NONE SHALL ESCAPE. Andre de Toth. 1944

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Production : Columbia (Samuel Bischoff)

Scénario : Lester Cole

Dir. de la ph : Lee Grames 

Avec Alexander Knox (Wilhelm Grimm), Marsha Hunt (Marja), Henry Travers (Le père Warecki), Erik Rolf (Karl Grimm), Richard Crane (Willie Grimm)

Wilhelm Grimm, le commissaire du IIIème Reich d'une région de Pologne vient d'être arrêté et son procès débute. 3 témoins sont cités à comparaitre : Le prêtre d'une petite commune de Pologne. Karl, le propre frère de Grimm et Marja, son ex-fiancée. Commence alors 3 longs flashback qui montreront le parcours du nazi. Le père Warecki tout d'abord commence par raconter le retour de Grimm au village en 1919. C'était un instituteur allemand installé en Pologne et semble t'il parfaitement intégré à la petite communauté mais à l'issu de la guerre, c'est un autre homme qu'avait retrouvé sa fiancée d'alors Marja. Un homme diminué, atteint physiquement, un boiteux qui avait perdu une jambe au combat. Un homme humilié, qui était rentré très aigri par la défaite de l'Allemagne et qui déjà tenait des propos revanchards et haineux. Marja s'était alors éloignée de Grimm puis avait rapidement rompu avec lui. Quelque temps plus tard, il commettait un viol sur une de ses élèves. La jeune fille s'était suicidée bien avant le procès et Grimm n'avait pas été condamné pour manque de preuves mais la population indignée avait voulu le lyncher. Dans la confusion un jeune homme avait projeté violemment une pierre au visage de Grimm et il y avait perdu un oeil. C'est l'intervention in-extremis du prêtre et du rabbin qui lui avait sauvé la vie et leur aide lui avait permis de fuir le pays et de rentrer en Allemagne.  

Je ne rentre pas dans le détail des 2 autres témoignages. Karl, son frère, journaliste dans un quotidien socialiste, racontera ensuite le parcours de Grimm à partir du début des années 20 à Munich, la ville ou Hitler a commencé sa "carrière" politique. On assistera donc à son ascension au sein du parti nazi dans le contexte politique trouble et complexe de l'Allemagne de ces années là.  

Puis Marja, l'ancienne petite amie, racontera le retour de Grimm dans le village polonais quitté des années plus tôt, en 1939 lorsque l'Allemagne envahira la Pologne. C'est Grimm lui même, devenu un dignitaire du régime nazi et pouvait à ce titre prétendre à un poste plus prestigieux, qui avait demandé a être en poste dans ce village dans lequel il avait des comptes à régler. 

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Pour moi c'est le meilleur film de De Toth assez nettement devant les excellents PITFALL, CHASSE AU GANG et LA CHEVAUCHÉE DES BANNIS et pourtant ce n'était que son 2ème film américain et le budget ne devait pas être extraordinaire, loin s'en faut.  

1ère chose, c'était un film en avance sur son temps. Tourné en 1943, il anticipe Nuremberg et les procès des dignitaires nazi. La voix off du début nous prévient d'ailleurs que l'action se situe dans le futur. De Toth et son scénariste jugent par avance inéluctable le moment ou ces criminels de guerre devront rendre compte de leurs actes. Ensuite, ce qu'il montre de l'ascension de Grimm est tout à fait sérieux sauf pour ce qui concerne les règlements de compte familiaux dont je ne veux rien dire ici. Tout ce qui tourne notamment autour de Willie, le jeune fils de Karl Grimm est un peu en trop mais c'est un infime détail.

Très justement, il situe les prémisses du désastre à venir dès la fin de la 1ère guerre mondiale et le ressentiment des soldats vaincus. Il montre comment l'idéologie nazi est parvenu à entrainer ces hommes frustrés, abattus par la défaite et troublés par le climat politique instable des années 20. De Toth va plus loin, il va chercher chez Grimm, ce qui au coeur de l'homme pouvait attiser sa haine et en faire ainsi un parfait serviteur du Reich. C'est l'étude d'un seul personnage qui lui permet de créer aussi -au delà du contexte historique évoqué plus haut- une sorte de portrait psychologique du futur nazi. L'accumulation est peu vraisemblable mais c'était pour servir le propos :  

Grimm était ambitieux. Une ambition déçue pour celui qui (s') estimait valoir mieux que son modeste emploi d'instituteur dans un petit village polonais. Le régime nazi lui offrira une possibilité de "promotion sociale" inattendue. Il a aimé profondément une jeune femme qui l'a quitté. Frustré, il commet un viol, c'est donc un pervers sexuel. C'est aussi un opportuniste sans états d'âmes. Quand plus tard, les sympathies socialistes de sa famille pourront gêner sa carrière, il sera impitoyable. D'autre part, sa violence rentrée trouvera à s'exprimer dans les multuples exactions nazis et il tuera de sa propre main. Enfin, De Toth insiste sur la médiocrité d'autres motivations. Il montre tout simplement ces hommes tirer parti d'une situation privilégiée pour vivre mieux que le reste d'une population martyrisée. Ils prennent des places...Par opportunisme, par gout du luxe…par appât du gain. D'une certaine manière, on peut donc aussi voir dans ce film (partiellement) une sorte d'ancêtre au "Lacombe Lucien" de Louis Malle. 

Un film remarquable, bouleversant, sublime, d'autant plus impressionnant qu'il est évident qu'il a été tourné avec des moyens dérisoires. Vu en VOST. DVD obligatoire 

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