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Avec Richard Egan (Bill Keating), Jan Sterling (Madge Pitts), Sam Levene (Howard Rysdale), Dan Duryea (John Masters), Julie Adams (Dee Pauley), Walter Matthau (Al Dalhke), Mickey Shaughnessy (Solly Pitts), Charles McGraw (Lt. Tony Vosnick) et Nick Dennis (Docker), Joe Downing (Eddie "Cockeye" Cook), Mickey Hargitay (Big John)


Solly Pitts, un docker qui tentait de dénoncer le racket dont sont victimes les employés du port de New-York, est abattu alors qu'il sortait de chez lui. Très grièvement blessé, il révèle à sa femme le nom du commanditaire de la tentative de meurtre ainsi que celui de ses hommes de main, réitère ses accusations aux enquêteurs puis soudain se rétracte et refuse de les confirmer, se murant dans le silence et ordonnant à sa femme de se taire également, par crainte des représailles qui s'exerceraient sur elle car il pressent qu'il ne survivra pas à ses blessures. Sur la base des premières accusations portées par Solly qui accusait Cockeye Cook, un chef de gang et ses tueurs, Bill Keating, un jeune assistant du procureur qui avait été amené à se déplacer sur les lieux du crime pour y effectuer les premières constatations, est choisit contre toute attente pour constituer le dossier d'accusation et démasquer les gangsters qui rackettent le milieu des dockers. Il commence à mener l'enquête avec l'aide du Lt Vosnick et cherche à recueillir des témoignages malgré les tentatives d'intimidation voir la répression exercée par Al Dahlke, le relai de la mafia sur les docks...

Un film policier plus qu'un film noir. Le scénario s'inspire de l'autobiographie de William Keating "The man Who Rock The Boat", qui racontait son expérience en tant qu'assistant du district Attorney de New-York dans les années 50. C'est un "Sur les quais" bis qui ne vaut pas son grand frère mais qui est néanmoins intéressant à plus d'un titre. D'abord, les personnages centraux ne sont pas les dockers mais les hommes de loi. On se situe du point de vue de l'assistant qui dans sa lutte contre la corruption et le racket sévissant sur les docks tentera de briser la loi du silence régnant dans le milieu. Il devra aussi se battre avec sa hiérarchie qui mettra longtemps en doute ses capacités, le jugeant incapable de constituer un dossier d'accusation solide. Tout cet aspect du film est d'ailleurs passionnant et montre de manière crédible et sérieuse les procédures judiciaires américaines, notamment tout ce qui concerne les préparatifs d'un procès et la complexité de se présenter avec des éléments suffisants pour espérer l'emporter…Puis il montre le procès lui-même, qui permet à de grands acteurs, notamment Dan Duryea et Charles McGraw, de faire admirer tout leur savoir faire.

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C'est d'ailleurs le 1er point remarquable du film, son casting d'enfer qui épaule un Richard Egan bien souvent encore moins inspiré que l'était Howard Duff (voir Johnny Stool Pigeon) mais qui trouve là un de ses meilleurs rôles, sinon le rôle de sa vie. Il joue donc l'assistant de l'attorney. Né dans une ville ouvrière, c'est un fils d'un mineur, hésitant, inexpérimenté mais déterminé à réussir alors que l'on s'obstine à mettre en doute ses compétences, y compris l'assistant de l'attorney Howard Rysdale ( joué par un formidable Sam Levene ) qui avait confié l'affaire à Keating parce qu'il était persuadé qu'il lui serait impossible de confondre Cockeye Cook et ses complices. A chaque fois que Keating croira trouver des éléments à charge, Rysdale s'acharnera à les démonter. La leçon -passionnante à suivre- sera rude. Entre le vieux professionnel qui connait tous les rouages du système judiciaire américain et le jeune assistant, la lutte sera de tous les instants. La leçon portera ses fruits mais Keating devra prouver sa valeur…sans doute autant en raison de ses origines modestes qu'en raison de son inexpérience. Pendant une bonne partie du récit, la proximité du jeune homme avec son ainé sera même bien moins évidente que les relations courtoises et même complices existant entre le procureur et le représentant de la partie adverse, l'avocat de la mafia, lui même un ancien procureur et presque le modèle de Rysdale. Ils se connaissent parfaitement, leurs familles respectives se côtoient. Ils sont de la même famille ! Au moins une scène remarquable, un moment de détente entre les 3 principaux personnages montre parfaitement cette emprise du milieu social car Keating se rendra compte qu'il est l'intrus, l'élément incongru de la situation. Il observera et écoutera donc les 2 autres parler de leur travail comme une sorte de noble art réservé à une élite...Mais c'est aussi un monde impitoyable comme le montreront les scènes du tribunal dans lesquels le personnage interprété par Dan Duryea montrera son véritable visage...

