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 Réalisation : Jean Negulesco / Production : Robert L. Jacks (20th Century Fox) / Scénario : Louis Lantz d'après le roman "Swamp Water" de Vereen Bell / Image : Edward Cronjager / Musique : Frank Waxman

 Avec Jeffrey Hunter (Ben Tyler), Jean Peters (Laurie Harper), Walter Brennan ( Jim Harper), Constance Smith (Noreen), Jack Elam (Dave Longden)

 

Malgré les mises en garde de son père, un jeune chasseur s'aventure avec son chien dans les marais d'Okefenokee dont personne n'est jamais ressorti vivant. Sa barque s'enfonce prudemment dans les canaux bordés de végétations luxuriantes  mais lorsque son chien s'échappe, il est contraint de laisser sa barque et de poursuivre à pied. Il suit les appels de la bête et tombe ainsi  sur un vieil homme et sa fille qui ont dressé un campement au milieu de la jungle. Il comprend rapidement qu'il vient de tomber sur Jim Harper, un homme qui avait jadis fuit son village en raison des accusations de meurtre qui pesait sur lui et qui était présumé mort depuis des années. Le père et la fille ne semble dans un premier temps pas décidé à le laisser partir…

 

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Ce film de Jean Negulesco reprend la trame générale du film dont il est le remake L'étang tragique (Swamp Water), l'un des films américains de Jean Renoir. Il lui est supérieur en quelques points et ne le vaut pas selon d'autres, ce qui au final s'équilibre et justifie son visionnage. 1er point : l'apport du Technicolor, le travail sur l'image et la mise en scène de Negulesco. Ce n'était que la 2ème fois, après Take Care of My Little Girl (1951) qu'il travaillait "en couleurs" et de ce point de vue la réussite est totale. On pourrait y voir  la marque de l'ancien peintre qu'il fut (dans le Montparnasse des années 20), une expérience artistique qui a du lui être profitable au cours de sa carrière de cinéaste mais il faut aussi souligner l'apport sans aucun doute déterminant du directeur de la photographie Edward Cronjager à qui l'ont doit les somptueuses images des " Pionniers de la Western Union ", du " Passage du canyon ", de " La furie du désert " (visuellement l'un des plus beaux film noir en couleurs) et du " Ciel peut attendre ", tous tournés au cours des années précédents le film de Negulesco. Les vues sur les paysages marécageux tournées sur place dans le  Okefenokee Swamp Park entre Georgie et Floride sont en tout cas superbes. Contrairement à Renoir, Negulesco prend manifestement plaisir à filmer la lenteur, la tranquillité des lieux. Il filme les barques filant lentement sur les eaux stagnantes. On a ainsi parfois l'impression que certaines images montrant des visages passant en gros plans dans le champ sont ralenties. Cette quiétude délibérée est presque paradoxale par rapport aux dangers bien réels de ses marais infestés d'Alligators, de serpents, de panthères…et de jeune(s) femme(s) rendue(s) à la vie sauvage…

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C'est là une autre différence majeure par rapport au film initial, la plus grande importance donnée au premier rôle féminin en raison d'une modification sensible du scénario. Dans le film de Renoir, le jeune chasseur tombait accidentellement sur le meurtrier présumé qui vivait seul en ermite. Dans le remake il découvre le père…et la fille vivant au milieu de la jungle et il y reste comme prisonnier pendant longtemps contrairement au personnage de la 1ère version qui multipliait les allées et retours entre son village et la marais. Cela laisse le temps à une relation complexe de s'installer entre les 3 personnages. Des 2 ermites, le plus sauvage n'est pas celui qu'on pourrait imaginer car si le vieux Jim Harper se méfie du jeune homme qui vient les perturber  dans leur refuge très précaire et leur environnement passablement dangereux, c'est sa fille qui voudra d'abord se débarrasser du gêneur, puis lentement, elle finira par accepter le jeune homme et finira par lui permettre de quitter le camp, de rentrer au village contre la promesse faite par Ben d'oeuvrer à la réhabilitation de son père…en attendant mieux car la sauvageonne petit à petit va s'humaniser, se féminiser au contact de Ben (…et je ne dis pas comment çà se termine car je risque de devenir obscène). La sauvageonne est donc interprétée par une très sexy Jean Peters, vêtue de peaux de bête, qu'on retrouve là  dans un rôle très proche de celui qu'elle tenait l'année précédente dans La flibustière des Antilles (Anne of the Indies)  de Jacques Tourneur. Il y a d'ailleurs au moins une scène qui est assez évidemment plagiée sur le film de Tourneur. Laurie Harper reçoit en cadeau une robe de bal qui la métamorphose totalement. Une variation sur Cendrillon sauf que là c'est un peu comme si une GI Jane (sans les rangos) recevait en cadeau la robe de Sissi impératrice.

 

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Donc forcément qui dit modif. et ajout, dit perte de quelque chose par rapport à l'original. En l'occurrence, c'est le second rôle féminin qui perd beaucoup de son intérêt. C'est la fiancée de Ben. Dans les deux cas, la jeune femme sera sur la même ligne : Jalousie, rancoeur, trahison mais on voit donc beaucoup moins ce personnage dans le remake de Negulesco.  Quand à la fille du fugitif, dans le film de Renoir, on découvrait son identité en cours de route (sous un faux nom, elle sert de domestique à l'un des commerçants  du village…Toujours Cendrillon) et sa relation avec le jeune ben, tout comme celle du même avec sa fiancé, évoluait au gré de ses allées et retours entre son village et le marais. D'autre part, on déplore quand même une vrai perte cette fois ci par rapport à Renoir car on ne retrouve pas -loin sans faut- l'art de Renoir pour montrer la petite communauté du village de Tyler et des personnages secondaires disparaissent même totalement  du remake, notamment le prétendant de la belle mère de Ben Tyler superbement interprété par John Carradine. C'est ainsi tout un pan du désarroi du père de Ben qui disparait avec la perte de ce personnage. En revanche, toute l'intrigue tournant autour du meurtre, tout le coté : réhabilitation, découverte des auteurs du crime initial, dénouement, etc...est presque repris intégralement du film original et n'apporte rien de nouveau, Jack Elam remplaçant simplement Ward Bond dans un registre comparable.  

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La distribution. On se doute bien qu'avec Jeffrey Hunter à la place de Dana Andrews on perd au change….et c'est juste. Malgré tout, même si le film n'a sans aucun doute pas été tourné dans la continuité, j'ai l'impression que l'interprétation de Dana Andrews dans la 1ère partie du film de Renoir était un peu maladroite et qu'il s'améliore en cours de route. Jeffrey au moins reste égal à lui même tout du long, pas folichon et ce n'était pas l'acteur le plus expressif de sa génération mais il est régulier dans l'effort. Même remarque pour Anne Baxter (qui était Laurie,  la fille de Jim Harper) que pour son partenaire. La sauvageonne du tout début du film, celle qui se cache dans les granges, qui passe un oeil dans l'embrasure d'une porte et baisse la tête devant les hommes, la Cendrillon exploitée par ses patrons fait (malheureusement) un peu sourire.  Quant au rôle du vieux Harper, il est tenu dans les deux cas par Walter Brennan et à 11 ans de distance, il est très peu changé et même peut-être meilleur dans le remake.  Vu en VF et en VO. La version Renoir a été édité en DVD. 

 

 

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