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Produit et réalisé par William A. Wellman pour Paramount / Scénario : Robert Carson / Image : W. Howard Greene / Musique : G. Carbonara et W. Franke Harling

Avec Fred MacMurray (Pat Falconer), Ray Milland (Scott Barnes), Louise Campbell (Peggy Ranson), Andy Devine (Joe Gibbs), Porter Hall (Hiram F. Jenkins)

Au tout début du 20ème siècle, le journaliste Nick Ranson, impressionné par les exploits des frères Wright, abandonne son métier de journaliste et se consacre tout entier à son rêve, parvenir à construire son propre avion. Tout en travaillant à ses machines volantes, il transmet sans le savoir son rêve à sa jeune fille Peggy ainsi qu'à 2 jeunes garçons du voisinage, Pat Falconer et Scott Brandes. Malheureusement, le jour ou il est enfin prêt, il s'écrase sous les yeux de ses proches et meurt dans l'accident. Les années passent, Peggy, Pat et Scott travaillent à leur avion et sont remarqué par un constructeur aéronautique mais à la suite d'une querelle, ils sont licenciés. Pat s'engage alors pour combattre en France dans l'aviation, il y retrouve Peggy et ils finissent même par se marier. Mais de retour au pays, il ne parvient pas à se faire à cette vie de famille et à une existence terne…Pendant ce temps, moins téméraire, Scott devient un brillant ingénieur...

C'était le premier film d'aviation en Technicolor et le 3ème film en couleurs de William Wellman après Une étoile est née et La joyeuse suicidée. On y retrouve les couleurs pastels sublimes des deux précédents, les ciels d'un bleu magnifique sont d'ailleurs un bonheur dans ce film multipliant les séquences aériennes spectaculaires qui font regretter que Wellman n'en soit pas resté là, ou plutôt qu'il n'ai pas mieux intégré et imbriqué la vie privée des héros à leurs aventures car au lieu du film épique auquel on s'attend, il met au coeur du film sans faire preuve de beaucoup d'imagination un classique triangle amoureux pas très passionnant et qui prend trop de place. La proposition de départ était très séduisante. On suit les destins croisés de deux pionniers de l'aviation imaginaires de 1907 aux années 30 et leurs relations avec Peggy, leur amie d'enfance dont les rêves du père avait susciter leurs vocations.

La première partie du film qui montre l'enfance des principaux personnages est d'ailleurs la plus réussie. Les scènes proposant une illustration de l'état d'esprit qui habitait les pionniers de l'aviation malgré la pauvreté de leurs moyens sont remarquables. Pendant que le père Ranson prépare son avion, les enfants jouent déjà à des jeux dangereux. Peggy est incitée par les deux garçons a monter dans un grand cerf volant de leur fabrication et elle s'envole dans les airs avant de s'écraser dans un arbre mais l'accident est finalement sans gravité. C'est donc Peggy qui sera la première de la famille a voler…et les jeux d'enfant se terminent mieux que ceux des adultes car la vol inaugural, le premier essai de Nick Ranson lui sera malheureusement fatal. Cette scène est d'ailleurs une des plus belles et des plus spectaculaires séquences d'aviation que j'ai jamais vu, malheureusement comme je l'ai annoncé plus haut, çà se gâte assez vite et au lieu d'avoir le grand film épique attendu, on assiste surtout à une romance peu excitante entre les 3 principaux personnages entrecoupé de scènes d'aviation certes spectaculaires mais qui semblent plaquées dans un récit sans direction.

C'est le problème principal de ce film dont le scénariste n'a pas su imbriquer la vie privée et la vie professionnelle des héros ce qui fait que l'on passe d'un univers à un autre sans percevoir de continuité et d'unité dans le récit. Il suffisait de pas grand chose : donner à l'héroïne un rôle plus actif. L'interprétation de l'inconnue (de moi) Louise Campbell est assez terne mais elle n'est pas aidée par le scénario qui fait d'elle une jolie potiche dans le style 1900. Elle aussi est pourtant montrée comme une passionnée d'aviation mais elle est tenue totalement dans l'ombre "professionnelle" des deux autres personnages principaux et n'est vraiment là qu'en temps qu'objet de leur rivalité muette. C'est peut-être le liant qui manque à ce film. Autre soucis mais de moindre importance, l'interprétation des deux autres principaux protagonistes, Ray Milland et Fred MacMurray. Elle est assez vigoureuse mais les deux jeunots sont tout de même un peu "légers" pour de tels rôles assez éloignés de ceux qu'on leur donnaient à l'époque, cad à quelques exceptions près, plutôt des comédies. Dans ce registre du film d'action, ils sont en tout cas moins convaincants que par exemple les vedettes d'un autre film d'aventures avec option vieux coucous sorti la même année, Pilote d'essai (Test Pilot) de Victor Fleming. Il faut dire qu'ils se nommaient Clark Gable et Spencer Tracy !

