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Avec Edward G. Robinson (Le capt. Barnaby), Paulette Goddard (Mona Ross), Porter Hall (Jack Hartrampf), Adam Williams (Martin), Edward Binns (Al Barkis), Lee van Cleef (Pete Monty) et Barry Kelley (l'avocat Foreman)

A Los Angeles, Jack Hartrampf sort de chez sa maitresse et assiste à l'assassinat d'un policier qui tentait d'interpeler deux voleurs de voiture. Sur les conseils de son avocat, le vieil homme refuse de témoigner par crainte de voir sa liaison révélée. Le commissaire de police Barnaby tout en ne lâchant pas sa prise mène en parallèle des investigations pour vérifier des informations reçues au sujet de la préparation d'un important hold-up. Il commence donc son enquête sans savoir que les deux affaires sont liés...

 

Un film policier en apparence banal mais très intéressant. Il est souvent qualifié de "semi-documentaire" et c'est une connerie. Ce n'est pas parce que le film nous montre la journée d'un commissaire de police et le fonctionnement du service qu'il dirige, celui des moeurs, que l'on est dans le réalisme et le documentaire. Si éléments réalistes il y a, ils sont constamment détournés, traités avec humour, totalement réinventées avec un style et une personnalité qu'on aura bien du mal a retrouver dans les autres films de Laven même si ce film appartient au genre dans lequel selon moi il s'est le mieux débrouillé, le polar. Toute l'action de celui ci est censé se passer sur une journée, or si çà c'était la journée d'un commissariat de police de Los Angeles dans les années 50…C'est que c'était un sacré bordel !

Il est dominé, écrabouillé par la personnalité d'un acteur au sommet, Edward G. Robinson qui est à la fois l'organisateur attentif de la vie de son commissariat, un flic humain qui se soucie de son équipe mais qui est aussi un homme à poigne, dur et manipulateur. Un de ses hommes a été abattu alors il ne ménage pas les criminels de diverses importances qui défilent devant lui, considérant que puisque son devoir est de protéger les citoyens, il est en droit d'attendre que tous les citoyens accomplissent leur propre devoir au nom de la justice. Ainsi, il ne supporte pas ce qui peut faire obstacle aux enquêtes qu'ils mènent : Les raisons mesquines d'un témoin muet, les manoeuvres et obstructions des avocats, les tracasseries administratives, les injonctions des politiques, les délits mineurs qui occupent les services, en somme toutes ces tracasseries quotidiennes qui viennent perturber le travail des policiers et les empêchent de se consacrer à ce qui devrait être l'essentiel de leur travail : Les "vrais" affaires. Barnaby en à 2 sur les bras et pour lui tous les moyens seront bons pour les résoudre....et des moyens il en a beaucoup.

Barnaby se montrera roublard et manipulateur quand l'entrepreneur de pompes funèbres Jack Hartrampt (l'excellent Porter Hall) refusera de témoigner et d'identifier les tueurs du policier pour protéger sa liaison avec une jeune femme. Il gardera le silence sur les conseils de Foreman, un avocat interprété par Barry Kelley qui joua plusieurs fois des rôles similaires d'avocat du milieu. Il est d'ailleurs presque aussi roublard que Robinson alors l'affrontement sera sérieux entre les 2 hommes. Sérieux tout au moins en apparence car les différents motifs inventés par Barnaby pour retenir, pour arrêter à nouveau à plusieurs reprises le vieil homme à chaque fois que son avocat aura réussit à faire libérer son client sont toutes plus loufoques les unes que les autres. Les coups montés pour maintenir la pression sur le témoin malgré les finasseries de l'expérimenté avocat sont hilarantes. L'humour réside aussi dans le décalage entre les certitudes de l'avocat qui assure son client qu'il n'aura plus d'ennui et la réalité de ses arrestations successives et abusives pour des motifs de plus en plus délirants. Laven (et son interprète) montrent ainsi à plusieurs reprises ce qui est sans doute une réalité du métier de policier, toutes les petites combines plus ou moins illégales, tous ces arrangements avec la loi ou les moyens moralement déloyaux qu'un policier est contraint d'employer pour parvenir à obtenir des résultats…mais bien souvent c'est fait avec humour. Un humour qui est ici dans le traitement des scènes mais parfois, c'est Barnaby lui-même qui en use pour séduire ou pour amadouer ceux qu'il croise pour les besoins de l'enquête.

