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L'APPEL DE L'OR (Jivaro) d'Edward Ludwig. 1954


Rio Galdez (Fernando Lamas) tient l'unique commerce d'un petit comptoir situé sur les bords d'un affluent de l'Amazone. Il possède aussi un bateau qui lui permet d'échanger des marchandises avec les tribus Jivaro qui vivent le long du fleuve. Un jour, il voit arriver une jeune américaine, Alice Parker (Rhonda Fleming) qui, sans nouvelles de son fiancé rencontré aux États-Unis, souhaite le retrouver pour l'épouser. Mais Jerry Russell (Richard Denning) qui avait fait croire à sa fiancée qu'il était propriétaire d'une plantation d'hévéa est en réalité devenu un semi-clochard alcoolique et il a disparu au cours d'une expédition en territoire indien. Il avait lu le récit d'une ancienne mission espagnole qui 150 ans plus tôt était réputé avoir découvert un fabuleux trésor mais qui avait disparu sans laisser de traces et en était resté totalement obsédé, rêvant après bien des déconvenues d'une fortune inespérée. Rio, qui avait refusé d'accompagner Jerry, ne veut pas dans un premier temps révéler la vérité à Alice, ni même évoquer sa déchéance contrairement à Tony (Brian Keith), un autre aventurier sans scrupules qui lui ne pense qu'à profiter de la situation. Finalement, accompagné de guides, ils décident de partir à la recherche de jerry...

Si on ne retrouve pas tout à fait dans ce film les qualités du plus célèbre film d'aventure de Ludwig, le très beau "réveil de la sorcière rouge" dont le romantisme noir est assez rare à l'intérieur du genre, ce film d'aventures exotiques presque sans action sauf dans les 20 dernières minutes est sauvé de l'ennui par un certain luxe, grâce à un humour omniprésent dans sa première partie et surtout par une atmosphère d'une rare sensualité.

Le luxe, c'est d'abord d'avoir pu tourner non pas dans un coin de décor, devant des transparences ou des toiles peintes, pas même dans les Everglades ou dans les bayous de Louisiane mais bel et bien au Brésil. Les décors naturels tout comme la vie du comptoir isolé au milieu de la jungle, vivant et animé grâce à une figuration relativement abondante, sont d'ailleurs très bien mis en valeur par un somptueux Technicolor. L'humour, il intervient par petites touches éparses, dans quelques personnages tel ce curé énergique qui calmera un homme aviné et violent en l'assommant, rétorquant à celui qui s'étonnera de ses méthodes "Par ici, pour convaincre, il faut autre chose que des bonnes paroles". Ludwig exploite aussi quelques situations de la vie quotidienne de ces héros célibataires dont les vies aventureuses sont exemptes de tout confort. Un repas trop épicé et accompagné de bière tiède concocté par Rio se terminera par l'image d'une Rhonda Fleming titubante regagnant sa cabine assez éméchée. Mais le film se distingue du tout venant des récits d'aventure ordinaire surtout par l'atmosphère de grande sensualité qui le baigne. Le détachement préalable apparent, la distance ironique que Rio établit avec Alice, c'est celle d'un homme sûr de sa séduction et de sa virilité mais c'est aussi une façon de se protéger et de respecter encore l'amour que semble toujours éprouver la jeune femme pour son fiancé disparu. C'est pourquoi il se refuse tout d'abord à lui révéler la déchéance de Jerry. Mais lorsque Tony, l'aventurier sans scrupules, violent mais inquiet, incarné par Brian Keith, tentera de séduire, d'abord par la ruse puis de force Alice, Rio interviendra. Les deux hommes, qu'on verra presque toujours torses nus, s'affronteront donc d'abord pour la femme, puis de manière prévisible pour l'or. Cette atmosphère virile, électrique et inquiétante se transforme cependant immédiatement, et le rythme du film l'accompagne parfaitement, en sérénité dès que Rio et Alice se retrouvent seuls. Tous les deux vivent ainsi de manière impromptue des parenthèses harmonieuses suivant le rythme paisible du bateau sur le fleuve entrainant un sentiment de plénitude assez rare. Ces moments vécus, avant les ennuis pour le couple en devenir on en est à peu près certain, c'est le calme avant la tempête. Il faut les voir chacun de leurs cotés, Fernando Lamas allongé torce nu sur le pont du bateau, ne parvenant pas à trouver le sommeil alors que Rhonda Fleming, en sueur, jambes dénudées et s'étirant de profil dans la pénombre de l'habitacle ne le peut pas non plus.

Pour autant, on ne peut pas parler d'osmose avec une nature paisible car la tempête, on l'aura au sens propre. Elle éclatera dans une longue séquence frôlant le fantastique lorsque l'expédition partie à la recherche du fiancé disparu (mais en réalité les motivations des uns et des autres seront plus complexes) s'approchera du lieu sacré des Jivaro et le final très animé ressemblera lui plutôt à un western. D'autre part, un tas de bestioles plus ou moins hostiles rodent un peu partout, sur le fleuve ou dans la jungle exubérante. On a ainsi d'assez nombreux plans de coupe sur les dites bestioles mais ces plans tombent un peu à plat...et ceci pour une bonne raison. Le film a en effet été tourné à l'origine en 3D or ces serpents, filmés en gros plan, qui pendouillent des arbres et qui en version plate ont tout l'air de provenir de stock-shots devaient produire en relief un effet "ils vous sifflent aux oreilles". Cependant, l'apport que pourrait constituer un visionnage en 3D ne saute pas immédiatement aux yeux à part dans quelques séquences éparses : celles incluant les fameuses bestioles, l'attendue tête réduite filmée en gros plan, etc...et surtout dans la très longue séquence finale, mais ayant eu une véritable révélation en revoyant récemment " L'étrange créature du lac noir" sur grand écran, dans une copie numérique en relief, je me méfie de cette impression car ce qui m'avait bien souvent paru n'être qu'un gadget sans grand intérêt, bien utilisé est un apport indéniable par rapport à la version communément distribuée. Or, je n'avais pas perçu cette apport éventuel en voyant le film d'abord dans sa version "plate". Dans celui de Ludwig, la partie finale déjà spectaculaire devrait bénéficier d'une projection hypothétique en 3D et dans la première partie du film, qui est comme je l'ai dit presque dépourvue d'action, c'est l'atmosphère extrêmement sensuelle qui devrait être sérieusement renforcée par le relief. Or, déjà en version plate, Rhonda Fleming ne l'est pas, alors en 3D !!! Mais dans ce film, il y en a pour tous les gouts car même les gars sont sexy et si Fernando Lamas n'était qu'un 3ème couteau du film d'aventure, il ne s'en séparait jamais et le portait semble t'il en permanence dans sa poche. Après çà, si ma petite chronique ne contribue pas à augmenter ne serait-ce qu'un peu la cinéphilie féminine, j'y renonce. A noter que Ludwig avait déjà tourné en 1953 un autre film d'aventure "historique" en relief, "Sangaree" avec le couple Arlene Dahl et son Fernando de mari car c'était un "vrai" couple. Ce sont les parents du génial (Pardon ?) Lorenzo Lamas. Ce film est plus difficile à voir. Je ne le connais qu'en VO.

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