SUSPENSE. FATALITE. Frank Tuttle. 1946 

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Production : King Brothers pour Monogram

Scénario : Philip Yordan

Photographie : Karl Struss 

Avec Barry Sullivan (Joe Morgan), Belita (Roberta Elva), Albert Dekker (Frank Leonard), Eugene Pallette (Harry) et Bonita Granville (Ronnie)  

Joe Morgan, qui a presque une allure de clochard, arrive dans une ville nouvelle sans un sou en poche. Au culot, il réussi à se faire embaucher comme vendeur de confiseries dans la salle de spectacle dirigé par Frank Leonard qui propose des numéros de danse sur glace. La patineuse vedette n'est autre sa femme, Roberta. Un jour lors d'une répétition auquel il assiste, Morgan propose une idée pour améliorer l'exhibition et celle ci jugée inventive est retenue. Frank Leonard le nomme alors directeur artistique puis très rapidement lui offre la direction de l'établissement le temps qu'il règle l'ouverture d'une autre salle de spectacle à Chicago. 

Pendant son absence, Morgan tente de séduire Roberta qui semble d'abord répondre à ses avances mais qui le repousse lorsque le mari fait son retour. Celui ci pour fêter les retrouvailles avec sa femme et sentant sans doute l'attirance que semble éprouver cette dernière pour son collaborateur, propose qu'ils prennent un peu de repos  dans leur chalet de montagne. Morgan trouve alors un prétexte pour les rejoindre. Le soir venu, après une conversation seul à seul, Roberta et Morgan tombent dans les bras l'un de l'autre. Le mari a tout entendu. Le lendemain, les deux amants partent en montagne et alors que Belita patine sur un lac gelé, le mari posté dans la montagne et armé d'une carabine tente d'abattre Morgan mais le rate. Le coup de feu déclenche une avalanche et le mari est enseveli sous la neige. 

Les recherches pour le retrouver ne donnent rien...

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Quelques unes des singularités du film :

C'est à partir du moment ou tout semble devoir se dérouler pour le mieux que les choses se compliquent pour le nouveau couple. Belita après la disparition de son mari s'isole et refuse de revoir Morgan, sincèrement atteinte par la disparition de l'homme a qui elle doit le succès. 

Morgan a aussi un problème avec son ex-petite amie Ronnie qui débarque dans sa vie et veut à tout prix renouer avec lui allant jusqu'à la menace car elle semble détenir des informations compromettantes sur son passé. Le rôle est remarquablement tenu par Bonita Granville. 

Enfin une atmosphère onirique commence à baigner le film car tout deux se sentent épiés et surveillés...  

J'ajoute, que dans nombre de Films Noirs, on a une danseuse ou une chanteuse qui nous gratifie de son (ou de ces) numéro. Ici, point de chansons mais des ballets sur glace. 3 assez longs numéros pour mettre en valeur la beauté de Belita. Habituellement, je trouve le patinage artistique plutôt assommant mais curieusement quand c'est Belita qui patine, çà m'intéresse... 

Enfin un mot sur la production du film, très inhabituellement luxueuse pour un film Monogram. Les frères King réputés pour leurs pingreries -mais aussi connu pour avoir fait travailler de nombreux artistes black listés- auraient investi un million de dollars dans la production de ce film et à tous les postes clés ils ont embauché des pointures.

Tout d'abord Frank Tuttle le réalisateur qui sortait de productions infiniment plus prestigieuses pour la Fox ou la Paramount. Peut-être commençait-il a avoir des ennuis avec la commission des activités anti-américaines ? 

Ensuite le dir. de la photo, Karl Struss, qui travailla avec Murnau (sur l'Aurore), avec Chaplin (plusieurs fois), etc...

Enfin, le scénariste Philip Yordan qui écrivit pour ne citer que les polars, Dillinger, L'évadée, La maison des étrangers, Plus dure sera la chute, Association criminelle, etc...  

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Par contre, ils ont osé miser sur un couple vedette neuf. C'était le premier rôle en vedette pour Barry Sullivan qui deviendra au cours des années suivantes un des piliers du Film Noir de série B. De 1946 à 1954, on le verra tenir les premiers rôles dans une bonne douzaine de polars intéressants, chronologiquement : Traquée (47), Le gangster (47) dont j'ai déjà parlé dans ce sujet et qui le verra à nouveau uni à Belita un an après le film de Tuttle, J'ai épousé un hors-la-loi (49), Tension (49), Jour de terreur (51), Discrétion assurée (51), The unkown man (51), La plage déserte (53), Le mystère des bayous (53) et Dangereuse enquête (54). 

Quant à Belita, c'était le premier film dans lequel on lui demandait véritablement une performance dramatique et c'est plutôt réussi. Elle était jusque là surtout connu comme patineuse sur glace. Elle aurait même participé aux Jeux Olympiques de Berlin. En 1946, elle avait déjà tourné plusieurs films mettant en valeur ses talents de patineuse et aurait pu remplacer Sonja Henie mais je pense que ce genre de films devait être passé de mode dès avant l'arrivée de Belita dans la carrière.

 

Vu en VOST. Le film est passé à la TV chez nous. DVD zone 1 mais uniquement vo.