Poster - Take Care of My Little Girl_01

Réalisation : Jean Negulesco / Production : Julian Blaustein (20th Century Fox) / Scénario : Philip et Julius Epstein d'après le roman de Peggy Goodin / Image : Harry Jackson / Musique : Alfred Newman

Avec Jeanne Crain (Liz Erickson), Jeffrey Hunter (Chad Carnes), Jean Peters (Dallas Prewitt), Dale Robertson (Joe Blake), Mitzi Gaynor (Adelaide Swanson)

 

Elizabeth, une jeune fille de bonne famille, accompagnée de sa meilleure amie Janet, fait sa rentrée  dans l'université ou avaient étudié ses parents et ou ils s'étaient connu. Les deux jeunes filles rêvent toutes deux d'intégrer la Tri-U, la sororité (fraternité d'étudiantes) la plus prestigieuse de l'université et celle que rêve plus largement d'intégrer toutes les nouvelles élèves…sauf celle qu'elles découvrent dans leur résidence. Leur colocataire Adelaide Swanson semble en effet totalement indifférente et même critique vis à vis de ces institutions qu'elle juge snobs et archaïques. Durant la Rush Week, la semaine suivant l'arrivée des nouvelles venues, celle ci doivent redoubler d'effort pour être acceptées au sein des différentes fraternités d'étudiantes. Si Liz est acceptée au sein de la meilleure sororité, son amie Janet est refusée. Liz accepte néanmoins à contrecoeur d'intégrer la maison des Tri-U, provoquant indirectement le départ de Janet qui rentre chez elle et renonce à ses études. Les semaines passent, Liz rencontre deux garçons du campus voisin. Joe Blake, un étudiant très critique envers le système des fraternités et Chad Carnes, le beau gosse coureur de jupons et fêtard dont rêvent la plupart des jolies filles. Bientôt, celle qui admirait sans réserve ses "soeurs" commence à s'interroger… 

 Le film porte un regard discrètement assez virulent, sournoisement virulent dirais-je sur les fraternités d'étudiants qu'il écrase "en douceur". On est typiquement dans un produit Fox, élégant et esthétiquement irréprochable, ce qui ne l'empêche nullement d'être très critique vis à vis de ces institutions : les associations d'étudiants sans doute plus typiquement américaines que françaises. Il fustige le poids de la tradition au sein de ces "collèges" prestigieux, montrant comment on peut artificiellement perpétuer des élites consanguines. Les familles qui ont étudié dans ces mêmes institutions y envoient leurs progénitures (la mère de Liz fut une étudiante "légendaire" dont la popularité a traversé les années). Le savoir est prodigué par les anciennes élèves…devenues enseignantes et il montre comment les étudiantes des classes supérieures sont en première ligne pour veiller à la perpétuation de certains principes immuables.  Les Tri-U sisters -ces gardiennes du temple- des jeunes filles de bonnes familles un peu snobs (incarnées par Betty Lynn, Helen Wescott, Carol Brannon et Jean Peters, une des filles les plus influentes de l'école et la plus dure) dérogeront à l'éthique régissant soi-disant le recrutement des nouvelles étudiantes les plus méritantes…soi disant les plus méritantes car si officiellement ce sont des critères de sociabilité, les qualités personnelles qui rentrent en ligne de compte, c'est encore plus la bonne tête, la garde robe, le porte feuille et l'influence des parents  qui comptent au moins pour autant.  

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Une certaine solidarité au moins de façade semble néanmoins s'installer, y compris vis à vis des jeunes élèves qui ne sont pas dans le moule mais la soi disant droiture et les principes qui régissent les admissions au sein des différentes sororities est contredite par ces règles non écrites qui comptent autant que les mérites individuels. Le poids de l'histoire familiale par exemple. Des 2 jeunes filles qui déplaisent aux anciennes, Janet, l'amie d'enfance inséparable de Liz et Ruth, la jeune fille timide et terne, c'est cette dernière qui est dans un premier temps accepté en raison de son nom de famille et parce que sa mère avait été une étudiante très populaire. Dallas (Jean Peters) semblera d'abord l'aider à s'intégrer…en vain. Les tentatives maladroites de Ruth pour tenter de ressembler à ses ainées seront vaines. La timide jeune fille un peu maladroite qui s'endettera pour que sa garde robe rivalise avec celle des anciennes sera irrémédiablement rejetée…et en désespoir de cause, elle ira jusqu'à mettre sa vie en danger pour tenter de se faire accepter. 

 

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Car ce monde policé et lisse en apparence  peut se dérégler et plus gravement encore. Lorsque Liz accepte d'aider  Chad Carnes, le beau gosse de l'école a tricher à un examen de français, elle devient tout à coup beaucoup plus populaire. Juste après commence la "Hell Week" durant laquelle les anciennes donnent toutes sortes de taches plus ou moins humiliantes à exécuter aux nouvelles, ce sera véritablement le tournant pour Liz et le début d'une prise de conscience. Car il existe des moyens d'échapper à cette machine à laver les personnalités. Adelaïde, la forte personnalité justement, farouche et très ironique à l'égard des sororities n'est pas seule. Son meilleur appui se nomme  Joe Blake (Dale Robertson). C'est un étudiant plus âgé qui malgré le fait qu'il semble séduire Liz ne sera d'abord pas pris au sérieux ni écouté par celle ci lorsqu'il critiquera le système des fraternités mais l'idée fera son chemin…car une sociabilité en dehors des associations d'étudiants demeure possible malgré leur influence et les pressions qu'elles exercent.  

 

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Un mot sur les acteurs/trices. Dale Robertson dans l'esprit des concepteurs du film devait être l'intello du campus (ou le beatnik… ). S'il n'est pas plus débraillé que les autres, il est résolument indépendant et aura, comme je l'ai dit, une influence décisive sur Liz. Jeffrey Hunter fait ce qu'il savait le mieux faire : il est beau. Jean Peters qu'à priori je préfère à Jeanne Crain se fait voler la vedette par cette dernière qui est parfaite et crédible malgré son "grand âge" (et le fait qu'elle avait déjà eu à l'époque de ce tournage 3 de ses 7 enfants !) dans le rôle d'une jeune étudiante. Le film est l'adaptation d'un roman de Peggy Goodin, lui même le prolongement -et une fiction- inspiré de sa thèse de fin d'étude. Malgré le fait que l'adaptation a semble t'il un peu édulcoré le propos (dans le roman, un étudiant juif était snobé pour cette raison), le film a subit de nombreuses pressions de la part des puissantes organisations étudiantes afin qu'il ne sorte pas. Pourtant,  certains critiques de l'époque soulignaient que nulle trace de discriminations éthniques ou religieuses ne subsistaient dans le film. Visuellement, le film est sublime et le propos reste sans doute au moins pour partie d'actualité mais j'avoue que je m'y suis un peu ennuyé, peut-être que ces histoires d'étudiants branchouilles des fifties sont un peu trop éloignées de moi (mais j'ai quand même eu mon BEPC  ! )