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Le scénariste a en revanche eu l'heureuse idée de répartir les personnalités et leurs actes de manière surprenante et paradoxale. Les deux héros représentent deux types d'homme assez bien caractérisés et complémentaires. D'un coté, on a Pat (MacMurray), l'aventurier, la tête brulée qui s'engagera dans tous les conflits du début du 20ème siècle…et qui séduira Peggy mais par un accident de l'histoire plus qu'en raison d'une plus grande proximité puisque si Peggy Choisit Pat c'est parce qu'ils se retrouvent "par hasard" en France après qu'ils se soient engagés dans le premier conflit mondial, l'un comme pilote, l'autre comme ambulancière. De l'autre coté, on a l'intellectuel, le concepteur. Même s'il devient pilote d'essai pendant la 1ère guerre (mais il reste au USA), puis un des premiers pilotes de l'aéropostale, Scott (Milland) est avant tout un organisateur, un concepteur et il deviendra un brillant ingénieur. Il est évident que Scott est lui aussi très amoureux de Peggy. Bien qu'elle choisisse Pat cela ne brise pas les sentiments d'amitié qui lient les trois amis d'enfance unis par une même passion. Par contre, si on suit la romance contrariée avec un peu d'intérêt, surtout après que Pat délaisse le foyer familial pour s'engager dans une vie aventureuse, on s'ennuie parfois ferme devant d'autres évènements privés mêlant les drames (la mort de la mère de Peggy), les évènements heureux (une naissance)… aux grands événements historiques que l'on suit en toile de fond et surtout dans lesquels s'engagent les héros du film, en premier lieu Pat… On verra rien de moins que : La première guerre mondiale, la première traversée de l'Atlantique, la guerre d'Espagne et pour finir la guerre sino-japonnaise.

Bilan : un film un peu décevant..dont je m'étais sans doute fait un film trop beau avant de le voir et comme il arrive parfois, quand on attend trop d'un film on est déçu. Alors comme souvent également, à chaud j'ai peut-être eu tendance en raison de ma déception relative à juger sévèrement ce film mais il n'en reste pas moins que ce sujet est traité avec un manque de souffle qui me parait évident. Reste le superbe Technicolor, des séquences aériennes souvent très spectaculaires et qui avaient mobilisé tout ce que Hollywood (ses cascadeurs) et les show aériens comptaient comme vedettes à l'époque. Wellman avait même pas mal de rab puisqu'il parait qu'il a réemployé des stock shots de Men with Wings pour son dernier film d'aviation -et même son dernier film tout court- Lafayette Escadrille dans lequel il racontait l'engagement de jeunes américains dans l'aviation au cours de la première guerre mondiale, un récit en partie autobiographique lui aussi un peu décevant.

En dehors de ces deux films d'aviation, William Wellman en a tourné bien d'autres et il est probablement le recordman du monde dans ce sous genre du cinéma d'action qui peut tenir du film d'aventure ou du film de guerre. Il a produit les deux. Il y en a deux que je n'ai toujours pas vu mais, à ce jour, des 6 que je connais, en dehors éventuellement du premier Les ailes (Wings), aucun des films d'aviation de Wellman ne vaut les meilleurs films d'action du réalisateur qui aura donné des chefs d'oeuvre dans le western (L'étrange incident, La ville abandonnée, Convoi de femmes), de très bons films d'aventure (L'appel de la forêt, Beau Geste) et 2 très grands films de guerre (Les forçats de la gloire, Bastogne). L'aviation étant pour lui une passion (et comme je l'ai dit plus haut il avait même été pilote de chasse durant la première guerre mondiale) alors ces échecs relatifs sont un peu surprenants. Preuve qu'il ne suffit pas d'éprouver un grand intérêt pour un sujet pour y être bon.

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Anecdotes : dans les seconds rôles, un rigolo (le seul du film) est incarné par l'habitué Andy Devine. Le rôle de Pat Falconer enfant (âgé de 10 ans) est interprété par un tout jeune Donald O'Connor âgé de 12 ans.