Il en use quand il peux se le permettre avec son interlocuteur lorsque celui ci semble prêt à se mettre de son coté et parait capable de composer entre ses propres intérêts et ceux de la police. C'est tout le jeu subtil des relations entre le flic et l'indic qui donne ici de grands dialogues, souvent bourrés d'humour entre Robinson et la mère maquerelle Mona Ross, incarnée par Paulette Goddard et à un degré moindre entre Robinson et un petit truand qui permettra de faire le rapprochement décisif entre les 2 grandes affaires du moment. Barnaby parsèment ses répliques de bons mots, de sarcasmes, de provocations, manipulant son monde en partie par jeu (cf une scène drôle ou il fait arrêter Paulette Goddart par ses hommes alors qu'il est au téléphone avec elle. Une plaisanterie totalement gratuite)

Entre deux scènes importantes, celles liées aux 2 enquêtes menées en parallèle, Laven et son scénariste montrent aussi -comme je le disais en introduction- toutes ces mini affaires sans importance qui polluent le travail des enquêteurs mais sur ce point aussi cette réalité, ce quotidien est montrée avec humour. Sous le regard parfois très sérieux et très attentif de Barnaby -en total décalage avec la relative loufoquerie des situations- toute une série de personnages pittoresques défilent devant lui :

Une fille très prude vient dénoncer les agissements d'un présumé gigolo, un soi-disant comte italien qui a séduit sa mère et qui suspecte une escroquerie au mariage ( C'est du propre, s'il n'y a plus que les jeunes qui peuvent s'amuser). Cette mini affaire reviendra à plusieurs reprises et on finira par voir ce noble italien dialoguer avec un inspecteur…d'origine italienne. On croise aussi un fétichiste. Un parano. On ramasse des prostituées, les filles de Mona Ross, qui connaissent les policiers par leurs prénoms. Un petit voleur informateur…et évidemment l'entrepreneur de pompes funèbres qui sera confronté à plusieurs reprises à sa maitresse dans des scènes amusantes en raison de leurs dialogues et du coté hautement improbable de ce couple formé par le petit vieux Porter Hall et sa jeune, blonde, sexy et sotte maitresse.

Cela dit, si c'est aspect comique existe bien, ce n'est qu'un assaisonnement car on est tout de même dans un film policier aussi sérieux, grave et solide que les autres. Ce film n'est pas dépourvu d'actions. On assiste à un hold-up sanglant, une prise d'otage...poursuite...siège mais c'est presque anecdotique tant l'intérêt de ce film me parait être ailleurs. Dans le gang impliqué dans la préparation du hold-up, on retrouve des habitués : Adam Williams, qui est le membre du gang que l'on verra le plus. Il était déjà dans le premier film réalisé par Arnold Laven qui était déjà un polar, Le sadique ( Without Warning ! ) dans lequel il occupait le premier rôle, celui d'un jardinier tueur en série. On retrouve aussi Edward Binns qui était lui aussi dans le premier film du metteur en scène et Lee Van Cleef, à l'époque presque toujours cantonné au rôle de porte flingue zigouillé avant la fin du 1er quart d'heure...mais là, non...Maintenant, toutes les scènes les impliquant sont beaucoup plus banales. Le coup du conflit à l'intérieur de l'équipe de braqueurs et du maillon faible, on l'a vu 50 fois...

Arnold Laven a réalisé d'autres polars en dehors de Without Warning ! cité plus haut. L'assassin parmi eux (Down Three Dark Street) avec Broderick Crawford et Ruth Roman et Meurtres sur la 10ème avenue (Slaughter on tenth avenue) avec un casting long comme le bras : Richard Egan, Jan Sterling, Dan Duryea, Julie Adams, Walter Matthau, Charles McGraw, Sam Levene et Mickey Shaughnessy (je ne cite pas les seconds rôles :mrgreen: ). Enfin, en dehors du polar, il a aussi réalisé l'intéressant The Rack qui réunissait aussi une belle équipe : Paul Newman, Lee Marvin, Wendell Corey, Edmond O'Brien et Walter Pidgeon ! A coté de ces films là, ces 4 ou 5 westerns sont presque tous facultatifs.