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Réalisation : Norman Taurog / Production : Ernest Cohen (Paramount) / Scénario : Waldemar Young, Benjamin Glazer et Nunnally Johnson / Photographie : Charles Lang

Avec Maurice Chevalier (René), Helen Twelvetrees (Sally), Edward Everett Horton (Victor Dubois), Baby LeRoy (Monsieur Baby), Adrienne Ames (Paulette de l'Enclos), Earle Foxe (Max de L'Enclos), Gertrude Michael (Louise), Betty Lorraine (Suzanne)

René revient à Paris après un long voyage en Afrique. Apprenant de son chauffeur que Louise, sa fiancée, n'est pas encore au courant de son retour, il s'assure de son silence et cherche dans son carnet d'adresse la parfaite candidate pour un rendez-vous amoureux, puis, lors du trajet vers son appartement, il demande à son chauffeur de stopper à plusieurs reprises pour fixer d'autres rendez-vous galants qu'il fixe pour différentes heures de la nuit. Il ignore qu'à la gare, un couple sans argent passant devant sa luxueuse décapotable y avait déposé un bébé sur le siège arrière. L'enfant est découvert par le chauffeur au milieu des bagages qu'il s'apprêtait à remonter. René veut d'abord se débarrasser de ce cadeau encombrant mais il découvre que l'enfant pourrait être de lui et se prend de toute façon très vite d'affection pour lui. Il va même lui consacrer l'essentiel de son temps, ce qui va fâcher beaucoup de dames de son entourage…

 

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Un véhicule fabriqué sur mesure pour le grand Maurice qui s'en donne à coeur joie, tellement même que ceux qui renâclent à ses numéros de séducteur jovial devrait l'éviter car il est omniprésent et en fait vraiment beaucoup dans celui là. Il interprète un aristocrate playboy parisien (Non ? Bah si, pourquoi ?) couvert de femmes. Il chante 4 chansons mais il s'agit bien d'une comédie et pas d'une opérette. Pour être honnête, si lui même est largement à la hauteur de sa réputation et s'il est entouré par quelques jolies dames, on a déjà vu mieux avant chez Lubitsch ou Mamoulian. Mais le thème du bébé qui vient bouleverser la vie d'un grand séducteur et lui apprendre le sens des responsabilités est bien tenu et le fameux bébé, "interprété" avec un naturel confondant (hum…) par Baby LeRoy, était très cabotin pour son âge. Pour l'anecdote, il s'agissait de son premier film mais il fut plus tard le gosse qui faisait le malheur de W.C Fields dans 3 films dont l'excellent The Old Fashioned Way. Et enfin, cerise sur le gâteau, le majordome de Maurice est interprété par Edward Everett Horton…et ça n'a pas de prix.

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Les scènes d'ouverture sont toutes excellentes et fleurent bon le pré-code. Un chef de train parcourt un wagon et annonce : Paris, gare de Lyon, avec un accent english aussi prononcé que l'accent français de Maurice qui lui répond mais qu'on ne voit pas. Durant toute la descente du train et sur le quai jusqu'à ce qu'il atteigne son chauffeur, on ne voit qu'un canotier virevoltant au bout d'une canne. Puis, 10 secondes après son apparition, il se retourne sur une femme et prend un air canaille, avant de heurter par maladresse une autre femme penchée en avant, de s'excuser et de répondre à son chauffeur qui manifestement pensait qu'il avait volontairement heurté la femme pour faire sa connaissance : "Ah non, André, tout ceci est terminé. Le mariage ! ", tout en désignant du regard le postérieur de la jeune inconnue. Quelques instant plus tard, on le retrouve prenant un RDV pour le soir même à 10 h avec une 1ère femme, Paulette de l'enclos, une de ses anciennes maitresses (dont on va découvrir plus tard qu'elle est la femme d'un de ses amis, ce qu'il ignore), puis sur le chemin de son appartement, un second pour minuit avec Suzanne, une fleuriste (on va découvrir qu'elle est aussi la femme d'un proche, de son majordome, ce qu'il ignore la aussi), puis pour 1 h avec Gabrielle, une artiste de music-hall…Bref, un bon programme, sauf qu'il ne va pouvoir honorer aucun de ces RDV parce qu'il va se retrouver entre temps avec un bébé sur les bras.

