique…qui est remarquable, tout comme le film. Quant aux deux acteurs principaux, ils sont tout aussi remarquables et malgré le coté délirant du scénario, on serait bien en peine de déceler dans leur interprétation les excès parfois justement reprochés aux acteurs de l'actor's Studio. Indispensable...

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