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Malgré ce sentiment d'exclusion et l'isolement ressenti par Keating, la leçon donnée finira par porter ses fruits puisque, sous les yeux de son mentor, il finira par prouver qu'il a été à bonne école au cours d'une autre scène remarquable, l'interrogatoire de Madge Pitts, la femme de l'homme qui avait été abattu, dans laquelle il la poussera à bout pour s'assurer de la fiabilité de son témoignage et surtout pour savoir si elle tiendra sous la pression exercée par l'avocat des suspects au cours des audiences. C'est la transition entre la partie du film dominée par l'interprétation de Sam Levene et celle du procès qui fera la part belle à un formidable Dan Duryea qui mettra effectivement les témoins sous pressions, employant des méthodes bien plus rudes qu'escomptées. L'entreprise de dénigrement des témoins en recherchant dans leurs vies privées et professionnelles, ou dans leur passé les informations pouvant mettre un doute dans l'esprit des jurés sur la fiabilité de leurs témoignages ne doit pas être dans tous les manuels. Le 1ère a subir cette pression, c'est d'ailleurs Madge Pitts. Jan Sterling est donc ici une assez improbable femme de docker, à l'opposé du glamour et/ou de ses rôles de garces habituelles. Elle est l'épouse de Solly Pitts interprété par un Mickey Shaughnessy grimaçant et râlant…mais allez vous marrer avec 3 ou 4 balles dans le buffet même si Mickey est plutôt du genre courageux et solide.

Parmi les autres seconds rôles, je retiens aussi Charles McGraw qui interprète le flic bourru, obsédé par cette affaire et qui dans sa volonté de voir les racketeurs derrière les barreaux ne sera pas trop regardant sur les méthodes à employer. C'est celui qui sera à la suite de Madge mis sur le grill par Dan Duryea dans un autre grand moment du film. Julie Adams joue bien plus anonymement la petite amie de Keating…et elle est juste aussi jolie que d'habitude mais n'a rien d'autre à faire que de sourire…Un prêtre drolatique qui distribue des armes anti émeutes tout en demandant conseil à dieu est interprété par le vétéran Jack LaRue mais le dernier a vraiment crever l'écran, c'est Walter Matthau dans un de ses 1er rôle au cinéma. Il interprète un inquiétant Al Dahlke, l'intermédiare entre le grand patron Eddie "Cokeye" cook et les dockers. C'est celui qui fait régner l'ordre sur les quais. Il ordonne la répression contre les récalcitrants, "achète l'indulgence" de la police et tentera par tous les moyens d'arrêter les investigations de Keating : l'intimidation, les tentatives de corruption, les menaces directes.

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La mise en scène de Laven qui en était en 1957 à son 4ème Film Noir est de loin la plus brillante de toute la série. Un exemple : dans une longue séquence filmée à la grue, le lendemain de la tentative d'assassinat sur Solly Pitts, Walter Matthau envoie ses hommes donner une leçon à une grande gueule, un docker interprété par Nick Dennis. Il refuse la loi du silence des dock et tente de convaincre les hommes de ne pas céder. L'homme est tabassé et jeté à l'eau sous les yeux impuissant de Richard Egan dans une longue séquence remarquable. Après WITHOUT WARNING !  et VICE SQUAD (Investigations criminelles) , de la famille polar, pour Arnold Laven il ne reste plus que DOWN THREE DARK STREET (L'assassin parmi eux) avec Broderick Crawford et Ruth Roman dont je n'ai pas encore parlé…mais il arrive.

Pour celui ci, le trio Duryea-Levene-Matthau rend à lui seul le visionnnage indispensable.