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Son premier réflexe quant il apprend qu'il se retrouve avec un enfant sur les bras ? Appeler la police. Débarrassez moi de ça ! mais il s'interrompt quand son majordome (interprété par l'immense Edward Everett Horton. Quoi je l'ai déjà dit ?) fait une stupéfiante découverte car, voyant la lèvre inférieure du bébé légèrement proéminente et pendante, il en conclu que l'enfant ne peut être que de son maitre ce qui jète le trouble chez René. Après les scènes amusantes mais un peu longues où dans la glace on se cherche des ressemblances avec la "chose", on passe à la recherche de la coupable. Un petit calcul : le bébé semble avoir environ un an + 9 mois = Pauline, Huguette, Simone ? Les agendas aussi soigneusement conservés que le carnet d'adresses doit fournir la réponse mais malheureusement le nombre des candidates possibles est bien trop important pour trouver une solution de ce coté là. Alors en attendant mieux, René décide de garder l'enfant plutôt que de le voir intégrer une institution pour orphelin ou il pourrait être maltraité puisque c'est ce que laisse entendre le policier qui se présente à l'appartement. On s'organise donc. Une nouvelle femme arrive dans l'entourage de René, Sally, la jolie nurse américaine qui va se charger de l'enfant.

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On retrouve aussi bien entendu les 3 femmes entrevues dans le prologue…avec parfois leurs époux dont Max, le très jaloux, suspicieux (et crétin) nouveau mari de Paulette. On découvre donc que la fleuriste Suzanne est la femme de Victor, le fidèle majordome de René (Il apprend qu'il est cocu alors qu'il s'apprêtait à raser son employeur avec un bon vieux rasoir coupe-chou ce qui nous donne une bonne petite scène). Si ses anciennes maitresses sont toutes plus ou moins furieuses de se voir supplanter par un bébé, Louise, sa fiancée aristo va prendre très mal la plaisanterie lorsque René va débouler au milieu d'une grande soirée mondaine avec sa suite, son valet, un bébé et sa nourrice. La pimbêche n'a absolument pas envie d'adopter l'enfant et la situation est vécu comme un scandale par Louise et son milieu très collet monté ; son père, un général en retraite insultant même le futur époux. Je passe sur les portes qui claquent, les quiproquos, les maîtresses cachées sur le balcon tandis que le mari s'inquiète de son absence, etc…

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Le bébé est d'un gag récurrent moyennement amusant : à chaque fois qu'il voit une montre, il s'en saisit et la fracasse joyeusement, voulant faire pareil avec une horloge publique. Maurice chante des chansons agréables mais assez moyennes par rapport à ses sommets chez les "grands" et elles sont un peu moins bien intégrées aux scènes de pures comédies. La meilleure séquence chantée se déroule au cours d'une promenade dans un jardin public ou il balade l'enfant dans un landau. Les filles aussi sont assez moyennes en dehors de la méconnu Helen Twelvetrees qui est la charmante nurse qui s'installe chez René avec pour fonction de s'occuper du gosse. Bilan : Si les sommets de Lubitsch (ou celui de Mamoulian) valent 9/10, celui ci vaut 7…et ce n'est déjà pas si mal. Chevalier n'était parait-il pas satisfait de ses deux derniers films tournés pour la Paramount, c'est à dire celui ci et [b]The Way to Love[/b] aussi réalisé par Norman Taurog la même année mais je le trouve sévère même si l'exigence n'est pas un vilain défaut. Cela dit, si sortant de Lubitsch, il a perçu la différence, c'est un signe de lucidité. Il s'était habitué au caviar. Pfff...un gars de Ménilmontant .

 

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